La concurrence des sentiments : une sociologie des émotions / Passion du livre

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.. La concurrence des sentiments : une sociologie des émotions

Couverture du livre La concurrence des sentiments : une sociologie des émotions

Auteur : Julien Bernard

Date de saisie : 07/04/2017

Genre : Sociologie, Société

Editeur : Métailié, Paris, France

Collection : Traversées

Prix : 20.00 €

ISBN : 9791022606226

GENCOD : 9791022606226

Sorti le : 27/04/2017

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  • La présentation de l'éditeur

La surprise, le coup de foudre amoureux, le chagrin, la peur, la colère, la joie, la compassion, nous faisons tous en tout lieu et à tout âge l'expérience d'émotions plus ou moins intenses qui nous marqueront pour la vie. Julien Bernard, toujours attentif aux frontières de l'humain, s'intéresse à ces "points de frottement" qui souvent nous dominent jusqu'à nous paralyser, quand ils ne nous mettent pas en action.
C'est par les émotions que nous nous inscrivons affectivement dans le monde naturel et social, par elles que nous nous positionnons face aux autres et que nous développons notre rapport au monde. Ressentir des sentiments implique l'hétérogénéité des réalités subjectives et quantitatives qui nous entourent, d'où la difficulté méthodologique que rencontre le sociologue pour les saisir et les étudier. L'enjeu consiste à analyser en amont les déterminismes qui en seraient à la base et, en aval, la dynamique irrésistible que leur expression introduit.
Devenue une science à part entière incontournable dans les pays anglo-saxons, la "sociologie des émotions" est aujourd'hui un enjeu de premier plan pour les sciences sociales. Nos systèmes de communications ont évolué au point de devenir centraux dans la vie de chacun et nous sommes désormais inscrits dans une "société émotionnelle" pour une longue durée où désormais les sentiments devenus valeurs marchandes se font concurrence bien au-delà de nos personnes.

Né en 1980, Julien Bernard est maître de conférences en sociologie à l'université Paris Nanterre. Il s'intéresse à la sociologie du corps et des émotions. Il est notamment l'auteur de Croquemort. Une anthropologie des émotions.





  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction

La sensibilité occupe une place fondamentale dans nos vies personnelles et dans la vie sociale. Nous faisons tous quotidiennement l'expérience d'émotions et de sentiments très divers dans des situations et à propos de sujets tout aussi variés. Ces marques de sensibilité traduisent la manière dont nous éprouvons notre inscription dans le monde, la manière dont nous nous positionnons face à lui ou la manière dont nous pouvons malgré nous être mis en relation avec lui. Émotions et sentiments renvoient ainsi à des expériences qualitatives particulièrement subjectives. A priori, ce que je ressens, nul autre que moi ne saurait vraiment le connaître ou le comprendre. L'affectivité, "le climat moral qui baigne en permanence le rapport au monde de l'individu" selon David Le Breton (1998 : 91), apparaît comme une composante intime de nos identités. Pourtant, ce climat moral, cette affectivité ou cette sensibilité, ces émotions et ces sentiments peuvent aussi être partagés et discutés. Ils peuvent relier ou opposer des groupes et leur apporter une importante force d'action. Ils peuvent à ce titre être considérés comme une dimension caractéristique du rapport au monde social de ces groupes.
Si le rapport au monde des individus et des groupes sociaux est marqué par une dimension sensible ou émotionnelle, il est indispensable de comprendre celle-ci pour analyser objectivement la vie sociale. Celle-ci ne peut être abstraite des expériences affectives que nous en avons et de l'interprétation que nous en faisons. Ce qui nous ancre en tant qu'être vivant dans une réalité sensible est peut-être en effet ce qui nous distingue - pour le moment ? - des robots. Mais que savons-nous des émotions ? Les émotions sont des phénomènes complexes dans lesquels on peut considérer des aspects et des influences proprement physiques ou biologiques, d'autres plus psychologiques, et d'autres encore plus socioculturels et historiques. Cette complexité explique sans doute que divers domaines de savoirs - les sciences naturelles, les sciences psychologiques, les sciences sociales - s'y intéressent et les questionnent. Leurs approches correspondent souvent à différents niveaux d'analyse : son inscription corporelle pour la biologie, ses influences sur la cognition ou les modulations d'interprétations selon les types de personnalité pour la psychologie, son origine et ses influences sociales pour la sociologie, par exemple. Il s'agit là d'une division du travail scientifique nécessaire à une compréhension globale de ces phénomènes qui touchent à la fois au corps, à l'esprit, aux cultures et aux sociétés.
Il est cependant difficile de caractériser précisément ce qui fait lien dans la catégorie "émotion". Nous pouvons donner des exemples : la peur, la colère, le coup de foudre amoureux, la surprise, les élans de haine, de chagrin, de joie, de compassion, sont des émotions. Mais il n'y a rien de bien comparable entre la peur du vide et la satisfaction d'avoir réussi un examen, ou entre la colère de s'être mis en retard à cause d'un embouteillage et la frustration triste de devoir mettre fin à une activité qu'on apprécie. Les émotions sont hétérogènes, en forme et en intensité. "Certaines semblent universelles (la colère), d'autres plus étroitement liées à un contexte culturel ou social (la honte, la pudeur), d'autres directement orientées vers l'action (l'orgueil), alors que d'autres le sont moins (la pitié) ou pas du tout (la nostalgie)", écrivent P. Paperman et R. Ogien (1995 : 7). Certaines sont plus ou moins réactives : des émotions qui nous assaillent, dominent nos comportements et nos pensées. Certaines, comme l'effroi, nous paralysent. D'autres, comme l'enthousiasme, nous mettent en action. D'autres encore nous donnent à penser, sur le monde, sur les autres ou sur nous-mêmes. Certaines sont jugées pathologiques, alors que d'autres seraient normales ou compréhensibles. Certaines ne concernent qu'une minorité de personnes, alors que d'autres sont largement partagées. De par cette hétérogénéité, les "émotions" ne prennent souvent sens qu'en les replaçant dans leurs contextes, en évaluant leur forme et leur intensité, en observant les conséquences de leur expression, en comprenant les motifs des acteurs. Dans la vie sociale, les émotions font ainsi l'objet de catégorisations et de jugements à partir desquels sont comprises les situations et les acteurs en présence. C'est aussi au regard de ces catégorisations que les émotions font l'objet de régulation ou au contraire d'activation. Or notre manière de juger des émotions peut souvent être influencée par notre histoire, nos groupes d'appartenances, nos cultures. De ce point de vue, les émotions ne peuvent manquer d'intéresser les sciences sociales.


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