La pension Eva / Passion du livre

Recherche simple

Recherche avancée

Recherche multi-critères








Recherche avancée

.. La pension Eva

Couverture du livre La pension Eva

Auteur : Andrea Camilleri

Traducteur : Serge Quadruppani

Date de saisie : 00/00/0000

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Métailié, Paris, France

Collection : Bibliothèque italienne

Prix : 16.00 €

ISBN : 978-2-86424-622-0

GENCOD : 9782864246220

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

Dans la Sicile des années 40, tout minot qu'il est, Nenè s'interroge : que vont faire les hommes dans cette belle maison près du port, où habitent tant de femmes nues ? Bientôt, au fond d'un grenier, une cousine entreprenante l'éclairera sur le sujet. En grandissant, il deviendra familier de ces dames et bien vite découvrira chez elles, au-delà de la sensua­lité, des trésors de récits.
Autour de la table présidée par l'austère Signura, avec ses amis Jacolino et Ciccio, il perçoit le caractère étrangement sacré de ce bordel et les miracles qui s'y déroulent. La guerre gronde dans le ciel, les bombes américaines dévastent la ville, les armées allemandes quittent les lieux, mais à la Pension Eva, un vieux noble retrouve sa virilité, un ange descend nu en parachute, le portrait de Staline a des effets inattendus sur un résistant communiste, le saint patron local rend visite à l'une de ces dames. Et puis des couples fixes se forment avant de connaître une fin terrible ou bien heureuse. Mêlant le dur récit documentaire et l'allégresse rêveuse du réalisme magique, ce roman d'apprentissage par temps d'apocalypse, que l'auteur lui-même présente comme un moment très spécial dans son oeuvre, nous fait découvrir une nouvelle facette du grand romancier Andréa Camilleri.

Andréa Camilleri est né en Sicile en 1925. Scénariste et metteur en scène de théâtre, il est l'auteur de nombreux romans policiers, dont les aventures du commissaire Montalbano (Fleuve noir), et de romans historiques : L'Opéra de Vigàta, Le Coup du cavalier et La Disparition de Judas (Métailié).





  • Les premières lignes

Gradus ad Parnassum

"Elle est très longue et nécessite un exercice quotidien, la route qui au Parnasse conduit... "
Muzio Clementi, Gradus ad Parnassum

Un peu avant ses douze ans, Nenè comprit enfin ce qui se passait dedans la Pension Eva entre les grands qui la fréquentaient et les femmes qui y habitaient.
Ce fut à partir du moment où sa mère fut d'accord pour qu'il s'en aille à trouver tout seul son père qui besognait au port, accord qu'il obtint quand il acommença de fréquenter le cours lémentaire, que Nenè fut pris d'une curiosité très grande pour la Pension Eva.
Nenè était bien obligé d'y passer, devant cette petite villa à trois étages presque collée au début du môle du levant, qu'on aurait dit toujours crépie de frais, avec les volets verts tenus fermés mais tellement resplendissants de couleur qu'ils donnaient l'impression d'avoir été peints tout juste à l'instant, sympathique, gracieuse, avec des fleurs sur le balcon unique du premier étage, qui lui aussi n'était jamais ouvert.
Souvent Nenè rêvait que là-dedans habitaient les gen­tilles petites fées, celles qui courent te sauver quand tu as fait un faux pas et que tu appelles terrorisé et désespéré.
"Petites fées, mes petites fées, aidez-moi !" et elles apparaissent, font un geste de la baguette magique et en un tourne-vire mettent en fuite le loup effaré, l'homme noir, le brigand de passage. La porte d'entrée était éternellement entrouverte et sur le mur à côté était collée une plaque de cuivre brillante qui semblait d'or, où il était gravé en italique :

Pension Eva

Nenè le savait, ce que c'était qu'une pension, il l'avait demandé à un de ses cousins, qui faisait l'université à Palerme : c'était querque chose de mieux qu'une auberge et querque chose de pire qu'un hôtel.
A Vigàta, par ezemple, il y avait un hôtel et trois auberges, des endroits fréquentés par les marins de passage, les commis voyageurs, les représentants d'armateurs, les cheminots, les camionneurs, et à travers ces quatre porches c'était tout un va-et-vient continu.
Mais alors pourquoi de jour, devant le porche de cette pension, il n'y avait vraiment aucun mouvement ? Il lui était jamais arrivé, en passant à la lumière diurne, de voir âme qui vive bouger l'huis entrouvert en entrant ou en sortant.
Une fois, justement le lendemain matin du jour où il avait atteint sa huitième année, la curiosité fut si forte qu'arrivé devant la grande porte un peu plus ouverte que d'habitude, Nenè regarda tout autour de lui et, vu que dans la rue personne passait, il fit un pas vers l'entrée et pencha le torse tout doucement en avant, assez pour pouvoir facilement regarder dedans. Mais soit passqu'il était aveuglé par le soleil, soit passqu'il avait le sang qui bouillait, au début, il ne vit rin de rin. Par contre, il entendit deux femmes qui riaient et parlaient à voix haute dans une chambre lointaine, mais ne comprit pas ce qu'elles disaient. Il fit un autre demi-pas, rentra un peu plus la tête, et ses narines furent assaillies d'une émanation de propre, de savon, de parfum comme celle qu'il y a dans le salon du barbier.
Il fut tenté de rentrer encore un peu.
Il leva la jambe et tout à coup une main s'abattit entre nuque et col, lui tira la tête en arrière. C'était un homme en uniforme de capitaine de la Marine que Nenè connaissait et qui le regardait d'un air bizarre, entre fureur et amusement. Il parlait talien.
- T'es précoce, hein ? A ton âge, tu aimes déjà le miel, gamin ? Va-t'en tout de suite d'ici !
Nenè ne comprit pas ce que l'homme disait, mais s'enfuit quand même en courant, plein de vergogne.
Quand il entra au cours complémentaire, à ses questions sur la mystérieuse pension, ses petits copains, pour la plus grande partie délinquants précoces ou fils de charretiers, débardeurs et marins, lui expliquèrent tout de suite et quasiment en choeur toute l'affaire, entrèrent dans les détails, racontèrent des particularités, expliquèrent usages et comportements comme s'ils avaient passé leur vie dedans la Pension Eva.
Et lui, il eut le petit sourire de qui a tout compris. En fait, il avait rien compris, il était perdu.
Comme ça, une fois qu'il se trouva à passer devant la Pension avec son paternel qui le tenait par la main, il rassembla tout son courage pour lui demander :
- Papa, vrai c'est, que dedans cette maison les hommes peuvent louer des femmes nues ?


Copyright : Studio 108 2004-2017 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli