De l'usage de soi / Passion du livre

Recherche simple

Recherche avancée

Recherche multi-critères








Recherche avancée

.. De l'usage de soi

Couverture du livre De l'usage de soi

Auteur : Jacques Schlanger

Date de saisie : 22/06/2017

Genre : Philosophie

Editeur : Hermann, Paris, France

Collection : Philosophie

Prix : 20.00 €

ISBN : 9782705693589

GENCOD : 9782705693589

Sorti le : 27/03/2017

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

Derrière toute affirmation, derrière toute déclaration, derrière toute doctrine, se trouve toujours un je, même s'il ne se présente pas comme tel : un je qui pense, qui croit, qui sait. Nous faisons sans cesse usage de nous-même - de nos perceptions, de nos sentiments, de nos idées, de nos savoirs, de nos croyances -, pour penser, agir, ou communiquer. La réflexion philosophique ne fait pas exception : ce livre examine les diverses modalités de l'usage de soi en philosophie.

Jacques Schlanger est professeur émérite de philosophie à l'Université hébraïque de Jérusalem. Il est l'auteur de nombreux livres, dont : Le jeu des idées (2010) ; Du bon usage de Montaigne (2012) ; Vivre selon la nature (2013).





  • La revue de presse Roger-Pol Droit - Le Monde du 22 juin 2017

On retrouve ici, avec plaisir, les thèmes essentiels de son oeuvre. On découvre aussi quels usages distincts Montaigne, Descartes ou Spinoza font du «je», on comprend pourquoi le physicien ne peut dire «ma physique» alors que le philosophe dit «ma philosophie».



  • Les premières lignes

USER DE SOI

Nous faisons sans cesse usage de nous-mêmes, de nos perceptions, de nos sensations, de nos sentiments, de nos goûts, de nos talents, de nos désirs, de nos actions, de nos pensées, de nos idées, de nos savoirs, de nos croyances, de nos convictions, de notre expérience. Nous faisons usage de nous-mêmes pour agir, pour penser, pour comprendre, pour connaître, pour exprimer, pour expliquer, pour communiquer. Quelle que soit la manière dont nous nous exprimons, quelle que soit la fin que nous visons, c'est de nous-mêmes que nous nous servons, c'est de nous-mêmes que nous faisons usage, c'est de nous-mêmes que nous partons, selon des modes divers, selon des intentions diverses, et cela que ce soit en usant du déictique je ou d'un de ses équivalents, nous, on, ou en évitant d'en user.
Derrière toute affirmation, même la plus générale, derrière toute déclaration, même la plus passionnée, derrière toute proclamation, même la plus solennelle, on trouve toujours un je, même s'il ne se présente pas ouvertement comme tel : un je qui pense que..., un je qui croit que..., un je qui sait que..., etc. On pourrait se pencher sur l'usage de soi que font les psychologues, les sociologues, les hommes de science, les historiens, et aussi les romanciers, les poètes, les hommes politiques, et en général toute discipline dans laquelle on réfléchit à l'activité à laquelle on se livre. Dans les pages qui suivent je vais m'arrêter plus particulièrement à l'usage de soi que font les philosophes, surtout quand ils emploient le déictique je.
Les philosophes de l'Antiquité et du Moyen Âge parlent rarement d'eux-mêmes, ils se racontent peu, ils ne disent que rarement^. Leur tendance est plutôt de s'adresser à nous, de nous dire ce que nous devons savoir et ce que nous devons faire. Il n'en reste pas moins que c'est toujours à partir d'eux-mêmes qu'ils s'expriment, à partir de ce qu'ils savent, de ce qu'ils croient, de ce qu'ils veulent montrer et démontrer.
De ce point de vue, on peut voir dans toute oeuvre philosophique originale une confession, en prenant le terme confession au sens large d'un exposé de croyances et d'opinions, au sens d'un credo philosophique.
C'est à partir de soi que le philosophe parle, à partir de ce qu'il découvre en soi, même quand il ne parle pas de soi et même quand ce qu'il nous dit lui vient d'ailleurs. En général, il ne le transcrit pas sur le mode de l'aveu personnel, mais sous l'aspect de la généralité : c'est en cela qu'il s'efforce de sauvegarder sa spécificité philosophique. Son soi lui sert de matériau, et même quand il parle directement de soi, ce n'est pas pour lui l'occasion d'une complaisance. S'il s'explique et se décrit, c'est pour expliquer, pour montrer, pour communiquer, pour convaincre.
C'est avec Montaigne que l'usage direct de je commence vraiment, quand l'entreprise philosophique devient moins sûre d'elle. Avec l'amplification et la personnalisation du questionnement sceptique, avec l'usage du doute pour fonder la certitude, le philosophe ose se présenter en direct. Faire un usage direct de soi, dire je quand on parle en philosophe, devient une marque de la modernité. Le fait de dire je crée entre le philosophe et son lecteur une connivence qui les rapproche, même s'il arrive que cette connivence apparente fourvoie sur le sens de la pensée.
Le je dont le philosophe fait usage n'est pas toujours de même nature. Quand Montaigne dit : «c'est moi que je peins», quand Descartes affirme : «je pense, donc je suis», quand Spinoza pose : «par cause de soi j'entends», c'est d'eux-mêmes, c'est à partir d'eux-mêmes qu'ils parlent, mais ils ne s'expriment pas par un même je. D'une manière générale, on trouve chez les philosophes qui font usage du déictique je trois modes principaux : un mode privé particulier, un mode pédagogique paradigmatique, un mode général transcendantal. Bien entendu, ces modes sont le plus souvent entremêlés, imbriqués les uns dans les autres, et ils ne se laissent pas toujours distinguer nettement.
(...)


Copyright : Studio 108 2004-2017 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli