Visites aux vivants / Passion du livre

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.. Visites aux vivants

Couverture du livre Visites aux vivants

Auteur : Cathie Barreau

Date de saisie : 00/00/0000

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : L. Teper, Paris, France

Prix : 10.50 €

ISBN : 978-2-916010-17-5

GENCOD : 9782916010175

en vente sur


  • Le message sonore
Un message sonore de Cathie Barreau

Cathie Barreau - 27/04/2007



  • La présentation de l'éditeur

Une femme écrivain se fait fantôme et rend visite à ses aïeux, Célestine, Alexandre, Clarisse, Octavie, Abel, Baptiste... Auprès d'eux, elle vit leur présent. Forte de leur futur, elle les console.
Comment évoquer autrement que dans le souvenir ceux qui nous ont précédés ? Et comment imaginer que ceux dont nous sommes issus nous ont rêvés ?

Cathie Barreau est née en Vendée en 1957. Elle a exercé plusieurs métiers puis, en 1994, a créé l'Atelier du Manège à la Scène nationale de La Roche-sur-Yon, lieu de lecture et d'écriture. Elle a déjà publié Trois jardins et Journal secret de Natalia Gontcharova (Editions Laurence Teper, 2006).





  • La revue de presse - Le Monde du 23 février 2007

Avant que de naître, déjà en eux nous demeurons. Ils sont non des revenants, mais la promesse inquiète de notre existence. Moins ressuscités par la mémoire qu'ils ne la suscitent, l'instruisent et l'interrogent. C'est pourquoi le livre de Cathie Barreau est si troublant. En de petits tableaux, elle place les chiffres de la destinée, cerne les silhouettes d'une aura. Apparitions. Ainsi jaillit par miracle la lumière d'alors. Un bruit de sabots, l'odeur d'un biscuit, le chant d'une fauvette, le journal illisible, le cheval Coco parti à la guerre, herbe des prés, terres de pluie. Comme au vitrail des églises, dans les enluminures et les images populaires, la représentation a cette force occulte des naïvetés souveraines, en quoi s'illustrent les mystères, mués en légendes : ce qui doit être lu et entendu. Ni agenouillement, compassion ou dévotion, pourtant il passe quelque chose de sacré dans cette célébration discrète. Un élan d'amour pour les êtres, leur dignité humaine.



  • Les premières lignes

Célestine, ma grand-mère paternelle, s'en souvient, c'était l'hiver 1915, elle erra durant plusieurs jours et nuits dans les chemins boueux du bocage vendéen. Elle mendiait. Le soir du troisième jour, elle fut accueillie dans une ferme où on lui servit du pain trempé dans du lait chaud. C'est ce repas de ses dix-huit ans qu'elle raconte le 2 janvier 1967 d'une voix murmurée dans une agonie tranquille où elle dit toutes les douleurs du passé. Elle est couchée dans son lit, au coin de l'unique pièce de la maison au sol en terre battue. Elle va mourir et elle révèle toute sa vie devant ses enfants et ses petits-enfants : Raymond, Eugénie, Gabrielle, Abel, leurs époux et épouse, les grands et les deux petites que nous sommes ma soeur et moi-même. De temps en temps, elle interrompt ses souvenirs et demande que l'on nous serve à toutes les deux le poulet rôti qu'elle a tué et plumé ces jours en prévision de ce repas de nouvelle année. Elle meurt en début d'après-midi.

Entre elle et moi, j'entends une joie clandestine que nous sommes les seules à éprouver et que nous taisons de peur que l'on nous moque. Ce qu'elle me confie chaque jour de ma vie : la faim et l'humiliation. Les pieds déformés dans les sabots de hêtre, elle marche et elle sait que je suis déjà là, quelque part dans ses rêves. On l'a chassée de la place du village et elle s'est enfuie vers le hameau des Vergers en passant devant le manoir des maîtres, ceux chez qui elle travaillait à garder les bêtes et qui lui donnaient quelque pitance au fond de la grange. Désormais c'est l'hiver et la guerre. Ses cheveux dépassent de son bonnet de toile, ses yeux scrutent le chemin noir. Elle a faim. Elle a si souvent faim. Une joie entre elle et moi, faite de faim que je n'ai jamais ressentie cruellement. Elle, si. Elle a pu croire, en cette nuit de 1915, dans les broussailles des sentes tracées par les troupeaux, qu'elle ne mangerait jamais plus. Elle marche et se perd dans une campagne hostile qu'elle ne reconnaît pas.


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