Le fils du héros / Passion du livre

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.. Le fils du héros

Couverture du livre Le fils du héros

Auteur : Karla Suárez

Traducteur : François Gaudry

Date de saisie : 11/07/2017

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Métailié, Paris, France

Collection : Bibliothèque hispano-américaine

Prix : 20.00 €

ISBN : 9791022606936

GENCOD : 9791022606936

Sorti le : 31/08/2017

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

Ernesto a 12 ans lorsqu'on lui annonce la mort de son père dans les troupes cubaines envoyées en Angola. Fini les aventures trépidantes avec ses amis Lagardère et la belle capitaine Tempête, lui, le courageux comte de Monte-Cristo, se voit obligé de devenir "le fils du héros", une tâche particulièrement lourde dans un pays socialiste.
Plus tard, obsédé par cette guerre dans laquelle son père a disparu, il étudie avec passion cette période sur laquelle les informations cubaines ne sont pas totalement fiables. Il tente alors de reconstruire l'histoire de la mort de son père et se rend compte que tout ne s'est pas passé comme il l'a imaginé. Faire la guerre est plus compliqué que ce qu'on croit. Oscillant entre passé et présent, entre douleur et passion, Karla Suárez trace avec ironie et lucidité le portrait d'une génération écrasée par une vision héroïque de l'histoire et qui a dû construire, à travers les mensonges et les silences de l'idéologie étatique, ses propres rêves et ses propres voies vers la conquête de la liberté individuelle.

«Karla Suárez a su écouter toutes les voix qui s'élèvent dans la société cubaine. Le roman que Cuba attendait depuis longtemps.»
Público

Karla Suárez est née à La Havane en 1969, elle est ingénieur en informatique, et vit actuellement à Lisbonne. Ses romans ont été traduits en plusieurs langues. Elle a fait partie de la sélection des 39 meilleurs jeunes auteurs latino-américains du Hay Festival. Elle a notamment publié Tropique des silences et La Havane année zéro.





  • Les premières lignes

La forêt obscure

Mon père a été tué un après-midi sous un soleil de plomb, mais nous ne l'avons appris que plus tard. Il était à l'autre bout du monde, dans la forêt obscure d'Angola. Et nous, dans l'île, où la vie continuait plus ou moins comme d'habitude, sous notre soleil quotidien.
Plusieurs jours après sa mort, ignorant encore ce qui s'était passé, je courais dans le bois de La Havane sur les talons du capitaine Tempête, la fille qui me plaisait. Quelques mètres devant moi courait Henri de Lagardère, mon meilleur ami, beaucoup plus rapide et plus fort, ce qui m'obligeait à faire de furieux efforts au mépris des broussailles qui me griffaient les jambes. Moi, j'étais le comte de Monte-Cristo. A vrai dire, j'aurais préféré être le Lion de Damas, ou même Lagardère, parce que ce truc de creuser des tunnels pour m'échapper du château d'If ne me paraissait pas très amusant, mais comme c'était Tempête qui avait distribué les rôles, je n'étais pas trop mécontent. J'ai fini par m'y habituer. Après tout, j'étais un comte, ce qui l'obligeait de temps en temps à courber la tête devant moi en signe de révérence, tout en me regardant droit dans les yeux, avec le sourire de ses douze ans qui commençait à ressembler davantage à une provocation féminine qu'à un simple regard de fillette.
C'est mon père qui nous avait fait découvrir cet endroit du bois, sans se douter que nous ne pourrions plus nous en passer. Il nous avait offert ce petit bout de monde où nos personnages préférés pouvaient vivre, leurs aventures en nous, loin de la télévision. Il était un des rares habitants du quartier à posséder une voiture et le seul à ne pas considérer cet engin roulant comme une relique, un signe de statut social ou une pièce de musée à maintenir hors de portée des autres pour qu'ils ne l'abîment pas. Non. Pour mon père, la voiture c'était de la tôle qui pouvait se déplacer et si lui en avait une, tous les autres devaient en profiter. Aussi, certains dimanches, quand il sortait dans la rue avec un seau d'eau et des éponges pour la laver, il laissait les gamins s'approcher et cela devint une habitude. L'un voulait laver le pare-brise, l'autre s'asseoir au volant pour faire semblant de conduire, un troisième changeait l'eau du seau, et tous ensemble nous participions au lavage. Quand c'était fini, que la carrosserie brillait et que la rue était inondée, mon père nous récompensait en nous faisant monter à bord et nous partions tous au bois, dans cet endroit près de la rivière enjambée par un petit pont en forme d'arche qui paraissait sortir d'un livre de contes. Mon père arrêtait la voiture, ouvrait les portières et disait : vous revenez dans une demi-heure ! Et nous filions nous perdre dans ce bois où on filmait toutes les aventures qu'on pouvait voir à la télévision, et qui se passaient en France, en Irlande, en Espagne, en Afrique, ou n'importe où dans le monde, au milieu de ces arbres énormes, débordant de lierres et de liserons qui descendaient comme des rideaux et créaient des formes, des géants, des grottes, ou simplement le voile d'une princesse, la cape d'un roi ou encore les murailles du château d'If d'où je devais m'évader.
(...)


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