Mes dibbouks / Passion du livre

Recherche simple

Recherche avancée

Recherche multi-critères








Recherche avancée

.. Mes dibbouks

Couverture du livre Mes dibbouks

Auteur : Luc Bondy

Traducteur : Olivier Mannoni

Date de saisie : 00/00/0000

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Bourgois, Paris, France

Collection : Littérature française

Prix : 17.00 €

ISBN : 978-2-267-01850-9

GENCOD : 9782267018509

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

Dans ce livre de mémoires en forme de fables, Luc Bondy pose, sur son père François Bondy, rédacteur en chef de la revue Preuves, son enfance dans les Pyrénées, ses amis, sa maladie, sur la vie et le temps, un regard tendre et décalé. Il entraîne son lecteur dans un univers parallèle, un monde lumineux et cristallin, sculpté par un auteur de talent et un homme auquel les épreuves et la passion ont enseigné le plus beau des savoir-vivre. Dans la tradition juive, le dibbouk est un esprit, l'âme pécheresse d'un mort, qui entre dans un vivant, le dirige et peut aussi le corrompre. «Luc Bondy montre qu'il est un véritable conteur dans son livre de rêves et de souvenirs rêvés, page après page. Son livre rassemble des souvenirs sur des morts, des maladies, des pertes, des amitiés brisées, des obsessions sexuelles et des souffrances - tout ce qui ici paraît si lourd est d'une clarté et d'une limpidité étonnantes, d'une ironie cinglante.» (Die Welt)

Né à Zurich en 1948, Luc Bondy a passé son enfance en France. À partir de 1969, il s'installe en Allemagne où il monte plusieurs pièces du répertoire contemporain et classique. De 1974 à 1976, il travaille à Francfort puis réalise plusieurs mises en scène à la Schaubühne de Berlin, qu'il co-dirigera de 1985 à 1987, succédant à Peter Stein. Gombrowicz, Shakespeare, Marivaux, Molière, Ibsen, Genêt, Botho Strauss et Ionesco comptent parmi les auteurs qu'il a mis en scène. En 1984, il est lauréat des prix de la critique en Allemagne et en France, pour sa mise en scène de Terre étrangère d'Arthur Schnitzler au Théâtre des Amandiers de Nanterre. Dans le domaine de l'opéra, il a réalisé de nombreux spectacles : Lulu (1978), Wozzeck (1981), Cosi fan tutte (1984), Le Couronnement de Poppée (1989), Reigen de Philippe Boesmans (1993), dont il signe le livret, Don Giovanni (1990), Salomé (1992), Les Noces de Figaro (1995), Don Carlos (1996). Luc Bondy dirige le Festival de Vienne.





  • Les premières lignes

J'ai eu deux pères : l'un avant, l'autre après l'attaque cérébrale. Le deuxième, je le vois toujours assis, lisant dans son fauteuil blanc, se perdant dans sa lecture, le regard fuyant au-dessus du livre, vers le coin de la chambre. Les livres qui signifiaient quelque chose pour lui, il ne se lassait jamais de les relire. Ou plutôt : il me semblait qu'ils se laissaient lire par mon père, il suffisait pour cela qu'il les ouvre. Les phrases volaient jusqu'à lui et glissaient par les rides de son front. Elles le soignaient, elles restauraient sa mémoire : l'expression de son visage redevenait ce qu'elle avait été jadis.
Mon père avant l'attaque : je vois son dos devant la bibliothèque et des bras tendus qui cherchent les livres à tâtons. Il en sort un, passe le doigt sur la reliure, le feuillette un bref instant et le repousse brusquement à sa place. Alors il se tourne d'un seul coup et s'exclame : Dis !, ce qui pouvait tout signifier : «Imagine...», «Tu sais...» «Ça me rappelle...» Ces mots annonçaient parfois quelque chose de tout à fait banal, comme cette fois-là : «N'oublie pas d'appeler ton grand-père ! C'est son anniversaire.» Je hoche la tête, il sort un livre de l'étagère, l'ouvre, inspire à l'intérieur, les lèvres pointées pour un léger sifflement - il était asthmatique, il n'avait jamais assez d'air. Lisant et engageant avec le livre une liaison que lui seul comprend, il monte l'escalier qui mène à son bureau. À Paris comme à Zurich, celui-ci se trouvait juste sous le toit.
Dès le matin de bonne heure j'entendais le crépi­tement de la machine à écrire, rapide et à intervalles réguliers. Lorsque la machine était muette, il consultait ses livres, pourvoyant leurs marges de traits éner­giques. Il ne faisait jamais de citations directes, juste des références. Les livres, les revues, les articles, les journaux étaient ses interlocuteurs ou ses adversaires. Ses discussions, il les menait en frappant violemment les touches de sa petite Olivetti qui glissait vers l'arrière de la table quand il ne la freinait pas avec un sous-main. Autrement le silence régnait dans la maison, ma mère était allée faire les courses, mes deux soeurs au lycée Molière, rue de l'Assomption, et moi à l'école privée dont je changeais presque chaque mois jusqu'à ce que je me retrouve en internat dans les Pyrénées, entre Prades, la ville de la musique, et le village de Mosset, serré contre un flanc de montagne. Il m'y écrivait des lettres de son écriture cryptique habituelle et j'avais du mal à déchiffrer ses mots. Mais comme il utilisait une plume très large qui transformait les caractères en calligraphies, on pouvait y lire son humeur du moment. De toute façon le contenu des lettres était toujours semblable, le plus souvent il voulait m'encourager à mieux travailler ou bien il attirait mon attention sur un livre.


Copyright : Studio 108 2004-2017 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli