Quartier général du bruit / Passion du livre

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.. Quartier général du bruit

Couverture du livre Quartier général du bruit

Auteur : Christophe Bataille

Date de saisie : 00/00/0000

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Grasset, Paris, France

Prix : 11.90 €

ISBN : 978-2-246-64941-0

GENCOD : 9782246649410

en vente sur


  • Le message sonore
Un message sonore de Christophe Bataille

Christophe Bataille - 20/10/2006



  • La dédicace de l'auteur

Quartier général du bruit est un livre que j'ai mis huit ans à écrire. Cent pages pour huit ans, c'est une mauvaise rentabilité, mais c'est le signe d'un profond désir. Depuis des années, je travaille aux éditions Grasset, comme éditeur, qui est un métier peu connu. Et au fond, cela m'a toujours amusé, fasciné, de pouvoir raconter de l'intérieur, du coeur de la place, du coeur du maelstrom, comment c'était quand on vivait dans les livres. L'écrivain, Philippe Sollers, a une très belle expression qui est «la vie dans la bibliothèque». Et au fond, c'est un peu ma situation. Dans la journée, je rencontre des écrivains, je m'occupe de leurs livres, je les lis, je les corrige, je leur trouve des titres, je les console, je les fouette le cas échéant, et le soir, j'écris : toute une vie destinée à la littérature. Et j'ai voulu raconter ça : ce monde de passion, de haine, d'amitié, de camaraderie. On a, un fond, une image souvent étrange du monde de l'édition, qui est très liée aux prix littéraires, une image un peu de «boîte noire», comme on le dit dans le monde de l'économie. Moi, j'ai voulu, à l'inverse, dire la beauté de ce métier, qu'il y avait une petite troupe de personnes en France et dans les pays étrangers bien sûr, qui sont peut-être un peu les rois secrets de notre époque et qui, passionnés par les mots, veulent encore les faire connaître, dans un temps qui n'attend pas beaucoup des livres. Quartier général du bruit, c'est donc l'histoire d'un homme qui s'appelle Bernard Grasset, qui fonde une maison d'édition en 1907. Ce Bernard Grasset n'est pas grand-chose : il vient de province, il a quelques diplômes. Ce n'est pas un homme aisé. Ce n'est pas un fils de famille. Il partage un seul pantalon de soirée avec son ami, et ces deux messieurs, ces deux amis vont créer une maison d'édition qui fera du mouvement, du bruit, du chaos dans le Paris intellectuel des années vingt, et qui va surtout publier de grands livres : Proust, Cocteau, Radiguet, Paul Morand, Kafka, Zweig, Thomas Mann. Et ce Bernard Grasset qui était un grand fou, un être étrange, malheureux, compliqué, violent, publiera également, pour le meilleur mais aussi pour le pire, des auteurs comme Trotsky, Hitler ; il publiera également Les protocoles des sages de Sion. Ce fut donc un homme divers et controversé. À travers sa figure, ce que je veux raconter, bien sûr, ça n'est pas tellement Monsieur Bernard Grasset ; c'est plutôt la vie d'un homme qui est hanté par la littérature. Il rentre chez lui, le soir, avec des manuscrits. Il les lit, il les dévore, il dort avec, il couche avec, il prend son bain avec, et comme mangé à son tour par ce métier fatigant qu'est la lecture, qu'est la passion des livres, Bernard Grasset passera de longs mois, toute sa vie, chaque année, en maison psychiatrique, des mois pendant lesquels il peint des gouaches devant Paris, sans lire aucun livre, sans appeler aucun écrivain. Bien sûr, cette folie sera sa perte. Mais cette figure, je la trouve magnifique, car elle conjoint à la fois la passion des mots et la passion du commerce. Bernard Grasset aimait vendre ; il voulait que ses livres soient aimés, connus, primés, qu'ils aient tous les prix littéraires, qu'ils aient toutes les passions du monde, qu'ils soient traduits à l'étranger, qu'ils aient des affiches dans Paris. C'est donc le métier de cet homme des mots mais aussi de cet homme des ventes que j'ai voulu raconter, pour nous dire ce qu'était devenu, à sa façon, je l'ai dit, pour le pire mais aussi pour le meilleur, le monde de l'édition et le monde des livres. Bonne lecture à tous.

(Propos recueillis par téléphone)



  • La présentation de l'éditeur

«Au rez-de-chaussée de la rue des Saints-Pères, Bernard Grasset avait eu ce rire éclatant qu'il réservait à Radiguet autrefois, col blanc mou et porte-cigarette nacré. Mon cher, que croyez-vous ? C'est quoi notre métier ? La littérature ? L'art ? La pensée ? Le dressage des grands fauves ? Laissez-moi vous dire : L'ÉDITION, C'EST L'ÉLECTRICITÉ + LES MOTS. Parfois l'électricité dévore les mots : les feux de la rampe. Parfois l'éditeur mâche son papier, joyeux, mâche de longues bandelettes arrachées aux manuscrits, mâche les brouillons, les contrats, les traités, et meurt empoisonné. C'est peut-être ça, la littérature ?»

C.B.

Christophe Bataille est romancier. On lui doit notamment Annam (1993, prix du Premier Roman, prix des Deux-Magots), Vive l'enfer (/999) et J'envie la félicité des bêtes (2002). Il est éditeur chez Grasset depuis 1997.





  • La revue de presse François Dufay - Le Point du 21 septembre 2006

Au 61 de la rue des Saints-Pères, Christophe Bataille cohabite avec un fantôme. Le bureau de ce conseiller littéraire et écrivain de 34 ans occupe en effet l'emplacement de la salle de bains où Bernard Grasset, dans l'entre-deux-guerres, tramait ses plans de marketing littéraire en faisant des bulles. Cet étrange raccourci historique nous vaut aujourd'hui, sous la plume de Bataille, un petit roman - ou une longue nouvelle - âcre comme la fumée d'un cigarillo, cynique comme un slogan publicitaire, convulsif comme un électrochoc. Pour tracer le portrait de l'éditeur qui lança Radiguet comme une savonnette et inventa les quatre «M» (Mauriac, Montherlant, Morand, Maurois), Christophe Bataille s'est mis dans la peau d'un nommé Kobald, qu'il imagine être l'âme damnée de Bernard Grasset...
Ironie de l'histoire - ou récompense d'un savoir-faire indéniable : cette brillante sotie sur la corruption des moeurs éditoriales vaut aujourd'hui à son auteur de figurer, sous la casaque de la maison Grasset, dans la course pour le prochain Goncourt.


  • La revue de presse Patrick Grainville - Le Figaro du 31 août 2006

Ouf ! Ce n'est pas narratif mais sens dessus dessous. Voici un autoportrait déchiqueté de Bernard Grasset. Un possédé ! Dandy dévissé, pythie trépignant sur son trépied de chèques et de feuillets. Prophète des temps modernes et putain. Chaman, marchand : «Vendre, vendre à en crever !» Il vitupère rue des Saints-Pères, sa taule tarabiscotée de bureaux biscornus, de fausses portes, de trappes, de coulisses, de circuits, synapses, méninges électriques... C'est qu'il est dérangé, le Patron, cinoque traité à Meudon, oui, justement, ce qui deviendra la capitale du Grand Autre, du roi Céline, ce Lear en loques. Bernard Grasset métamorphose le métier, le corrompt, le propulse entre divers séjours à l'asile, séances d'électrochocs façon Artaud. On pardonne tout à l'outrance de la folie, son pathétique génie. [...]
Debout les mots, leur feu incorruptible, c'est le cri de Christophe Bataille qui saisit avec un rare brio polémique et poétique la grande paranoïa littéraire, son mélange envoûtant et toxique de passion et de dépravation.



  • Les premières lignes

J'étais donc là à mâcher, mâcher sottement dans ce matin irréel. Je longeais la serpe de limon. Salut à toi, cruelle Seine, mon accompagnatrice. Je flambais la Route des Gardes. Certains fouettent leurs bolides, visitent les écrivains en savates, prient pour la littérature, rêvent au bain de feu. Moi je mâchais du papier comme toujours, je mâchais lettres, billets, factures, manuscrits, romans et ribambelles, liesse des palais sanglants au débord de mâchoire.

C'était l'automne. Je quittais Paris dans son dernier soleil, ministère des quais et des putains, déroulant les entrepôts, le sable, l'acier, longeant les carrés prolétaires, écartant Paris à force de pétrole.

Tout est poison ? Rien n'est poison. Sur le siège de droite, deux manuscrits, et une lettre. 21 janvier 1934, «mon cher Kobald, votre idée est excellente, et en ce jour anniversaire de la mort de notre grand roi, j'accepte bien volontiers d'écrire le livre auquel vous avez songé, sur les buts et les aspirations de notre mouvement. Je pense moi aussi que nous pourrions le vendre. J'irai volontiers vous voir le jour et à l'heure que vous m'indiquerez.» Le Patron serait satisfait, enfin le Gros avait répondu, comme il l'appelait, tireur de bretelles et de gitons. Quant au programme et au livre, on verrait bien.


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