L'inlassable désir de meurtre : guerre et radicalisation aujourd'hui / Passion du livre

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.. L'inlassable désir de meurtre : guerre et radicalisation aujourd'hui

Couverture du livre L'inlassable désir de meurtre : guerre et radicalisation aujourd'hui

Auteur : François Bafoil

Date de saisie : 19/04/2017

Genre : Psychologie, Psychanalyse

Editeur : Hermann, Paris, France

Collection : Psychanalyse

Prix : 22.00 €

ISBN : 9782705693558

GENCOD : 9782705693558

Sorti le : 08/03/2017

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  • La présentation de l'éditeur

Si les expériences de la guerre de 1914-1918 nous frappent encore si puissamment, ce n'est pas seulement en raison de l'acharnement des combats sans cesse rejoués ou du nombre effarant d'individus tués. C'est aussi, comme le souligne Freud, parce que cette guerre mondiale a mis à nu la jouissance du meurtre au plus profond du Moi et l'irrépressible désir de faire mal, son retour incessant dans l'histoire et la volonté de fuir dans des postures illusoires. Ces enseignements freudiens nous permettent aujourd'hui de comprendre plusieurs dimensions de la «mentalité radicalisée» des soldats de l'État islamique : leur volonté de rétablir par la guerre l'origine du monde pour mieux s'unir en Dieu ; celle de faire couler le sang pour mieux retrouver une unité initiale à jamais perdue ; la liquidation de toute altérité au prétexte d'extirper tout péché dans l'histoire. Qu'en est-il, aujourd'hui, de cet inlassable désir de meurtre ?

François Bafoil est sociologue, directeur de recherche au CNRS - CERI, Sciences Po.





  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction

«Dans la nuit du 8/9 j'ai eu un rêve prophétique dont le contenu représentait clairement la mort de mes fils, et d'abord celle de Martin.» Tels sont les mots que Freud écrit de Vienne à son fidèle disciple Ferenczi le 10 juillet 1915. A ce moment de la guerre, ses deux premiers fils sont mobilisés, dont Martin, l'aîné, qui a même devancé l'appel. Le troisième fils le sera en 1916. Comme seule explication à son rêve, Freud indique lire à cet instant de l'été un ouvrage sur les puissances occultes. Il ajoute que le lendemain de son rêve, il a lu dans le journal que le «brave garçon», qui avait sauvé Martin enfant «de la mort par le froid» au prix de quelques orteils gelés, était tombé au front. Mort. Pas un mot de plus. Le facteur occasionnant est donc identifié, ne serait-ce que de façon prémonitoire. Mais qu'en est-il du désir inconscient qui le porte et dont Freud a révélé des années plus tôt qu'il est le véritable moteur du rêve, la cause du contenu latent ? On aura d'ailleurs remarqué que Freud parle de «la mort de [s]es fils», alors qu'en réalité il ne mentionne qu'un seul d'entre eux, Martin.
Il faut attendre trois ans plus tard la lettre en date du 29 juin 1918 pour avoir le fin mot de l'histoire. Les grandes manoeuvres ont alors recommencé sur les fronts de l'Ouest et l'angoisse resurgit. A vrai dire, elle ne cessera jamais durant tout le conflit. Cette fois, plus de nouvelles de Martin depuis une semaine.

«J'ai ressenti de l'angoisse à son sujet de façon plus torturante que de coutume, en fait pour la première fois peut-être de façon vraiment torturante ; j'ai même rejeté les apaisements évidents tels que : l'artillerie lourde n'a pas encore traversé le fleuve.»

Les fausses raisons apaisantes ne tiennent pas longtemps. Puis le psychanalyste reprend la main et livre la clé : «L'analyse m'a montré ensuite la contribution névrotique soupçonnée. Il y avait malgré tout là-dedans de l'envie à l'égard des fils, dont je n'avais rien perçu par ailleurs et c'était l'envie de leur jeunesse.» Voilà le désir mis à nu : la jalousie du père à l'égard du fils et le désir de la jeunesse envolée. Un souhait de mort ? A tout le moins le signe d'une agressivité. L'image est si forte que Freud va la reprendre en 1919 dans la nouvelle édition de son opus magnum, L Interprétation du rêve preuve s'il en était de la place centrale qu'il lui confère dans l'économie psychique.
Dans une page remarquable tant le récit anodin du début progresse en une montée de l'angoisse d'un contenu terrifiant, Freud raconte :

«Début sans netteté. Je dis à ma femme que j'ai une nouvelle pour elle, quelque chose de tout à fait particulier. Elle s'effraie et ne veut rien entendre. Je la rassure et lui dis qu'au contraire ce sera quelque chose qui la réjouira beaucoup et je me mets à raconter que le corps d'officiers de notre fils a envoyé une somme d'argent (5 000 K ?)... quelque chose comme une distinction... une répartition... en même temps, je suis allé avec elle dans une petite pièce comme un local à provision pour y chercher quelque chose. Soudain, je vois apparaître mon fils, il n'est pas en uniforme, mais plutôt en costume de sport moulant (comme un phoque ?), avec une petite casquette. Il grimpe sur un panier du côté d'une armoire, comme pour poser quelque chose sur cette armoire. Je l'interpelle ; pas de réponse. Il semble qu'il a le visage ou le front bandé ; il arrange quelque chose dans sa bouche, y introduit quelque chose. En outre, ses cheveux ont un reflet gris. Je pense : serait-il si épuisé ? et a-t-il de fausses dents ? Avant que je puisse l'interpeller de nouveau, je me réveille sans angoisse mais avec des battements de coeur. Ma pendulette de nuit marque 2 heures ½.»

(...)


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