Et le corps blanc des amoureuses / Passion du livre

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.. Et le corps blanc des amoureuses

Couverture du livre Et le corps blanc des amoureuses

Auteur : Bénédicte Heim

Date de saisie : 28/06/2017

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Les Contrebandiers, Paris, France

Prix : 15.00 €

ISBN : 9782915438680

GENCOD : 9782915438680

Sorti le : 01/03/2017

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

«Je vois ma fille en bivouac et que du chaton mutin aux boucles pétaradées ne subsiste presque rien. Les salopettes broussailleuses ont fait place à des jupes dépenaillées, pillées par les regards. Lui viennent des anglaises de chérubin auburn, des boutons enflammés qui fourmillent sur sa poitrine et une tiédeur entre les cuisses. Elle erre, mon fils me l'a dit, sur les terrains désaffectés, roule sur les terrasses vides ses vertiges épars et ses cerceaux d'une trempe nouvelle. Il y a du poivre dans son parfum et des angles dans son ombre. Ses manoeuvres deviennent presque policières, seuls ses yeux sont encore à couteau tiré. Ses yeux qui soudain s'enveniment. Elle est un soleil qui vitriole nos eaux. Un soleil dur que la main de l'homme ébouriffe. Mais elle hausse sa croisée qu'on ne franchit pas et elle articule lentement ses mains car elle sait que celles de l'homme sont pour moi et elle aussi veut être caressée à l'endroit.»





  • La revue de presse Marine Landrot - Télérama du 28 juin 2017

Dans son nouveau roman, qui doit se lire, se proférer, se psalmodier à voix haute, elle capte les ondes vibratoires entre une mère et son fils, entre un frère et sa soeur, entre des framboises et des lèvres, entre un chagrin et une gorge, entre la lumière et les pupilles...
Poésie charnelle, symphonie organique, cantique prophétique, cette oeuvre indéfinissable n'en finit pas depuis quinze ans de répandre son humble puissance.



  • Les premières lignes

Il n'y a pas d'avions dit-elle à son fils, ici ce n'est pas une piste d'envol. Il ne répondit rien, il le savait déjà, il l'avait amenée là pour autre chose. Il lui toucha l'épaule, elle frémit, il lui désigna la vaste étendue plane et bétonnée devant et dit : Regarde, il n'y a rien, rien ne peut pousser ici, tu peux te reposer. D'habitude il ne pouvait la toucher qu'avec les yeux, mais en ce jour c'était différent, c'était un jour d'exception, pas seulement parce qu'ils avaient changé de lieu, autrement aménagé l'espace. Quelque chose dans l'air avait fondu et se déposait sur leurs épaules. Il se dit que, s'ils avaient eu un secret, ils auraient pu le déposer là aussi, et sceller un pacte, mais sa mère, peut-être, n'aurait pas voulu. De toute façon n'étaient-ils pas ensemble le secret ? Aussitôt il biffa mentalement cette phrase. Aucun sens, pas le sens commun, pas le droit, d'accord ? L'été était presque sans lumière, juste cette blancheur, cette pâleur plus claire, mais la peau souvent restait bleue. Il entendait la voix de sa mère et c'était comme si elle ne parlait plus à hauteur de son visage, mais à l'intérieur de sa gorge et de leur sang commun. Ce n'était pas nouveau, mais cette fois il n'avait plus envie de s'enfuir. Il écoutait ce bruire, ce bourdonnement bord à bord qui l'emplissait entier. Il déchiffrait que sa mère parlait à un autre visage derrière. Et que l'autre caché venait devant. Sa mère avait sa voix des longues heures, sa voix d'oubliée. Ils étaient là, il l'avait compris, pour tout reprendre à ras, chasser l'espoir comme un fantôme définitif. Il n'y avait même pas d'oiseaux, le ciel vide et leurs visages qui se découpaient dessus, leur ressemblance désolée. Le ciel semblait fumer, il y avait des volutes blanches et vaporeuses dans l'air, elle dit à son fils : Je crois qu'on était là avec lui, c'est curieux, je n'arrive pas à me souvenir alors que rien n'est effacé et maintenant c'est toi qui sans savoir m'amènes ici. Il ne lui dit pas qu'il ne savait par quel chemin, un sourire doux se forma sur ses lèvres qu'elle ne vit pas. Elle parlait à demi, psalmodie ou prière, comment savoir, les phrases, dans un bruissement confus, sortaient tronquées de ses lèvres. Il appuya, avec ses deux index, sur ses globes oculaires, il pressait de plus en plus fort, ses paupières rougissaient, il semblait vouloir extraire un venin, chasser un venin intercalaire. Lorsqu'il rouvrit les yeux, sa mère avait le regard braqué loin devant et il le savait, s'il s'interposait, de tout son corps pesant, entre elle et l'horizon, elle ne le verrait pas. Il était prêt, l'usure avait agi comme une fraîcheur.

Sa mère, psalmodie ou prière, comment savoir, il fallait arrêter ça, que la pourriture poussée meure sur ses lèvres, alors, chose jamais faite, il avança sa main et touche le visage en crue. Main posée en douceur sur les lèvres torses et peu à peu les pulsations décrurent. Le ciel fourrageait dans les roses et carmins, vestiges de soleils passés, le froid persistait. La main sur le front pulsatile, il régula son regard : rien devant, l'horizon nu, tout était comme il se doit, il aurait voulu aussi raser tout ce qui subsistait derrière la nuque. Sa mère dans les limbes, rivée, dans le même confinement, toujours, à sa mémoire sans miel actif. Il l'avait menée là pour qu'elle lise la réponse muette du ciel, il l'avait menée là, où, il le savait, ils s'étaient vus. Pour que, au ras de la terre frappée par leurs pas, elle mesure l'absence qu'on ne dépasse pas. L'envie qui lui venait, pour que se rassemble le visage épars de sa mère, c'était d'écorcer du bois, de s'y meurtrir les mains. Mais il n'y avait rien, ici, que des tôles ondulées, rien qui ressemblât à quelque chose d'organique. Il sentait, à l'intérieur de ce paysage, qu'il avait moins, de moins en moins de frontières. Et c'était pire encore quand il regardait sa mère. Il était loin de tout en elle, au plus près de lui-même. (...)


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