Trésors de la faïence maçonnique française du XVIIIe siècle / Passion du livre

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.. Trésors de la faïence maçonnique française du XVIIIe siècle

Couverture du livre Trésors de la faïence maçonnique française du XVIIIe siècle

Auteur : Jean-Claude Momal

Préface : Roger Dachez

Date de saisie : 22/05/2017

Genre : Esotérisme

Editeur : Dervy, Paris, France

Collection : L'univers maçonnique

Prix : 29.90 €

ISBN : 9791024201849

GENCOD : 9791024201849

Sorti le : 24/04/2017

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  • La présentation de l'éditeur

L'histoire racontée ici par l'image est celle d'un trésor caché. C'est l'histoire dans l'Histoire de ce patrimoine maçonnique méconnu, jamais inventorié, illustré par les maîtres faïenciers français du XVIIIe siècle, au sommet de leur art. C'est l'aboutissement d'une longue patience qui permet enfin de rassembler, pour la première fois, l'existant répertorié dans les collections publiques ou privées, en France ou à l'étranger.
Abordée par le biais improbable de l'art du feu, la symbolique maçonnique du siècle des Lumières offre au regard ses mystères. Restituée en pas moins de 100 décors spécifiques répertoriés sur 250 pièces, elle dévoile dans un inventaire régional, symbolique et historique, l'exceptionnelle richesse, diversité et originalité de la pratique maçonnique française d'origine. Évocation des loges d'Ancien Régime, déclinaison des systèmes naissants, expressions plus personnelles des francs-maçons eux-mêmes, jalonnent ce parcours de reconnaissance et de réappropriation.
Lever le voile sur cette part confidentielle de la céramique française du XVIIIe siècle, alors à son apogée, c'est constater combien cette production si particulière y a pleinement participé et l'a brillamment illustré. C'est aussi, dans cette rencontre de l'art du feu et de l'Art Royal, restituer les premiers pas de la Franc-maçonnerie. C'est enfin, avec le banquet, rappeler un aspect original de ce moment maçonnique le mieux inscrit dans la sociabilité de son temps. Mais c'est surtout renouer les fils d'une mémoire symbolique et historique dont ces objets sont aussi le conservatoire, avant que le voile de mystère qui déjà en soustrait certains à notre compréhension ne les recouvre définitivement.

Jean-Claude Momal est membre du comité scientifique du Musée de la Franc-maçonnerie-Grand Orient de France et de l'Institut d'Études et de recherches Maçonniques (IDERM). Il est l'auteur de plusieurs contributions sur le patrimoine maçonnique publiées dans la revue Chroniques d'Histoire Maçonnique et de différents ouvrages et publications. Il a établi, en quarante années de recherches, un inventaire quasi exhaustif du décor maçonnique français sur faïence au XVIIIe siècle.





  • Les premières lignes

CHAPITRE I

«Par l'art seulement nous pouvons sortir de nous, savoir ce que voit un autre de cet univers qui n'est pas le même que le nôtre...»

Marcel Proust, Le Temps retrouvé, 1922.

ART ET FRANC-MAÇONNERIE

Les noces de l'art et de la Franc-maçonnerie ont tardé à se célébrer. ! Ont-elles même bien été consommées, une belle et solide ignorance réciproque les ayant tenus longtemps jalousement séparés ? Le nom même d'«Art Royal» donné à la maçonnerie spéculative moderne par le pasteur Anderson, rédacteur des premières Constitutions de 1723, n'y a pas peu contribué. Il installa dès l'origine une ambiguïté que le temps peinera à dissiper. Mais il est désormais bien établi que ce label initial ne saurait désigner mystérieusement et électivement l'un des beaux-arts.

Cette appellation quelque peu désuète d'«Art Royal», écho du monde d'hier, est en cela moins présente dans le vocabulaire maçonnique d'aujourd'hui. Elle ne renvoie plus aussi manifestement à l'art de bâtir incarné par Hiram, l'architecte du Temple de Salomon, figure centrale de la légende maçonnique, nommé par la Bible au livre des Rois. La tradition voulait qu'elle désigne d'abord et exclusivement la seule architecture, en rappel des sources opératives de la maçonnerie ancrées dans la tradition biblique. La figure du «Grand Architecte de l'Univers» extraite par Anderson de sources médiévales où Dieu et le Christ sont présentés comme architectes avait par ailleurs conforté cette lecture. Mais une maçonnerie moderne devenue spéculative, s'éloignant des authentiques maçons tailleurs de pierre, ne pouvait limiter ses spéculations au seul art de bâtir. Les Lumières, irrésistiblement, allaient l'entraîner à embrasser la généralité des arts libéraux. Le chevalier Ramsay, orateur de l'Ordre, devait l'y engager dans un célèbre discours de 1736 assignant aux francs-maçons un rôle essentiel dans la construction d'une société nouvelle fondée sur la vertu, la science et les arts. C'est ainsi que l'entendirent, quarante ans plus tard, en 1776, les fondateurs de la loge des Neuf Soeurs. Se plaçant sous l'invocation des muses, ils se fixèrent comme objectif de réunir sur leurs colonnes l'élite artistique du temps. L'Art Royal s'ouvrit alors à la peinture (Joseph Vernet et Creuze), la sculpture (Houdon), le dessin (Moreau le Jeune), la gravure (Gaucher et Choffard) et la musique (Piccinni et Dalayrac), sans oublier la littérature avec Voltaire. Le Grand Orient n'en hésita pas moins à se rattacher cette loge atypique, son titre distinctif lui paraissant sans grand rapport avec la tradition maçonnique.

Ce glissement interprétatif n'épuisait cependant pas la question, il la brouillait même davantage, exposant à l'assimilation entre arts, désormais pluriels, et Art Royal. Un retour au texte fondateur des Constitutions atteste qu'il n'en est rien et que l'Art que le Maçon est invité par Anderson à «bien comprendre» est d'abord une méthode. Déduite des éléments de la géométrie, elle-même au fondement de tous les arts, elle s'offre à l'homme pour «rechercher la vérité» et clarifier sa lecture du monde. La première traduction française des Constitutions, d'une fidélité relative, celle de La Tierce en 1746, ignore le terme de méthode, mais en rend néanmoins compte en agrégeant toutes les sciences et «particulièrement la géométrie» comme moyens de perfectionnement de tous les arts «aussi bien que de l'architecture», ne distinguant donc pas cette dernière. L'Art Royal ne saurait ainsi être circonscrit au seul héritage opératif ni renvoyer à la seule architecture, même si la symbolique héritée des sources opératives reste marquée au plus profond de la pensée maçonnique et de ses rituels par un rapport électif à l'art de bâtir. Méthode extensible à l'ensemble des sciences libérales, elle privilégiera le raisonnement analogique, mode de réflexion original et spécifique, propre à la pensée symbolique. Autre voie d'accès à la connaissance, elle va, par l'invitation à un travail d'interprétation autonome, s'avérer un redoutable gage de liberté de pensée. Issue et inscrite dans le mouvement d'émancipation de l'esprit venu de l'Antiquité, elle nous permet, modernes Sisyphe, après que la Grèce ait renvoyé les dieux sur l'Olympe, de continuer à rouler notre rocher.

(...)


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