Agriculteurs, les raisons d'un désespoir : faillites, lobbies, malnutrition, pollution : les conséquences d'un sytème / Passion du livre

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Couverture du livre Agriculteurs, les raisons d'un désespoir : faillites, lobbies, malnutrition, pollution : les conséquences d'un sytème

Auteur : Arash Derambarsh | Eric de La Chesnais

Préface : Brigitte Gothière

Date de saisie : 04/04/2017

Genre : Documents Essais d'actualité

Editeur : Plon, Paris, France

Prix : 16.90 €

ISBN : 9782259252522

GENCOD : 9782259252522

Sorti le : 02/03/2017

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  • La présentation de l'éditeur

Voyage au coeur d'un système français : l'agro alimentaire. Un puissant système qui crée du gaspillage, de la surproduction, de la malnutrition et de la pollution. En 2017, l'agriculture française est entre les mains des lobbies (Lactalis, Bigard, Monsanto, Bayer). Conséquences : une utilisation intensive de pesticides, des pratiques choquantes dans la grande distribution, des organisations syndicales et coopératives qui enfoncent un peu plus les paysans dans la misère. L'agriculture française est prête à exploser !

Ce livre est un plaidoyer et une enquête qui dénonce et apporte des solutions.

Arash Derambarsh, né à Paris en 1979, est éditeur, docteur en droit et futur avocat. Conseiller municipal Les Républicains à Courbevoie, il est à l'origine de la loi contre le gaspillage alimentaire votée à l'unanimité le 3 février 2016 qui oblige les supermarchés à donner leurs invendus alimentaires aux associations. Le magazine américain Foreign Policy, l'a classé dans les 100 personnalités les plus influentes dans le monde en 2016. Il est l'auteur du Manifeste contre le gaspillage (Fayard), prix Edgar-Faure du livre politique 2015.

Journaliste au Figaro depuis près de dix-huit ans, Éric de La Chesnais y est responsable de la rubrique Agriculture, une activité qu'il connaît bien puisqu'il la pratique dans une ferme de l'Ouest après avoir été diplômé de l'École supérieure d'agriculture d'Angers (ESA) en 2007.





  • Les premières lignes

1

La grande casse

L'agriculture française est en danger de mort. Alerte rouge ? Péril imminent ? Bataille quotidienne ? Certes. La cote d'alerte est dépassée, depuis longtemps. Tous les ans, dix mille agriculteurs jettent prématurément l'éponge, soit près du tiers des personnes qui quittent le métier chaque année, selon une étude menée par l'Agence interministérielle de services et de paiement (ASP). Les faillites se succèdent, les suicides ne sont pas rares. La terre, valeur essentielle de notre société, fondement même de notre civilisation, perd de sa valeur. Pendant des millénaires, les agriculteurs ont formé la colonne vertébrale de la France : sans eux, le pays n'existait plus. Ils étaient producteurs de biens, de richesse, de vivres, d'idées, le moindre lopin de terre représentait quelque chose : il y avait là une pérennité, une certitude, une densité. Une poignée de glaise, un sillon de labour, un carré de blé étaient des symboles. On en héritait, on se passait cette terre de génération en génération, et, silencieusement, les paysans faisaient vivre le pays. Les grandes révoltes - la jacquerie de 1358, le soulèvement de 1648, la guerre des farines lors de la Révolution - n'avaient lieu que lorsque les «Jacques» étaient à bout. Taxes écrasantes, édits vexatoires, calamités naturelles, disettes, il fallait que la coupe soit pleine. Mais, toujours, le paysan revenait à l'essentiel, cette terre qu'il malaxait dans sa main, qu'il goûtait parfois à la pointe du couteau, qu'il travaillait sans répit. C'était le socle de la pyramide sociale. Et puis...
Et puis tout s'est écroulé : le paysan est devenu minoritaire. L'effacement s'est fait en silence, le meurtre en douceur. La mondialisation, les difficultés économiques ont renforcé le sentiment d'isolement. Là où une surface de deux cents hectares faisait vivre quarante personnes en Normandie dans les années 1950, elle ne fait plus vivre qu'une seule âme - péniblement - aujourd'hui. Les règlements, les lois, les contraintes s'accumulent. Autrefois, on naissait paysan. En 2017, on le devient (à contrecoeur) : il faut un examen, des connaissances techniques, des acquis modernes. Hier, pas si loin que cela, dans les années 1950, on trayait les vaches à la main, on ramassait l'herbe à la fourche, on faisait la pâtée des cochons dans une grande bassine et on la portait manuellement à l'auge. Les chevaux tiraient la charrue dans les champs. Maintenant, la traite des vaches est automatisée voire totalement remplacée par un robot, on laboure à l'aide d'un GPS, on appuie sur un bouton pour délivrer la nourriture aux animaux qui a été concoctée automatiquement dans des grandes marmites industrielles. Certes, l'automatisation des tâches a rendu le travail moins difficile physiquement, mais au détriment de l'isolement. C'était un travail de traditions, de coutumes, de gestes hérités ; c'est devenu un emploi de précision, mettant en avant la technicité informatique et agronomique. Oubliant que la nature du métier porte sur du vivant : des sols et des animaux. Le paysan n'étant plus considéré que comme le maillon d'une chaîne de production, l'agroalimentaire, comme le serait un salarié sur une chaîne automobile. Toutes les valeurs qui ont fait la grandeur des paysans de France - affinées à l'église, à l'école du bourg ou au bistrot - se sont envolées au fur et à mesure que la société est devenue de plus en plus virtuelle, les métiers de la Toile rapportant plus que ceux du dur labeur de la terre. D'ailleurs, dans les villages de France, les églises sont désertes, les écoles et les bistrots fermés. On va à la ville pour étudier ou remplir le Caddie et boire un coup à la brasserie du Super U. Ce n'est pas la même chose. Les vieux s'en vont, sans que les jeunes prennent forcément la suite. Ceux qui, coûte que coûte, reprennent une ferme au XXIe siècle poussés par la passion du métier qui coule dans leurs veines sont de moins en moins certains de finir leur carrière comme agriculteurs. Avant, on naissait et on mourait paysan.
(...)


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