Les amants de ma mère / Passion du livre

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.. Les amants de ma mère

Couverture du livre Les amants de ma mère

Auteur : Christopher Hope

Traducteur : Anne Rabinovitch

Date de saisie : 00/00/0000

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Ed. du Panama, Paris, France

Collection : Littérature française

Prix : 25.00 €

ISBN : 978-2-7557-0214-9

GENCOD : 9782755702149

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  • La présentation de l'éditeur

Autrefois, il semblait à Kathleen Healey que l'Afrique lui appartenait tout entière. Aviatrice, chasseuse de gros gibier et passionnée de tricot, elle volait selon son envie, atterrissait là où elle l'avait décidé. Dispensant librement ses faveurs à de multiples amants, elle traversait l'histoire de son pays, l'Afrique du Sud, dans une indifférence impériale. Alexander, son fils unique, a grandi à l'ombre de ce tourbillon. Il ne se reconnaît pas dans cette mère absente et encore moins dans les maîtres blancs qui règnent à coups de lois raciales, de mépris et de brutalité. Il choisit l'exil mais reviendra à Johannesburg à l'appel de sa mère mourante, pour exécuter ses dernières volontés... Une fresque féroce et touchante, qui raconte l'Afrique du temps des explorateurs à nos jours.

Christopher Hope est né en 1944 à Johannesburg. Journaliste indépendant, poète et essayiste, il vit aujourd'hui dans le sud de la France. Trois de ses romans ont déjà été publiés par Actes Sud.





  • La revue de presse Astrid Eliard - Le Figaro du 22 novembre 2007

Kathleen, c'est un peu la Mère Afrique personnifiée : il en fallait du culot pour lui donner les traits d'un colon blanc casqué. Alexander, en qui l'auteur a mis beaucoup de lui-même, n'a pas hérité de l'indifférence de sa mère. Être né blanc dans un pays noir, il y a de quoi être tourmenté. Il devient un adulte mélancolique, colérique avec les Blancs africains, qui s'approprient un continent dont ils méconnaissent tous les mystères. Alexander n'a qu'une hâte : quitter son pays, trouver un chez soi. Les Amants de ma mère raconte cette quête éperdue d'un endroit où aller, sans porter sa culpabilité en bandoulière.



  • Les premières lignes

Un jour, j'ai demandé à ma mère qui était mon père.

Nous étions en train de chasser le buffle et, pour la première fois, elle a manqué son coup, exprès. Elle a tourné ses immenses yeux bleus vers moi - le fusil a violemment reculé, le.375 H&H Mag. vous balance près de vingt kilos en plein dans l'épaule - et elle a dit de sa voix la plus calme : «Je n'en ai pas la moindre idée.» Puis elle m'a tendu l'arme, le modèle Holland & Holland qu'elle avait choisi, fabriqué pour la première fois en 1912, toujours populaire chez les grands chasseurs. «À toi maintenant, a-t-elle dit. Rappelle-toi, ces bêtes sont rusées. Surtout si tu ne l'abats pas. Le capitaine Cornwallis Harris aimait remarquer que le buffle te piétine, s'agenouille sur toi, te râpe la peau avec sa langue rêche, et puis revient à la charge.»
Je n'ai pas reposé la question.
Et, a-t-elle ajouté sans que je l'interroge, j'étais né sous un acacia dans les plaines africaines alors qu'elle se trouvait «avec» (voyageait, couchait avec ?) un sorcier blanc du nom de Harry Huntley. Il l'avait emmenée - très enceinte - dans le bundu, le veld lointain et désolé, l'avait installée sous un acacia et, armé seulement d'un couteau et d'un sac de sel, il était parti dans le bush chasser les abeilles sauvages et le petit gibier.
Je me suis toujours dit : pourquoi du petit gibier, pourquoi pas un bon Dieu de gros gibier ? J'avais une très mauvaise opinion de Huntley, depuis le début, il m'avait paru n'être qu'un branleur.
En tout cas, selon sa version, c'était sous l'acacia qu'elle avait mis au monde son fils, seule, et il - moi, l'enfant - aurait pu mourir si son sorcier blanc itinérant n'était pas revenu pour trancher le cordon ombilical d'un coup de son couteau de chasse - vous saisissez ?
Ma naissance bundu paraissait sujette à caution, mais le bozo avec son sac de sel était vraiment typique. L'Afrique en regorge. Sauveurs d'âmes, illuminés, mystiques, mendiants, rêveurs des régions humides du nord de l'Europe en quête d'union spirituelle avec l'A-fri-que !
Harry Huntley venait tout droit de Leicester, et avait pris goût à l'Afrique de la même manière que certains prennent goût à l'alcool. Il aimait aller chasser l'éléphant dans le Bechuanaland et apparemment ses chasseurs tswana l'adoraient : il se promenait pieds nus, et vivait à la dure dans le veld, se nourrissant de miel, de racines et de baies ; il trayait les cobras qu'il gardait dans un sac ; il prenait son eau dans les mares les plus boueuses, et la nuit il dormait entre les racines des baobabs géants. Un parcours empreint d'un hédonisme effréné.
Mais, comme je l'ai dit, ce n'était pas nouveau. Harry Huntley vous ramène en droite ligne à David Livingstone. Ces types disaient tous la même chose : ils étaient en Afrique pour construire des chemins de fer, sauver des âmes, accélérer les échanges, et/ou mettre fin à l'esclavage. Passe-temps populaires, et combines utiles. Songez à leurs drôles de chapeaux, à leurs costumes ridicules, à leur errance bizarre dans un brouillard d'ignorance, alors qu'ils prétendaient apporter la lumière dans ce putain de pays... Certains voulaient être des dieux blancs. D'autres se fondirent parmi les indigènes et devinrent des sangomas, des faiseurs de pluie, des bushmen 13 chrétiens du renouveau, ou des chanteurs de louanges ; d'autres entreprirent de sauver les âmes, les bébés noirs, les lépreux et les rhinocéros blancs. Mais les négriers, les prophètes, les saints, les coloniaux poseurs avaient tous une chose en commun : ils avaient déposé un brevet pour «leur» Afrique et la fourguaient comme le modèle original.
Donc, j'ignore pourquoi Huntley était venu en Afrique, et je serais incapable d'expliquer pour quelle raison une personne telle que ma mère avait pu tomber amoureuse d'un rosbif à demi nu de Leicester affublé d'une jupe en cuir. Elle parlait l'anglais, l'allemand, le hollandais, l'afrikaans et le swahili. Elle savait piloter un avion, monter à cheval, tirer - et tricoter. Elle avait aussi des notions de boxe : dans une salle de Mombasa, elle s'était battue contre Hemingway pendant trois rounds, mais «il était déjà très bas», précisait-elle.


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