L'inflation de la gloire : Berlin 1931 / Passion du livre

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.. L'inflation de la gloire : Berlin 1931

Couverture du livre L'inflation de la gloire : Berlin 1931

Auteur : Gabriele Tergit

Traducteur : Pierre Deshusses

Date de saisie : 22/06/2017

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Bourgois, Paris, France

Prix : 25.00 €

ISBN : 9782267030082

GENCOD : 9782267030082

Sorti le : 18/05/2017

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  • La présentation de l'éditeur

Dans le Berlin de L'Ange bleu, de Cabaret, de Grosz, de L'Opéra de quat'sous, faute de nouvelles intéressantes, un journaliste écrit un article sur un chansonnier du nom de Käsebier qui se produit dans un cabaret des quartiers populaires. Du jour au lendemain, il est propulsé sur le devant de la scène et déclenche nombre d'intérêts financiers, immobiliers associés à cette ascension fulgurante. Dans une ville en pleine transformation, un pays en pleine mutation, une période de rupture, sans jamais parler de politique, Gabriele Tergit, sous l'angle du journalisme, donne à Berlin toute sa force, son réalisme.

«L'Inflation de la gloire est un roman sur Berlin, sur les trépidations de la vie dans une grande ville et du cynisme qui en fait partie, sur une ascension et une chute - et la joie d'en être spectateur, d'en parler et d'en tirer profit.» Der Spiegel

Née en 1894 à Berlin, Gabriele Tergit étudie la philosophie et l'histoire dans le but de devenir journaliste. À partir de 1920, elle travaille dans la presse, notamment comme chroniqueuse judiciaire, rubrique qu'elle considère comme un genre littéraire à part entière. L'arrivée au pouvoir d'Hitler met lin à son ascension : Gabriele Tergit, son mari et leur jeune fils quittent l'Allemagne pour la République tchèque avant de rejoindre la Palestine, où elle continue d'écrire. En 1938, elle s'installe à Londres. En tant que secrétaire du PEN Center, elle publie également de nombreux reportages et autobiographies d'autres auteurs. Elle disparaît en 1982.





  • La revue de presse Nicolas Weill - Le Monde du 22 juin 2017

L'Allemagne de Weimar, de 1918 à 1933, a souvent suscité une nostalgie politique ou esthétique. Surtout comparée au régime nazi qui l'a suivie (ou qu'elle a engendré). Le modernisme de ses avant-gardes, l'éveil d'une libération sexuelle où se sont inventés tant de comportements contemporains, le développement d'une culture ultradémocratique pour son temps, donnent à cette première expérience républicaine allemande l'apparence d'une période enviable. Utilement, L'Inflation de la gloire, qui appartient au genre réaliste et dévoile l'envers du décor, vient corriger cette image trop dorée...
Le récit montre un Berlin clinquant, une bohème en proie au virevoltage idéologique et au mépris d'autrui. Il y règne une spéculation immobilière sans précédent et l'entassement des pauvres dans des logements mal conçus pourrait bien être à la source de l'ensauvagement des classes populaires, suggère un des personnages. On pense aux célèbres théories de Walter Benjamin (1892-1940) sur l'appauvrissement de la sensibilité et de l'expérience résultant de la modernité capitaliste.



  • Les premières lignes

Premier chapitre

Un article sur la gadoue, c'est tout

La Kommandantenstraße à Berlin, grande artère occupée moitié par des magasins de confection, moitié par des rédactions de journaux, commence à la Leipzigerstraße avec une jolie vue sur les arbres de la Dönhoffplatz dépourvus de feuilles en cette saison, et se prolonge jusqu'à l'Alte Jakobstraße, quartier prolétaire où les usines abondent.
La Dönhoffplatz ! À droite, le Tietz, vente après inventaire ! Tout doit disparaître ! Les chaussures Stiller «Encore moins cher» ! Parapluies ! Ils sont tous là, Widgor et Sachs et Resi. Un aveugle avec des journaux est assis devant la distillerie Aschinger en espérant de petits quelques-choses. Il y a là le meilleur magasin de fleurs artificielles de tout Berlin. Au printemps, des fleurs pour mettre à la boutonnière ; en hiver, des fleurs pour les parures de bal. Le quartet des Stettiner Sänger est toujours à l'affiche, avec ses deux gendarmes comme mascottes : le grand maigre et le petit gros. Pâtisseries, parfums, bagageries et cotonnades. Tout ça marche encore. Mais au premier étage, les ennuis commencent. Le commerce est en récession. Tout en direct. Usine - détaillant - consommateur. Si c'était possible : usine - consommateur. Ça, c'est le côté clair et animé de la Dönhoffplatz.
Mais en face, du côté calme, juste au début de la Kommandantenstraße, s'alignaient des petits commerces anonymes; c'était là que se trouvait aussi la rédaction du Berliner Rundschau. Un vieil immeuble tout en longueur, de quatre étages pas très hauts, décoré à chaque angle d'un grand vase à anses dans le style grec. Au milieu, deux statues en plâtre plus grandes que nature, Mercure et Minerve, et entre les deux, un bouclier romain. Mercure ne semblait pas être mis beaucoup à contribution dans cet immeuble. Un demi-étage était vide. Difficile de savoir si Miermann était entré dans cette rédaction parce que Minerve l'avait attiré avec les tablettes qu'elle tenait à la main ou parce que des guirlandes de roses faisaient semblant de se balancer dans le vent sous les fenêtres, mais ça lui aurait bien ressemblé ; en revanche il n'avait sûrement pas été séduit par les casques baroques à plumes d'autruche qui ornaient la rangée supérieure des fenêtres : il était totalement allergique aux costumes guerriers. Une date inscrite en gros chiffres dorés sur le pignon indiquait que cette très respectable maison avait été construite en 1868.
En bas se trouvait un petit salon de thé surtout fréquenté par des journalistes, un lieu enfumé, mal aéré par un unique fenestron donnant sur une cour où les poubelles étaient directement entreposées sous la petite fenêtre à battant. La cour était si exiguë que le soleil ne descendait jamais en-dessous du deuxième étage. Il faisait toujours très sombre dans ce petit salon de thé, seules quelques lumières irisées en formes de tulipes et des ampoules électriques faiblardes éclairaient l'ensemble. L'espace était entièrement occupé par des tables en marbre rouge et des petites chaises en bois à l'assise cannée et sans accoudoirs. Mais le patron était fier de sa clientèle. Originaire de Vienne, il appréciait les journalistes, connaissait chacun par son nom et, chose plus importante encore, lisait ce qu'ils écrivaient.
(...)


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