La lecture est une amitié / Passion du livre

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.. La lecture est une amitié

Couverture du livre La lecture est une amitié

Auteur : Marcel Proust

Date de saisie : 02/05/2017

Genre : Littérature, essais

Editeur : Castor astral, Bègles, France

Collection : Les Inattendus

Prix : 17.00 €

ISBN : 9791027801077

GENCOD : 9791027801077

Sorti le : 04/05/2017

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  • La présentation de l'éditeur

Être préfacé par Marcel Proust (1871-1922), c'est s'exposer à «la douche écossaise de ses flatteries et de ses mots cinglants». Jacques-Émile Blanche se remit d'ailleurs mal de celle que son ami consentit à ses Propos de peintre. Car son souci n'est pas tant de présenter un ouvrage que de s'en nourrir, voire de l'enrichir. Que vaudrait un livre dont le lecteur ne pourrait s'affranchir ?

En vérité, c'est toujours plus ou moins lui-même que regardent les préfaces de Proust. Traducteur de John Ruskin, qui eut tant d'influence sur lui, il ne craint pas de le contredire dans les présentations qu'il en donne. Quant à Paul Morand, il n'oubliera pas les cuisantes «remarques sur le style» déposées par son aîné au seuil de Tendres Stocks. C'est que les devoirs de l'amitié n'excluent jamais pour lui les exigences de l'art.

Chacune des préfaces de Proust forme ainsi une oeuvre en soi, où s'élaborent les grandes idées de la Recherche. «Sur la lecture» en est comme le préambule - et compte parmi les plus belles pages de l'auteur. Ici rassemblés pour la première fois, ces cinq préliminaires donnent à lire le moins snob, le plus honnête - et parfois le plus drôle - des écrivains de son temps.

L'AUTEUR
Faut-il encore présenter Marcel Proust ? Auteur du cycle romanesque qui le propulsa au rang de mythe littéraire, À la recherche du temps perdu, Marcel Proust reste un auteur acclamé à travers le monde, de génération en génération.
Avant d'entamer son chef d'oeuvre, Proust voyage avec John Ruskin à Venise et Padoue. Proust traduit et préface par la suite deux de ses romans.





  • Les premières lignes

LES DEVOIRS DE L'AMITIÉ

Le trouble éprouvé en écoutant une chaconne de Weiss, ou toute autre pièce de luth exécutée avec âme, est d'un autre ordre que l'émotion procurée par une chanson entendue à la radio ou sur le quai d'un métro. Ces quelques notes fragiles soulèvent une poussière familière, pareille à l'odeur qu'une pluie soudaine extrait de terre après des jours de sécheresse, odeur qui n'en évoque aucune autre et nous ravit pourtant, comme évaporée de l'enfance. Notes plus tenaces aussi que tel air à la mode, car nous sentons qu'elles ont traversé les siècles en silence pour s'égrener en nous, au rythme des cordes pincées. On dirait que l'extinction les menace et qu'elles s'efforcent une dernière fois de nous atteindre, avant de disparaître. Par quelque anomalie de la mémoire, elles y réveillent des souvenirs si reculés qu'ils ne peuvent nous appartenir ; et pourtant nous cherchons à les retenir comme s'ils étaient nôtres. La chaconne de Weiss se présente à notre ouïe comme un fragment de passé «familièrement surgi au milieu du présent, avec cette couleur un peu irréelle des choses qu'une sorte d'illusion nous fait voir à quelques pas, et qui sont en réalité situées à bien des siècles».
De même, suggère Proust dans les dernières pages de «Sur la lecture», il se peut qu'un ouvrage de Racine, de Dante ou de Shakespeare, quoique sa langue n'ait plus cours, nous touche plus sûrement qu'un de ces livres récents trop attachés à nous séduire ; il donne l'impression d'avoir devant soi, «inséré dans l'heure présente, un peu du passé». Les colonnes de Saint-Marc, les vers de la Divine Comédie, aussi bien que les clochers de Martin-ville, les pavés inégaux de l'hôtel de Guermantes - et notre chaconne de Weiss - sont pareillement suspendus à notre sensibilité, prêts à percer la «mince épaisseur» du temps pour répondre à son appel. La lecture est une de ces «clefs magiques» ouvrant «au fond de nous-mêmes la porte des demeures où nous n'aurions pas su pénétrer», qu'il s'agisse des «salles inconnues» dont nous ne soupçonnions pas en nous l'existence, comme dit Kafka, ou des «demeures qui n'existent plus», mais dont certains livres d'autrefois ont conservé le reflet car nous les y avons lus. Il est même, ajoute Proust, des «étangs qui n'existent plus», serrés comme des fleurs entre les pages de certains livres - étangs perdus, lacs inconnus qu'il nous appartient de retrouver.
Un livre, ne chercherait-on qu'à s'instruire ou à se distraire, ne se réduit pas à son seul contenu. L'«acte original appelé Lecture» ne consiste pas à recevoir passivement une parole, mais à lui prêter sa voix et à en recueillir l'écho en soi-même. L'harmonie qui en résulte n'est pas comparable aux bénéfices d'une simple conversation ; car on peut subir une conversation, tandis que la lecture est un acte volontaire et solitaire, aux répercussions internes souvent ineffaçables. C'est toujours une expérience de l'Innerlichkeit. En quoi, dit Proust, la lecture est une amitié, mais «une amitié sincère», libre des servitudes de la courtoisie. Il n'en résulte pas que l'auteur soit un ami, ou qu'il doive le devenir. C'est une déformation du goût moderne, liée à la médiatisation des écrivains, de les croire inséparables de leur oeuvre. Proust aurait vu là une forme aiguë de cette «maladie littéraire», diagnostiquée dans sa préface à La Bible d'Amiens, qui consiste à porter son attention sur tout autre chose que le livre lui-même. Ce n'est pas, dira-t-il à Jacques-Émile Blanche, se placer du «véritable point de vue de l'Art» que se placer du simple point de vue de l'artiste, au sens étroit de ce mot.
(...)


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