Où j'ai laissé mon âme / Passion du livre

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.. Où j'ai laissé mon âme

Couverture du livre Où j'ai laissé mon âme

Auteur : Jérôme Ferrari

Date de saisie : 22/01/2011

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Actes Sud, Arles, France

Prix : 17.00 €

ISBN : 978-2-7427-9320-4

GENCOD : 9782742793204

Sorti le : 18/08/2010

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  • Le bouche à oreille des écrivains

Laurent Gaudé



  • La présentation de l'éditeur

LE POINT DE VUE DES ÉDITEURS

1957. A Alger, le capitaine André Degorce retrouve le lieutenant Horace Andreani, avec lequel il a affronté l'horreur des combats puis de la détention en Indochine. Désormais les prisonniers passent des mains de Degorce à celles d'Andreani, d'un tortionnaire à l'autre : les victimes sont devenues bourreaux. Si Andreani assume pleinement ce nouveau statut, Degorce, dépossédé de lui-même, ne trouve l'apaisement qu'auprès de Tahar, commandant de I'ALN, retenu dans une cellule qui prend des allures de confessionnal où le geôlier se livre à son prisonnier...

Sur une scène désolée, fouettée par le vent, le sable et le sang, dans l'humidité des caves algéroises où des bourreaux se rassemblent autour des corps nus, Jérôme Ferrari, à travers trois personnages réunis par les injonctions de l'Histoire dans une douleur qui n'a, pour aucun d'eux, ni le même visage ni le même langage, trace, par-delà le bien et le mal, un incandescent chemin d'écriture vers l'impossible vérité de l'homme dès lors que l'enfer s'invite sur terre.

Né à Paris en 1968, Jérôme Ferrari, après avoir été, durant quatre ans, professeur de philosophie au lycée international d'Alger, vit actuellement en Corse, où il enseigne depuis 2007.
Chez Actes Sud, il a publié trois romans : Dans le secret (2007; Babel, 2010), Balco Atlantico (2008) er Un dieu un animal (2009).





  • La revue de presse Emmanuel Hecht - L'Express, septembre 2010

"Je me souviens de vous, mon capitaine, je m'en souviens très bien, et je revois encore distinctement la nuit de désarroi et d'abandon tomber sur vos yeux quand je vous ai appris qu'il s'était pendu"... Ainsi débute Où j'ai laissé mon âme, de Jérôme Ferrari, long monologue intérieur du lieutenant Andreani à l'adresse de son supérieur, - longtemps admiré, puis méprisé - le capitaine André Degorce, près de cinquante ans après la bataille d'Alger (1957)...
Jérôme Ferrari, auteur de plusieurs romans, dont Un dieu, un animal (Actes Sud, 2009), nous fait cadeau d'un récit lyrique sur "la honte d'être soi-même" et "l'impasse morale". Magistral, dostoïevskien.


  • La revue de presse Julien Bisson - Lire, octobre 22010

Avec ce roman magistral, Jérôme Ferrari plonge dans l'enfer de la guerre d'Algérie...
Par-delà le bien et le mal, Jérôme Ferrari renvoie ainsi dos à dos les ennemis d'hier pour mieux évoquer le chemin de croix d'hommes banals, prisonniers de leur faiblesse et de leur mauvaise conscience. "Vous savez ce qu'il en est de la dignité de l'être humain, vous savez ce que valent les hommes, vous et moi compris", assène Andreani à son supérieur hiérarchique. Plongés en enfer, rares sont ceux qui partagent les vertus de ce roman magistral : courage, droiture et intransigeance morale.


  • La revue de presse Alain Nicolas - L'Humanité du 22 octobre 2010

Le sixième roman de Jérôme Ferrari met en scène l'affrontement de deux combattants devenus des bourreaux pendant la bataille d'Alger. Un huis clos intense, sans complaisance, servi par une langue incandescente...
La situation, pour un romancier, n'était pas exempte de pièges. La grandiloquence, la théâtralité, et bien évidemment les clichés et les « scènes à faire ». Jérôme Ferrari les évite avec une grande finesse, sans tomber dans la sécheresse...
La langue de Ferrari, sobre, au plus près de la pensée et de la parole, porte le récit et les personnages avec une intensité rare. Pour son sixième roman, il atteint une maîtrise qui l'installe dans les tout premiers rangs.


  • La revue de presse Martine Laval - Télérama du 20 octobre 2010

Ici, sur fond de guerre de 40, d'Indochine et d'Algérie, Jérôme Ferrari prend les armes et s'engage totalement. Humaniste amer et lucide, il marche sur les traces de Jean Renoir. Un capitaine mû par une haine méticuleuse et endolorie, un prisonnier respecté pour son grade et son intelligence, et un alter ego oscillant entre l'amour et la vengeance : La Grande Illusion plane sur ces pages flamboyantes, dont la morale désabusée rappelle le «chacun a ses raisons» de La Règle du jeu.


  • La revue de presse Christine Rousseau - Le Monde du 17 septembre 2010

Au coeur du roman, le capitaine Degorce interpelle ses soldats sur l'art de conduire un interrogatoire : "Messieurs, dit-il, la souffrance et la peur ne sont pas les seules clés pour ouvrir l'âme humaine. Elles sont parfois inefficaces. N'oubliez pas qu'il en existe d'autres. La nostalgie. L'orgueil. La tristesse. La honte. L'amour. Soyez attentifs à celui qui est en face de vous. Ne vous obstinez pas inutilement. Trouvez la clé. Il y a toujours une clé." Hors de l'effroi qu'elle inspire, cette harangue résume assez bien la démarche d'un romancier - par ailleurs professeur de philosophie - qui ne cesse d'explorer l'âme humaine dans ses recoins les plus sombres, les plus retors, grâce à une écriture ardente, épurée et lyrique...
Dans l'entrelacs des temps, des lieux qui disent la permanence de la violence aveugle, meurtrière, se dessine un chemin aride et déserté, hors du monde. Un calvaire qu'arpentent deux hommes, face à eux-mêmes et à leurs démons... De cette plongée dans l'abîme, troublante et terrifiante, de cette quête impossible menée par-delà le bien et le mal, ressort cependant une certitude : celle d'avoir lu un des romans les plus saisissants de cette rentrée.


  • La revue de presse Sabine Audrerie - La Croix du 2 septembre 2010

Dense et bouleversant, le cinquième roman de Jérôme Ferrari confronte un ancien officier des renseignements en Algérie et son lieutenant à leurs souvenirs et à leur conscience. Voir, céder, participer, laisser faire ou agir, que ce soit pour empêcher ou pour commettre... elles sont nombreuses et complexes les interrogations intimes qui pétrissent les personnages de Jérôme Ferrari. Ce n'est pourtant pas un livre cérébral ou psychologisant qu'il donne à lire, mais une réflexion dense et lyrique sur la mémoire, la culpabilité, la compassion, le devoir et l'honneur, à travers l'histoire du capitaine André Degorce, responsable du service de renseignements de l'armée française pendant la guerre d'Algérie. Maintenant son attention à des thèmes déjà étreints dans ses précédents romans (notamment dans Un dieu un animal, en 2009, où il était déjà question de guerres et de l'incapacité à revenir au monde après avoir plongé dans les ténèbres), l'écrivain publie l'un des meilleurs livres de cette rentrée.



  • Les premières lignes

Je me souviens de vous, mon capitaine, je m'en souviens très bien, et je revois encore distinctement la nuit de désarroi et d'abandon tomber sur vos yeux quand je vous ai appris qu'il s'était pendu. C'était un froid matin de printemps, mon capitaine, c'était il y a si longtemps, et pourtant, un court instant, j'ai vu apparaître devant moi le vieillard que vous êtes finalement devenu. Vous m'aviez demandé comment il était possible que nous ayons laissé un prisonnier aussi important que Tahar sans surveillance, "vous aviez répété plusieurs fois, comment est-ce possible ? comme s'il vous fallait absolument comprendre de quelle négligence inconcevable nous nous étions rendus coupables - mais que pouvais-je bien vous répondre ? Alors, je suis resté silencieux, je vous ai souri et vous avez fini par comprendre et j'ai vu la nuit tomber sur vous, vous vous êtes affaissé derrière votre bureau, toutes les années qu'il vous restait à vivre ont couru dans vos veines, elles ont jailli de votre coeur et vous ont submergé, et il y eut soudain devant moi un vieil homme à l'agonie, ou peut-être un petit enfant, un orphelin, oublié au bord d'une longue route désertique. Vous avez posé sur moi vos yeux pleins de ténèbres et j'ai senti le souffle froid de votre haine impuissante, mon capitaine, vous ne m'avez pas fait de reproches, vos lèvres se crispaient pour réprimer le flux acide des mots que vous n'aviez pas le droit de prononcer et votre corps tremblait parce que aucun des élans de révolte qui l'ébranlaient ne pouvait être mené à son terme, la naïveté et l'espoir ne sont pas des excuses, mon capitaine, et vous saviez bien que, pas plus que moi, vous ne pouviez être absous de sa mort. Vous avez baissé les yeux et murmuré, je m'en souviens très bien, vous me l'avez pris, Andreani, vous me l'avez pris, d'une voix brisée, et j'ai eu honte pour vous, qui n'aviez même plus la force de dissimuler l'obscénité de votre chagrin. Quand vous vous êtes ressaisi, vous m'avez fait un geste de la main sans plus me regarder, le même geste dont on congédie les domestiques et les chiens, et vous vous êtes impatienté parce que je prenais le temps de vous saluer, vous avez dit, foutez-moi le camp, lieutenant ! mais j'ai achevé mon salut et j'ai soigneusement effectué un demi-tour réglementaire avant de sortir parce qu'il y a des choses plus importantes que vos états d'âme. J'ai été heureux de me retrouver dans la rue, je vous le confesse, mon capitaine, et d'échapper au spectacle répugnant de vos tourments et de vos luttes perdues d'avance contre vous-même. J'ai respiré l'air pur et j'ai pensé qu'il me faudrait peut-être recommander à l'état-major de vous relever de toutes vos responsabilités, que c'était mon devoir, mais j'ai vite renoncé à cette idée, mon capitaine, car il n'existe pas d'autre vertu que la loyauté.


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