Suicide / Passion du livre

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.. Suicide

Couverture du livre Suicide

Auteur : Marc Aldanov

Préface : Gervaise Tassis

Traducteur : Jean-Christophe Peuch

Date de saisie : 21/09/2017

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Ed. des Syrtes, Paris, France

Collection : Littérature étrangère

Prix : 27.00 €

ISBN : 9782940523603

GENCOD : 9782940523603

Sorti le : 14/09/2017

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  • La présentation de l'éditeur

L'émigration ou la mort : c'est le choix qui se présente à l'intelligentsia russe au lendemain du coup d'État bolchevique d'octobre 1917. Emporté par le tourbillon de l'histoire avec des millions de ses semblables qui, comme lui, avaient accueilli avec bienveillance la révolution pacifique et libérale intervenue quelques mois plus tôt, l'un des personnages de Suicide s'interroge : «Sommes-nous coupables ?»
Embrassant plus de deux décennies de l'histoire russe et européenne (de 1903, année de naissance du parti bolchevique, à 1924, année de la mort de son chef), Suicide mêle habilement des personnages de fiction à des figures historiques telles que Vladimir Lénine, véritable fil conducteur du roman, mais aussi l'industriel et mécène russe Sawa Morozov, l'empereur d'Allemagne Guillaume II, le monarque autrichien François-Joseph Ier et bien d'autres encore. Tous portent une part de responsabilité dans le suicide de l'Europe et de la Russie en ce début du XXe siècle.
Roman bilan sur les bouleversements historiques de 1917, Suicide décrit, à travers le destin des époux Lastotchkine et de leurs proches, comment l'établissement d'une justice sociale par la violence porte en lui les germes de la tragédie, tragédie personnelle, mais aussi tragédie d'un pays et d'un continent.

Proche des réformistes libéraux russes vaincus par les bolcheviks, Mark Aldanov (Kiev 1886-Nice 1957) a quitté la Russie en 1919. Il a mené toute son activité artistique en France et aux États-Unis où il est devenu une figure majeure de la littérature russe d'émigration.
Ivan Bounine, lauréat du prix Nobel de littérature en 1933, l'a proposé à maintes reprises pour cette prestigieuse distinction. Suicide (1956), son dernier roman, est traduit ici pour la première fois en français.





  • La revue de presse Elena Balzamo - Le Monde du 21 septembre 2017

Figure-clé de la diaspora russe, romancier, scientifique, philosophe, neuf fois cité pour le prix Nobel, Aldanov a longtemps vécu en France, où pourtant son oeuvre - romans, biographies et essais - reste largement méconnue. Il a fallu attendre plus de soixante ans pour voir enfin paraître ce roman sur la première guerre mondiale vue comme un prodrome de la révolution de 1917...
Suicide est le chant du cygne de l'écrivain. Mark Aldanov se trouve alors à une distance idéale de son sujet. Son expérience personnelle se conjugue avec une mise en perspective rendue ­possible par l'éloignement. Cela lui permet une narration à la fois synthétique et précise. Une authenticité qui se fait sentir à chaque page, étayée par la connaissance intime, non seulement de la Russie, mais aussi de l'Europe de la Belle Epoque : la description du lent glissement dans le chaos et la barbarie est celle d'un témoin oculaire direct. Un témoin qui, un demi-siècle plus tard, garde le regard rivé sur l'instant où l'histoire prend le visage du fatum.



  • Les premières lignes

Extrait de la préface de Gervaise Tassis

Qui aujourd'hui connaît encore Mark Aldanov ? Ses romans ont pourtant eu du succès dans l'entre-deux-guerres, ils ont été traduits en de nombreuses langues à l'époque où ils étaient interdits de publication en Russie parce que leur auteur avait émigré. Aujourd'hui, la situation est inverse : c'est en Russie que les romans d'Aldanov sont lus et régulièrement réédités depuis la perestroïka. Comme celle d'autres écrivains exilés, tels Ivan Bounine, Boris Zaïtsev, Mikhaïl Ossorguine, Alexis Remizov, Marina Tsvetaeva, Gaïto Gazdanov, Iouri Felzen et bien d'autres, son oeuvre est «rentrée en Russie», selon l'expression consacrée.
Nous savons en fait peu de chose de la vie d'Aldanov avant l'exil. Né à Kiev en 1886, chimiste, membre d'un parti socialiste qui refusait la terreur, il a fui la Russie bolchevique et est arrivé à Paris au printemps 1919. Il ne pensait pas alors finir sa vie à l'étranger. Comme bien d'autres, Aldanov voulait alerter l'opinion publique européenne, expliquer ce qui se passait en Russie et croyait encore qu'on arriverait à vaincre les bolcheviks, que la Russie redeviendrait ce qu'elle était devenue pour la première fois de son histoire en février 1917 : une république démocratique.
Il publie très vite deux ouvrages, directement écrits en français. Un Lénine, dès 1919, puis, en 1921, Deux révolutions. La Révolution française et la révolution russe. Persuadé que la comparaison avec les révolutionnaires français du XVIIIe siècle sert Lénine et son gouvernement, il y explique que les bolcheviks sont en fait des réactionnaires qui aggravent les méthodes du pouvoir tsariste et gouvernent par la terreur. Ils ne sont pas les libérateurs que certains croient, bien au contraire : tous ceux qui combattent pour la liberté sont leurs farouches adversaires. La même année, il publie sa première oeuvre littéraire, un court roman sur la mort de Napoléon cent ans plus tôt : Sainte-Hélène, petite île (la traduction française de ce court roman a été rééditée en 1991 aux éditions Jacqueline Chambon). C'est le premier roman d'une longue série qui traite du thème de la révolution, une série romanesque qui inscrit l'histoire des révolutions russes dans l'histoire de l'Europe, de la fin du XVIIIe siècle jusqu'à la guerre froide. Tous ses romans jusqu'à son second exil aux États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale seront publiés dans la plus importante revue de l'émigration russe à Paris, Les Annales contemporaines. Il contribuera d'ailleurs à la faire renaître à New York en 1942, où, devenue La Nouvelle Revue, elle existe toujours et décerne même depuis quelques années un prix littéraire Mark Aldanov. L'écrivain est rentré en France à la fin de sa vie, il est mort à Nice en 1957, peu après son quatre-vingtième anniversaire.
Aldanov se sentait parfaitement européen. Héritier de la culture russe et de la culture européenne, polyglotte, ayant voyagé et étudié à Paris avant la révolution, il était bien placé pour présenter la Russie au public occidental, et combattre les clichés qui circulent à son propos. Pour lui, l'âme russe n'existe pas et la culture russe n'est en rien maximaliste. Il en refuse une conception essentialiste. Dans un essai intitulé La Nuit d'Ulm, en référence à Descartes, il montre dans un chapitre intitulé polémiquement «Les idées russes», que la culture russe est tout aussi mesurée que les cultures française, anglaise ou allemande, qu'Alexandre Pouchkine, Piotr Tchaïkovski ou Mikhaïl Vroubel n'ont rien d'extrémiste. Contrairement à Nicolas Berdiaev dont L'Idée russe est alors traduite et abondamment commentée, il voit la Russie, ses habitants, et les émigrés qui ont été obligés de fuir leur patrie, comme les victimes non d'une culture messianique, mais de la conjonction de divers facteurs sur lesquels ils n'ont eu aucune prise. Il insiste aussi sur le fait que Lénine contredit magistralement le cliché de l'oblomovisme, concept tiré du nom du personnage d'un célèbre roman d'Ivan Gontcharov, qui incarne la paresse et le fatalisme. Et il se moque avec beaucoup d'humour de l'ignorance des étrangers, qui en général ne savent rien de la Russie, alors que les Russes connaissent et apprécient l'Europe et sa culture. Il va même jusqu'à reprocher à Fiodor Dostoïevski, qu'il appelle «le moins russe des écrivains russes» d'avoir habitué ses lecteurs à toutes sortes d'invraisemblances, prétendument typiques du caractère russe.


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