Un été avec Machiavel / Passion du livre

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.. Un été avec Machiavel

Couverture du livre Un été avec Machiavel

Auteur : Patrick Boucheron

Date de saisie : 26/06/2017

Genre : Philosophie

Editeur : Ed. des Equateurs, Sainte-Marguerite-sur-Mer, France | France-Inter, Paris, France

Collection : Equateurs parallèles

Prix : 13.00 €

ISBN : 9782849905043

GENCOD : 9782849905043

Sorti le : 04/05/2017

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

«L'intérêt pour Machiavel renaît toujours dans l'histoire au moment où s'annoncent les tempêtes, car il est celui qui sait philosopher par gros temps. Si on le relit aujourd'hui, c'est qu'il y a de quoi s'inquiéter. Il revient : réveillez-vous.»
Depuis sa mort en 1527, on le lit pour s'arracher à la torpeur. Mais que sait-on de lui, hormis le machiavélisme, cette angoisse collective devant le mal en politique ?
Allons donc chercher l'homme derrière le masque qui le défigure. Levons les contradictions qui travaillent cet esprit ardent de la Renaissance florentine : le créateur du Prince et l'homme d'action, le poète obscène et le blagueur, l'inspiration qu'il trouve autant chez les peintres que dans la mécanique des passions et intérêts humains. En somme, la sagesse de Machiavel ne se trouve-t-elle pas dans «l'art subtil de la provocation joyeuse» ?
Patrick Boucheron nous invite, sur un tempo allegrissimo, à découvrir un Machiavel insolent, visionnaire, implacable comme un soleil d'été : «Machiavel est un éveilleur, parce qu'il est un écrivain. Il écrit pour porter la plume à la plaie. Il écrit pour raviver non la splendeur des mots, mais la vérité de la chose.»

Un été avec Machiavel est à l'origine une série d'émissions diffusées pendant l'été 2016 sur France Inter.

Patrick Boucheron est professeur au Collège de France, titulaire de la chaire Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècles. Il est notamment l'auteur de Léonard et Machiavel (Verdier), Conjurer la peur, Sienne, 1338, essai politique sur la force des images (Seuil) et a récemment dirigé l'Histoire mondiale de la France (Seuil).





  • La revue de presse Gilles Martin-Chauffier - Paris-Match, juin 2017

On n'est pas en séminaire à Normale sup  : Boucheron parle mystérieusement de la « férocité brutale des tableaux de Botticelli » mais l'ensemble est clair et incisif, les phrases tombent droit et les mots sont justes. On croit tous connaître Machiavel. Comme Corneille, Dante ou Kafka, son nom propre s'est transformé en épithète. En gros, on se souvient qu'avec lui cynisme et politique sont comme la main et le gant...
Evidemment, cela ressemble à un recueil de bons conseils à l'usage des tyrans. Mais ses analyses peuvent aussi instruire les peuples sur les procédés qui les menacent. C'est la thèse que préfère Patrick Boucheron qui nous raconte, au passage, la vie de Machiavel.



  • Les premières lignes

Les saisons

Passer l'été avec Machiavel, vraiment ? Quelle drôle d'idée. L'auteur du Prince n'est pas à proprement parler un écrivain en vacances, le compagnon des siestes estivales. Mais d'abord un homme d'action, toujours sur la brèche, pour qui décrire le monde, en dresser le constat désabusé, c'est travailler à le transformer. «Si on me lisait», dit-il en 1513 à propos du Prince, «on verrait que pendant les quinze ans où j'ai fait mon apprentissage dans le métier de l'État, je n'ai ni dormi ni joué.»
On le lit, en effet, depuis sa mort en 1527, on ne cesse de le lire, malgré les calomnies et les censures, et toujours pour s'arracher à la torpeur. En ceci, pourquoi pas, Machiavel est implacable comme un soleil d'été. C'est l'astre qui rend sa prose cinglante, jetant sur toutes choses une lumière si crue qu'elle rend les arêtes plus vives. Nietzsche l'a dit mieux que quiconque, dans Par-delà le bien et le mal : «Il nous fait respirer l'air sec et subtil de Florence et ne peut se retenir d'exposer les questions les plus graves au rythme d'un indomptable allegrissimo, non sans prendre peut-être un malin plaisir d'artiste à oser ce contraste : une pensée soutenue, difficile, dure, dangereuse et un rythme galopant, d'une bonne humeur endiablée.»
Mais si tout est affaire de rythme, comment ne pas voir que ce qu'il appelait la qua-lità dei tempi, la «qualité des temps», était à l'automne des certitudes ? Depuis 1494, l'Italie est en guerre. Elle, si fière de son gouvernement civique, si sûre de sa supériorité culturelle, la voici en proie à une violence inédite, celle de la prédation des grands États monarchiques. C'est cela qu'on appelle «les guerres d'Italie», ce grand désenchantement, et parce que la Péninsule fut depuis tant de siècles le laboratoire de la modernité politique, c'est-à-dire le lieu où s'invente un avenir commun, chacun peut comprendre désormais que ce qu'on appellera Europe n'est rien d'autre que la guerre qui vient.
Les ombres s'allongent, l'hiver arrive, qui engourdit les âmes. Machiavel aura connu cela : les paroles gelées sur des lèvres closes, l'impossibilité à dire ce que nous sommes en train de devenir. Il aura connu ce mouvement inexorable et lent par lequel une langue politique se périme. Celle qu'il avait tant aimé apprendre dans les livres est devenue inopérante pour dire avec exactitude «la vérité effective de la chose». Alors, quand le passé récent n'est plus d'aucun secours, pourquoi ne pas se retourner vers ceux qu'il appelle «ses chers Romains», plonger dans des textes anciens comme en un grand bain rafraîchissant et nommer antiquité cette manière ragaillardie de relancer son avenir ?
(...)


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