Histoires sardes d'assassinats, d'espérance et d'animaux particuliers / Passion du livre

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.. Histoires sardes d'assassinats, d'espérance et d'animaux particuliers

Couverture du livre Histoires sardes d'assassinats, d'espérance et d'animaux particuliers

Auteur : Serge Pey

Date de saisie : 28/04/2017

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Castor astral, Bègles, France

Prix : 10.90 €

ISBN : 9791027801152

GENCOD : 9791027801152

Sorti le : 18/05/2017

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  • La présentation de l'éditeur

À travers les éclats de mort et de rire de la Sardaigne, ces désopilants récits donnent la parole à ceux qui ne l'ont pas. Au centre de la Méditerranée, hommes et femmes se côtoient dans une ethnologie mystérieuse. Entre comédie et tragédie, ces textes truculents sont traversés par la présence éclairée du philosophe Antonio Gramsci.

Les détails de ce livre de sagesse populaire et de mémoire contemporaine sont tous authentiques. Mais une littérature n'est pas un reportage de journal. Le récit d'un fait divers ne peut intéresser que s'il entre dans la tradition d'une tragédie antique. Antigone et Oedipe sont des faits divers.

Serge Pey est né à Toulouse en 1950. Il partage sa vie entre la Sardaigne et sa ville natale où il enseigne à l'université. Il est notamment l'auteur du Trésor de la guerre d'Espagne et La Boîte aux lettres du cimetière (Zulma), du Verger des mots (Bruno Doucey) et de Ahuc (Flammarion).





  • Les premières lignes

LE POULAILLER DE LA PHILOSOPHIE

Où on apprend qu'à Nurine la philosophie s'inaugure là où on ne l'attend pas

La poule perchée sur un barreau de l'échelle scrutait le boudin marron et dur forcer les fesses blanches de ma soeur. Presque avant d'avoir attaqué, elle se dépêchait de terminer ce qu'elle avait à faire. Elle supputait que la poule affamée allait foncer sur elle, exigeant impérieusement une pitance contre nature que, malgré sa réticence, elle leur offrait. Comme elle s'y attendait, un éclaboussement de plumes blanches s'abattit violemment sur ses reins. Puis une seconde poule fondit dans la mêlée. Une troisième lui grimpa même sur la tête. Une quatrième enfin, toute noire, tomba de la lucarne qui éclairait le poulailler. Puis ce fut au tour du coq de venir s'imposer et de disputer sa primauté.
Avec le bâton, dont elle ne se défaisait jamais, ma soeur, frappait de toutes ses forces dans son dos. Rappelées à l'ordre, les poules en panique s'éparpillèrent de nouveau dans le poulailler. Derrière Anna, au bas de ses reins, elles avaient tout bouffé. Seule une crotte, restée immobile dans les plis de ses fesses griffées, menaçait encore d'une récidive devant les yeux affamés du coq. Rapidement, rajustant sa chemise et sa jupe, elle se précipita dans l'allée plantée de pommes de terre, remonta l'alignement des salades et rejoignit, haletante, la maison.

A Nurine, au fond du jardin, dans le poulailler qui nous servait de chiottes, papa avait accroché un portrait de Gramsci, découpé dans L'Unità.]e, ne sais pas si c'était pour édifier notre conscience politique, ou bien en souvenir de l'époque fasciste où il ne faisait pas bon posséder de tels portraits dans la cuisine, bref, dans les chiottes trônait un portrait de Gramsci.
Devant les yeux du philosophe qui connaissait les moindres retraites de nos culs, nous «faisions» nos affaires avec plus ou moins d'appréhension. Ses lunettes minuscules d'intellectuel organique semblaient pourtant scruter nos évacuations avec gravité. Le lieu des chiottes n'avait pas été choisi au hasard ou pour des raisons de clandestinité, mais peut-être au nom d'un principe pédagogique supérieur. Papa ne nous avait-il pas expliqué que si les hommes demeuraient égaux, c'était parce que tous avaient un trou pour chier ? Il avait ajouté que même les Indiens du Mexique, apeurés quand ils rencontrèrent les conquistadores, bardés dans leurs armures sur leurs chevaux de fer, comprirent qu'ils n'étaient pas des dieux, ni leurs chevaux. Quand ils les virent déféquer, leur divinité s'effondra d'un coup. Papa soulignait régulièrement, dans sa mélancolie de philosophe, qu'il y avait trois choses qui nous rendaient tous égaux, même avec les riches : la mort, la lecture et notre merde dans les chiottes.
Au-dessous du portrait de Gramsci, papa avait écrit dans des lettres en capitales coupées dans L'Unità :

CELUI QUI NE SAIT PAS
D'OÙ IL VIENT
NE SAIT PAS OÙ IL VA

(...)


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