Fromage / Passion du livre

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.. Fromage

Couverture du livre Fromage

Auteur : Willem Elsschot

Traducteur : Xavier Hanotte

Date de saisie : 28/04/2017

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Castor astral, Bègles, France

Prix : 9.90 €

ISBN : 9791027801138

GENCOD : 9791027801138

Sorti le : 18/05/2017

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

«C'est Woody Allen au pays du gouda. Un véritable régal !»
Le Monde

«Du grand art ! C'est toute l'aventure humaine qui est narrée avec cette fantastique odyssée fromagère.»
ELLE

«Une crème de roman 100 % humour. À déguster sans modération !»
Télérama

Modeste employé à Anvers, Frans Laarmans se retrouve soudain avec dix mille fromages en dépôt dans sa cave... Bien vite, les désillusions s'accumulent dans cette satire savoureuse du monde des affaires. En maître de l'humour froid, Elsschot observe avec un mélange de compassion et de férocité les faiblesses du genre humain.

Willem Elsschot (1882-1960), patron désenchanté d'une agence de publicité, est déjà l'auteur de plusieurs livres lorsque paraît en 1933 son roman Kaas (Fromage). Un ouvrage qui fera de lui une figure majeure de la littérature flamande et européenne.





  • Les premières lignes

Enfin je reprends la plume, car de grandes choses sont sur le point d'advenir, et cela par la grâce de Monsieur Van Schoonbeke.
Il faut savoir que ma mère est morte.
Une triste histoire bien sûr, non seulement pour elle mais aussi pour mes soeurs, qui se sont presque tuées à force de la veiller.
Elle était vieille, très vieille. A quelques années près, je ne sais pas à quel point elle pouvait être vieille. Elle n'était pas malade à proprement parler, mais usée jusqu'à la corde.
Ma soeur aînée, chez qui elle vivait, était gentille avec elle. Elle lui trempait son pain, veillait à ce qu'elle aille bien aux toilettes et, pour l'occuper, lui donnait des pommes de terre à peler. Et elle pelait, pelait, comme pour un régiment. Nous apportions tous nos patates chez ma soeur, la dame du dessus faisait pareil, de même que quelques voisins, car lorsqu'on avait essayé de lui faire peler une seconde fois un seau de pommes de terre déjà pelées, elle l'avait remarqué.
- Celles-là sont déjà pelées, avait-elle dit.
Quand elle fut devenue incapable de peler - les mains et les yeux ne collaboraient plus très bien -, ma soeur lui donna à effilocher de la laine et du kapok agglomérés en boulettes dans les oreillers. Cela faisait beaucoup de poussière et maman était couverte de peluches de la tête aux pieds.
Cela continua donc ainsi, jour et nuit : somnolence, effilochage, somnolence, effilochage. Et de temps en temps, un sourire qui filtrait. Dieu sait pour qui.
De mon père, qui était mort depuis cinq ans à peine, elle ne gardait plus aucun souvenir. Il n'avait jamais existé, malgré les neuf enfants qu'ils avaient eus.
Quand je venais lui rendre visite, il m'arrivait de parler de lui, histoire, si possible, de raviver la flamme.
Je lui demandais alors si vraiment, elle ne connaissait plus Krist, car c'avait été son nom.
Elle se faisait terriblement violence pour me suivre.
Elle semblait comprendre qu'il lui fallait comprendre quelque chose, s'avançait dans son fauteuil et me dévisageait, le visage tendu, les veines saillant sur ses tempes : une lampe en train de s'éteindre, qui menace d'éclater pour tout adieu.
Peu après, la flamme s'éteignait à nouveau et elle me souriait de ce sourire qui vous déchirait jusqu'au tréfonds. Quand j'insistais trop longtemps, elle prenait peur.
Non, le passé n'existait plus pour elle. Plus de Krist, plus d'enfants, plus rien sinon du kapok à effilocher.
Une seule chose lui hantait encore l'esprit : une dernière hypothèque restait à rembourser sur l'une de ses maisons. Tenait-elle encore à rassembler cette somme ridicule ?


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