Pour celle qui est assise dans le noir à m'attendre / Passion du livre

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.. Pour celle qui est assise dans le noir à m'attendre

Couverture du livre Pour celle qui est assise dans le noir à m'attendre

Auteur : António Lobo Antunes

Traducteur : Dominique Nédellec

Date de saisie : 14/06/2017

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Bourgois, Paris, France

Collection : Littérature étrangère

Prix : 24.00 €

ISBN : 9782267030051

GENCOD : 9782267030051

Sorti le : 04/05/2017

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

Recluse dans un appartement de Lisbonne, confiée par le neveu de son mari défunt aux soins d'une employée de maison, une vieille actrice vit ses dernières heures. Celle qui a fait une carrière modeste sur les planches sent progressivement la parole se refuser à elle. Les souvenirs ressurgissent : des moments savoureux alternent avec d'autres plus sombres, Antonio Lobo Antunes tisse une infinité de fils passant d'un personnage à l'autre, d'une époque à l'autre, d'un narrateur à l'autre avec une liberté effrontée, sans jamais perdre son humour. Tous ses personnages pourraient reprendre à leur compte cette confidence de l'un d'entre eux : «Si au moins quelqu'un voulait bien me prendre dans ses bras, me faire sentir qu'il y a une place pour moi dans ce monde.»

«Lire la prose du plus grand écrivain portugais - qui est aussi l'un des écrivains majeurs de son temps -, est une expérience rare, dérangeante et captivante à la fois. Comme un rêve éveillé. Comme entrer dans les ténèbres de Faulkner ou de Virginia Woolf.»
Bruno Corti, Le Figaro

Né en 1942 à Lisbonne et issu de la grande bourgeoisie portugaise, Antonio Lobo Antunes a fait des études de médecine et s'est spécialisé en psychiatrie, métier qu'il a exercé à l'hôpital Miguel Bombarda dans les années 1970-1980. Au début des années 1970, il a été envoyé en Angola où il a participé à la guerre coloniale, comme tous les jeunes hommes de sa génération. Auteur à ce jour de plus de vingt ouvrages traduits dans les principales langues et publiés pour la plupart chez Christian Bourgois éditeur, il est aujourd'hui l'une des grandes figures de la littérature contemporaine. De nombreux travaux ont été consacrés à son oeuvre, et il a reçu de multiples prix littéraires, dont le prix Union Latine en 2003 et le prix Jérusalem en 2005.





  • La revue de presse Marine Landrot - Télérama du 14 juin 2017

De sa prose urgente, aux phrases tailladées, l'auteur nous plonge au coeur des pensées chaotiques d'une vieille actrice au seuil de la mort. Hypnotique...
António Lobo Antunes a découpé le récit en trois mouvements, comme une sonate. Son roman s'écoute plus qu'il ne se lit. Il faut laisser ces mots s'engouffrer en soi comme des notes de musique, accepter que cette prose hypnotique contraigne l'intellect à abdiquer. Commence alors l'extraordinaire voyage de tous les possibles, où les crucifix cloués sur les têtes de lit deviennent des métronomes pour rythmer les nuits d'amour, où les lévriers dessinés sur les torchons peuvent soudain galoper dans la campagne, où les horloges n'ont qu'une seule aiguille.


  • La revue de presse Hédi Kaddour - Le Monde du 8 juin 2017

Ce roman d'une débâcle est un triomphe du roman. Pour celle qui est assise dans le noir à m'attendre est une histoire de bruit, de fureur, de mort prochaine et d'amnésie. Elle raconte ce qui se passe quand la distance entre la tête et la voix devient presque infranchissable et que la voix refuse d'aider la tête. Ce sont les récits fragmentaires, les carambolages entre enfance, âge adulte et passé immédiat d'une vieille actrice qui perd la mémoire et la parole, mais qui peut voir un chien dessiné sur un tablier sauter sur le sol de sa chambre. C'est un lévrier, et elle se demande si elle ne devrait pas aller le promener dans la rue parce qu'une bête qui reste trop enfermée ça dépérit...
Ce scénario d'une conscience en perte de logique permet à Lobo Antunes de reprendre ce que furent les deux rêves de la poétique du roman au siècle passé, deux grands rêves qu'il partage avec Proust et Virginia Woolf : celui d'une écriture qui saisirait le monde dans son «tel quel», avant que nous l'ayons accordé aux cadres sociaux de notre perception ; et celui d'une fusion poétique des règnes, quand des feuilles d'arbre peuvent se mettre à applaudir un spectacle avec la même force qu'elles mettaient à s'organiser en symphonie dans Mrs Dalloway.



  • Les premières lignes

Il y a des fois où je me réveille en sursaut au milieu de la nuit, mais qu'appelle-t-on le milieu de la nuit au juste, à cause d'un chien qui aboie je ne sais où dans la maison et sans que le chat change de position sur le couvre-lit, une patte très longue toute en griffes et les autres petites, j'allume la lumière qui vibre un peu au début et personne hormis, évidemment, la fenêtre et les meubles qui bougent en douce en s'imaginant que je ne me rends compte de rien, la jeune fille avec le cygne m'épie du coin de l'oeil et s'empresse de lancer l'alarme
- Elle s'est réveillée
et aussitôt tout immobile, en suspens, à attendre que je me rendorme pour recommencer me rappelant quand j'avais cinq ans toujours l'oreille tendue, sur la pointe des pieds pour atteindre le miroir du lavabo armée du rouge à lèvres de ma mère, m'en mettant sur le menton ou les joues, pas sur les lèvres, si on m'appelait
- Où es-tu passée ?
je ne répondais pas tout comme le chien n'a pas répondu, il ne faisait qu'aboyer, j'ai cherché dans le couloir et rien, dans le salon et rien, je me suis approchée tout doucement de la source du bruit dans le cagibi servant de débarras et rien, je me suis cognée contre le coin du banc et j'ai poursuivi à cloche-pied en me frictionnant l'os, j'ai déjà vu des gens avec des cannes anglaises pour moins que ça ou accrochés à leurs béquilles avec une grimace orpheline, se reposant de leurs tourments de plâtrés dans la rue, dans l'office rien, dans l'entrée rien, le trousseau de clés se balançant sur la serrure à une cadence suspecte jusqu'à ce qu'un aboiement plus proche m'attire vers la cuisine, il y avait là la gazinière, le bac à linge, tout le bazar, les torchons à vaisselle accrochés à une latte de bois hérissée de clous en hameçon et au milieu des torchons à vaisselle le tablier pour ne pas me salir même si je me salissais quand même, orné d'un lévrier rose et c'était le lévrier qui aboyait, aboyait, à chaque fois que le temps change ça le tracasse si bien que sous peu de la pluie à tous les coups, on allait voir les gouttes autour des réverbères et les branches ployées des tipuanas, de l'eau dégoulinant le long des vitres, le froid, où est donc passé mon gilet en tricot auquel manque une agrafe je ne le retrouve pas, je ne retrouve rien de toute façon, sauf ce qui vient à moi sans que je le veuille, la jeune fille au cygne ou le chat rôdant autour de l'écuelle vide, une femme ramassant des chemises sur un étendoir, ce n'est pas un quartier chic ici, je m'y suis installée dès mon arrivée à Lisbonne, un appartement au second étage qui appartenait à ma marraine paix à son âme, comme moi elle a passé toute son existence au théâtre seulement pas sur scène, elle était couturière, à la fin de sa vie, à cause de ses yeux malades, impossible de dire si elle cousait avec la main ou avec ses lunettes, elle prévenait
- Les hommes c'est hors de question ma petite parce que des expériences douloureuses, des entourloupes, des disputes, des gifles, moi vierge étant donné qu'à la seule pensée d'un crucifix cliquetant contre la tête de lit je me sentais pécheresse, le mari de ma marraine une maîtresse qui tenait une mercerie en l'occurrence avec des jouets amusants dans la vitrine et ma marraine était au courant, un clown jouant de la clarinette, un éléphant, un singe, il suffisait qu'il arrive en retard au dîner et elle aussitôt
- Tu étais avec ton imbécile de roulure ?
(...)


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