L'été des noyés / Passion du livre

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.. L'été des noyés

Couverture du livre L'été des noyés

Auteur : John Burnside

Traducteur : Catherine Richard

Date de saisie : 16/05/2017

Genre : Policiers

Editeur : Métailié, Paris, France

Collection : Suites. Suite écossaise

Prix : 12.00 €

ISBN : 9791022606684

GENCOD : 9791022606684

Sorti le : 11/05/2017

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  • La présentation de l'éditeur

Dans une île du nord de la Norvège, magnifique et spectrale, par un été miraculeusement doux et radieux, Liv vit avec sa mère. Son seul ami est un vieil homme qui lui raconte des histoires de trolls, de sirènes et de la huldra, une créature surnaturelle qui apparaît sous les traits d'une femme à l'irrésistible beauté pour séduire les jeunes gens et les conduire à affronter les dangers et la mort.
Noyades inexplicables et disparitions énigmatiques se succèdent au cours des nuits blanches de cet été arctique qui donne aux choses un contour irréel, fantasmagorique. Incapable de sortir de l'adolescence et de vivre dans le monde réel, Liv erre dans ce paysage halluciné et se laisse dangereusement absorber dans la contemplation des mystères qu'il recèle.
Voici un livre d'une intense poésie. Lyrique. Féerique. Dérangeant. Comme souvent chez Burnside, on est à la limite - difficile à appréhender - entre ce qu'on sait et ce qu'on rêve. On est aussi dans un grand thriller.

«Les romans de John Burnside sont de précieux outils de désorientation.» M. Lindon, Libération

«Un roman sombre et captivant.» C. Pellet, Page des Libraires Éditions Métailié

John Burnside est né en 1955 dans le Fife, en Écosse. Il a étudié au collège des Arts et Technologies de Cambridge. Membre honoraire de l'Université de Dundee, il enseigne aujourd'hui la littérature à l'université de Saint Andrews. Poète reconnu, il a reçu de nombreux prix pour son oeuvre, dont le Costa (2011), le Saltire Society (2002) et le Scottish Arts Council (trois fois). Il est l'auteur des romans La Maison muette, Une vie nulle part, Les Empreintes du diable, Scintillation, et d'un récit autobiographique, Un mensonge sur mon père.





  • Les premières lignes

Fin mai 2001, une dizaine de jours après que je l'avais vu pour la dernière fois, on remonta Mats Sigfridsson du fond du détroit de Malangen, plus bas sur la côte, à quelques kilomètres d'ici. On dit qu'il avait dû tomber à l'eau à Skognes, puis redescendre avec le courant jusqu'à la jetée proche de Straumsbukta, non loin de l'endroit où il vivait... et je me plais à penser que la mer prit en pitié le pauvre enfant qu'elle avait tué, et s'apprêtait à le déposer chez lui quand un pêcheur en aperçut la tignasse caractéristique, presque blanche, dans le crépuscule de l'été, sur quoi, avec le soin, la tristesse qui s'imposent, et la compétence de l'habitude, il le ramena sur la grève. Plus tard, on retrouva un canot dérivant dans le détroit, à mi-chemin entre Kvaloya et le chenal de navigation où les grands navires de croisière et de fret en provenance de Tromso glissent vers le large. Le canot, apprit-on, était auparavant solidement amarré à huit cents mètres de la maison de Mats, ce qui semblait confirmer qu'il avait dû le voler - chose qui dépassait vraiment toute explication, car il n'existait pas voleur moins crédible que Mats Sigfridsson, et personne ne parvenait à trouver de raison justifiant que ce garçon paisible et bien élevé puisse seulement se trouver sur l'eau au milieu delà nuit. Toute cette histoire était un mystère et chacun y allait de son hypothèse expliquant pourquoi Mats se trouvait à bord de ce canot, et quelles avaient pu être ses intentions. Certains parlaient de suicide : c'était la fin de l'année scolaire et, comme moi, Mats venait de boucler les examens qui allaient déterminer son avenir - époque angoissante pour n'importe quel jeune de dix-huit ans -, mais il n'avait pas laissé de lettre et rien n'indiquait qu'il ait été déprimé au cours des semaines précédant l'accident. Au contraire, il semblait plus heureux que d'ordinaire. Quelques-uns des adultes disaient qu'il s'agissait juste d'une farce qui avait mal tourné, un de ces actes de folie adolescente que les jeunes garçons commettent de temps à autre, pour des raisons qui leur appartiennent - mais parmi ceux qui connurent Mats, personne n'ajoutait la moindre foi à cette hypothèse. Certains des jeunes de la ville évoquaient un acte criminel, bien qu'aucun d'entre eux n'ait l'ombre d'une explication sur la raison pour laquelle quelqu'un aurait voulu nuire à un garçon comme Mats Sigfridsson.
Quant à moi, je n'avais pas d'hypothèse - pas à l'époque. Mats était dans ma classe et je l'avais toujours apprécié, quand bien même de loin. Ce que j'aimais surtout, c'étaient ses cheveux incolores de Pierre l'Ébouriffé et le demi-sourire étrange qu'il affichait quand un des professeurs lui posait une question à laquelle il ne savait pas répondre. Son frère Harald et lui étaient toujours ensemble, comme des jumeaux. Les gens disaient qu'ils étaient inséparables, presque indiscernables l'un de l'autre, mais en fait Harald avait un an de moins et ce n'était pas si difficile de les différencier. Leur allure de jumeaux était une illusion : une illusion qu'ils avaient créée, à force de volonté, parce qu'ils voulaient être semblables. Pour des raisons qu'ils étaient seuls à comprendre, ils avaient besoin d'être identiques. Naturellement, ils étaient ensemble la dernière fois que je les vis : c'était le Grunnlovsdag, jour de commémoration de l'Indépendance nationale, et ils regardaient passer les défilés sur Sjogata, deux garçons blancs dans un océan de drapeaux norvégiens, de l'autre côté de la rue par rapport à moi, leurs regards suivant le défilé exactement de la même façon, leurs têtes tournant et se haussant à l'unisson, si bien que cela leur donnait l'air mécanique, presque, comme les automates d'une foire à l'ancienne. Ils se remarquaient toujours et, même au sein d'une foule, semblaient toujours seuls dans leur monde à eux, un monde où personne d'autre ne pouvait entrer.(...)


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