Qui dit je en nous ? : une histoire subjective de l'identité / Passion du livre

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.. Qui dit je en nous ? : une histoire subjective de l'identité

Couverture du livre Qui dit je en nous ? : une histoire subjective de l'identité

Auteur : Claude Arnaud

Date de saisie : 05/09/2012

Genre : Documents Essais d'actualité

Editeur : Grasset, Paris, France

Prix : 20.90 €

ISBN : 978-2-246-69981-1

GENCOD : 9782246699811

Sorti le : 29/08/2006

en vente sur


  • Le message sonore
Un message sonore de Claude Arnaud

Claude Arnaud - 29/09/2006



  • La dédicace de l'auteur

Mon essai, Qui dit je en nous ?, tourne autour de la question du soi, de l'identité, de la construction de sa propre personne. Il tente de faire un voyage à l'intérieur de ce continent assez énigmatique, assez fantomatique que tout le monde a toujours eu du mal à définir. J'ai essayé de défaire cette notion complexe, de l'analyser, de l'approcher à travers des cas individuels, des cas de personnages tirés de l'histoire pour la plupart, qui ont donc réellement vécu, qui se sont non seulement construits comme nous le faisons tous, qui ont non seulement fabriqué ce petit récit qui nous fait exister aux yeux de nous-mêmes et des autres, qui ont non seulement élaboré leur identité comme nous devrons tous le faire, mais qui l'ont d'une certaine façon réinventée complètement et qui se sont fabriqués autres que ce que la famille, la tradition, la culture, leur région, leur foi les avaient faits. Ce sont des imposteurs ; ce sont aussi des espions. Ce sont des autocréateurs, si l'on peut dire, des personnages qui ont utilisé et parfois abusé de ce pouvoir que nous avons, néanmoins, de nous définir, de nous créer et de nous constituer. Pour les temps modernes, je crois que le cas le plus facile à saisir sera celui de Michael Jackson qui, d'un jeune garçon noir de la classe moyenne américaine, est devenu une sorte de mutant universel, ni blanc ni noir, ni homme ni femme, ni vieux ni jeune, perpétuellement en changement physique, physiologique, moral aussi, et qui est une illustration extrêmement éloquente, je pense, de ce pouvoir que, lentement, nos cultures sont en train de nous offrir : ce pouvoir de nous refaire, pas seulement au sens où quelqu'un qui partirait en Amérique, aujourd'hui, peut refaire sa vie et refaire toute une carrière, toute une trajectoire, mais aussi se refaire physiquement, grâce à la chirurgie, grâce désormais aussi à la loi qui nous permet de changer de sexe légalement et qui nous offre un pouvoir tout à fait remarquable qui était, avant, strictement inenvisageable. C'est un livre d'époque qui parle d'aujourd'hui, un livre qui traverse tout un tas de cas individuels. J'essaie, à chaque fois, de défaire la pelote qui constitue le moi de ces individus reconstitués. J'en passe aussi par mon propre cas, discrètement je pense, pudiquement, mais le sujet me touche très profondément depuis toujours. J'ai mis du temps à me fabriquer ; je continue à le faire. C'est un processus dont j'ai toujours été extrêmement conscient, qui est une source à la fois de joie, d'invention et d'inquiétude. J'ai changé de sexualité au cours de ma vie. Il m'est arrivé, plus jeune, de vivre sous un autre nom : c'est donc un phénomène que je connais de l'intérieur. Je pense que j'en parle, non pas comme un spécialiste ou un théoricien, mais comme un écrivain qui est particulièrement sensible à ce sujet, à cette thématique. Donc Michael Jackson pour aujourd'hui, mais le livre s'enracine dans le passé, remonte plus tôt, essaie de voir depuis quand ce problème existe et, à travers les époques - c'est évidemment synthétique comme voyage, un voyage au gré de mes curiosités plus qu'un voyage systématique -, comment l'Antiquité a conçu l'identité, le moi, puis comment le christianisme a complètement changé la donne en créant l'individu unique lié à son dieu supposé être comme les fidèles et inamovible, et comment aujourd'hui, nous recommençons, d'une certaine façon, avec le déclin du christianisme, à revenir à la conception antique et païenne du moi, c'est-à-dire un moi multiple, foisonnant, contradictoire. Je pense que le livre va vraiment à l'intérieur de la question, à travers des cas comme l'écrivain et poète portugais, Pessoa, qui s'était démultiplié en une quinzaine de poètes indépendants, chacun ayant sa prose et son style, et d'autres personnages, y compris un syndrome que l'on voit apparaître aux États-Unis : le syndrome de la personnalité multiple, où les individus se disloquent littéralement et s'autonomisent en des myriades d'individus secondaires qui s'alternent dans la malheureuse conscience du malade. Ce livre est vaste, mais je pense l'avoir tenu de bout en bout sur le principe à la fois de la curiosité et de cette implication personnelle. Je n'ai pas du tout voulu faire une somme scientifique, universitaire. C'est un livre d'écrivain, un essai vagabond qui ouvre, dans l'espèce de chambre noire dans laquelle vit notre conscience, notre psychisme, d'autres portes cachées derrière, et essaie d'aller le plus loin possible, jusqu'à créer une impression de vertige. Je vous souhaite une bonne lecture, vous dis au revoir et peut-être à bientôt.

(Propos recueillis par téléphone)



  • La présentation de l'éditeur

Si chaque époque se signale par la question qu'elle se pose, nos contemporains sont tout occupés à se demander : Qui suis-je ? L'identité est devenue, au fil d'une étrange histoire, le problème essentiel de notre temps. Les grandes "fabriques " qui nous ont produits et sculptés depuis l'Antiquité - la religion, la patrie, le milieu, le genre sexuel... - ont largement perdu de leur savoir-faire ; l'identité ne s'hérite plus, elle s'acquiert en bricolant. Au " moi " impérial du XIXe siècle a succédé un ego morcelé et volatil : l'individualisme démocratique s'est imposé. Soulignant les pouvoirs de transformation du moi, ce livre ressuscite d'étonnantes affaires d'imposture, d'espionnage ou de démultiplication : Martin Guerre ou le "mari" idéal; Binjamin Wilkomirski, le déporté fictif; Erich von Stroheim, l'aristocrate de celluloïd ; Kurt Gerstein, l'oeil de Dieu dans l'a SS; Jean-Claude Romand, le médecin imaginaire; Michael Jackson, le mutant universel. Claude Arnaud explore nos identités floues en brassant mille notions et en racontant mille histoires qui empruntent autant à la littérature qu'à la psychanalyse ou à la philosophie. Ne devrait-on pas dire " nous " autant que "je" ? C'est la question que pose cette épopée subtile et passionnante. Elle suscite le vertige, à force d'ouvrir en nous des portes dérobées

Claude Arnaud est romancier, essayiste et critique. Il a notamment publié des biographies très remarquées de Chamfort et de Jean Cocteau.





  • La revue de presse Nathalie Crom - Télérama du 13 décembre 2006

La question posée, «Qui dis-je en nous ?», ouvre dès lors vers un abîme vertigineux dont Claude Arnaud sonde ici avec une acuité singulière les profondeurs inquiétantes autant que fascinantes. Cela, à travers notamment quelques cas particuliers - de Martin Guerre l'imposteur à Jean-Claude Romand, le faux médecin meurtrier, en passant par le pseudo-aristocrate viennois Erich von Stroheim ou encore Binjamin Wilkomirski, qui, lui, s'inventa de toutes pièces un destin d'enfant juif déporté à Maïdanek. Tous menteurs et falsificateurs de haut vol ? Certes, mais en cela, au fond, nos semblables - tant il est vrai que «je» est décidément toujours un autre...


  • La revue de presse Michel Schneider - Le Point du 16 novembre 2006

Dégagé des traditions, l'individu moderne est sommé de s'inventer une identité. Claude Arnaud explore ce «jeu du je» dans une somme littéraire éblouissante, couronnée par le prix Femina de l'essai...
Non sans amertume et effroi, il dépeint cette individualité moderne dont les injonctions sociales contradictoires nous enferment dans une double entrave : «Soyez différents» et, pour cela, «faites comme les autres». Il évoque les recettes d'individualité colportées en gros qui nous somment massivement d'être singuliers. Nous devons non seulement inventer notre personnalité mais en changer sans cesse au gré des modes....
Tous ses tableaux sont peints avec ce tremblement que donne l'identification du peintre à son objet. Il a le courage de ne pas s'exclure du trouble qu'il constate et de faire de lui-même et de sa «difficulté d'être» - pour reprendre ces mots de son cher Cocteau - la matière même de son livre. D'une belle écriture, constamment tenue et retenue, l'essai inclassable qu'il livre aujourd'hui nous plonge avec force et rigueur dans les méandres de nos identités incertaines


  • La revue de presse Pascal Bruckner - Le Nouvel Observateur du 28 septembre 2006

L'auteur, avec un rare bonheur d'écriture, se plaît à multiplier les pistes pour mieux égarer le lecteur de ce livre vertigineux. Mais il lui procure aussi une secrète jubilation, l'arrache aux prisons du sexe, du patronyme, de l'ethnie, l'invite à laisser pulluler en lui les personnalités principales etsecondaires. Tout en l'avertissant que l'alternative au moi impérial ressemble fort au chaos de la schizophrénie.


  • La revue de presse Nicolas Weill - Le Monde du 1er septembre 2006

Voici un essai dont on peut dire que sa forme a été, avec bonheur, contaminée par son propos : la dislocation maladive du moi à l'ère moderne, dont le héros, bien plus qu'Œdipe, semble devenu un Narcisse à la conscience éternellement malheureuse... Ce livre n'appartient en propre à aucun genre défini et relève à la fois du bon journalisme, de la critique romanesque, de la philosophie comme de la confession, s'éloignant de sa fin pour la montrer toujours, dans un style élégant, quoique parfois exagérément "grand seigneur". Claude Arnaud, biographe du moraliste Chamfort (Robert Laffont, 1988) puis de Cocteau (Gallimard, 2003), est aussi celui d'un roman au titre significatif, Le Caméléon (Grasset, 1994). Il n'a cessé, y compris dans sa propre existence, dont il livre quelques secrets au début et à la fin de l'ouvrage, de s'intéresser à la porosité comme à l'affaiblissement des frontières des identités sexuelle, psychique, politique, etc.
Que ce livre ait pour origine une série de chroniques parues dans une revue polonaise de littérature, Zeszyty Literackie, ne l'empêche pas, pour des raisons de fond, de se voir aspirer par son sujet, dont la vogue littéraire dite de l'"autofiction" ne constitue qu'un des symptômes. Organisé en variations entrecoupées de réflexions, il promène agréablement le lecteur de l'Ariège du XVIe siècle de Martin Guerre à Michael Jackson, des "hétéronymies" de l'écrivain portugais Fernando Pessoa, se démultipliant à travers des auteurs fictifs nés de son imagination, au pseudo-médecin Jean-Claude Romand, l'homme qui préféra assassiner sa famille plutôt que de lui avouer qu'il s'était fait passer pour ce qu'il n'était pas, un expert de l'OMS. Une galerie de portraits d'imposteurs fameux, anciens et modernes en somme, que Claude Arnaud qualifie d'"artistes existentiels", d'"écrivain total", voire de "cabot du moi", qui, tous, prennent pour matière leur propre vie en s'en inventant une autre, qu'ils y croient eux-mêmes, en fous, ou qu'ils la simulent, en escrocs...



  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction :

«Une nation ? que dit Bloom. Une nation, c'est tous les gens qui vivent dans le même endroit. - Fichtre, que dit Ned en riant, alors je suis une nation puisque je vis depuis cinq ans au même endroit». James Joyce, Ulysse
Du Moyen Age, hanté par l'ombre de Dieu, au siècle des Lumières, travaillé par l'essor de la Raison, les époques se distinguent par les questions qu'elles se posent. Toutes ont pourtant interrogé l'énigme de notre apparition et les conditions de notre vie commune, à chaque fois selon un nouvel angle, sans jamais parvenir à trouver la solution. Dans son pragmatisme, la nôtre semble seule à dédaigner ces grandes controverses ; ni l'origine, ni la finalité de la vie ne l'intéresse plus trop : notre opium n'est plus au ciel, ni même sur Terre, mais en nous. «Être un peuple, voilà la religion de notre temps», affirmait Ernst Moritz Arndt, chantre du nationalisme allemand, à l'aube du XIXe siècle : être soi est la nôtre. J'éprouve, nous éprouvons, le besoin impérieux de nous extraire du flux anonyme des choses, de personnaliser toujours plus notre humanité : devenir ce que nous sommes est devenu, Nietzsche aidant, une exigence aussi insatiable que la faim. Il faut être soi pour donner sens à sa vie et s'estimer, devenir chaque jour un peu plus l'individu qu'on porte en soi pour combler les lacunes d'un ordre symbolique affaibli. Le philosophe était vécu comme un sculpteur d'homme dans la cité antique - et le prêtre comme celui de l'âme, dans les royaumes chrétiens : nous rêvons de devenir et le créateur, et la sculpture.
Des écrits grecs sur la vie bonne aux manuels romains encourageant l'examen de soi, l'individualité a une histoire, avant même que saint Augustin ne donne sa profondeur au sujet chrétien, en le poussant à s'étudier moralement. Certains voient le sujet se déprendre de ses gangues collectives pour affirmer son autonomie dès le Moyen Age, dans l'Angleterre rurale ; d'autres datent ce décrochage de la floraison créatrice que suscita la Renaissance italienne, sinon de l'étonnant succès des Essais de Montaigne. On trouve des penseurs pour situer au siècle des Lumières l'émergence d'un individu qui, las d'être le sujet du Tout-Puissant et de ses princes, se pose en propriétaire de lui-même et en maître rationnel de sa destinée.


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