Le commun des mortels / Passion du livre

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.. Le commun des mortels

Couverture du livre Le commun des mortels

Auteur : Gérard Lefort

Date de saisie : 07/04/2017

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France

Collection : Littérature française

Prix : 17.50 €

ISBN : 9782823611243

GENCOD : 9782823611243

Sorti le : 09/03/2017

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

À quoi pense-t-il ce vieux monsieur qui semble ne penser à rien ? Comment vit-elle cette jeune fille qui regarde ailleurs ?
Le nouveau livre de Gérard Lefort s'intéresse à un drôle de genre, le genre humain, le commun des mortels. Au hasard d'existences imaginées, il raconte des hommes et des femmes «ordinaires», des anonymes entraperçus, des passants de tous les jours, des scènes fugaces. Un petit univers au milieu du grand, une collection de vies singulières qui compose le roman cubiste de notre époque. Une époque atomisée, éclatée, mais animée aussi d'une utopie encourageante : le bonheur de vivre ensemble, malgré tout.

Après avoir été pendant plus de trente ans une des «plumes» du quotidien Libération, Gérard Lefort a publié son premier roman aux Éditions de l'Olivier, Les Amygdales, en 2015.





  • La revue de presse Christine Ferniot - Télérama du 5 avril 2017

Cette fois, il invite toute la famille des humains, pour une fête des voisins sans prétention, juste histoire de fredonner en choeur une mélodie du bonheur ordinaire et de la mélancolie quotidienne...
Tous ont des rêves d'enfant qu'ils convoquent au petit jour, des envies d'amour fou et de lendemains qui frémissent. Le narrateur les attrape avec son hameçon, juste au bon moment, fragiles et inattendus. Puis il les laisse repartir, continuer leur vie ailleurs...



  • Les premières lignes

OLIVIER

Olivier s'est couché. Il n'arrive pas à dormir. Il se sent épuisé, il a sûrement de la fièvre. Il arrange les oreillers, éteint la lampe de chevet, il ferme les yeux, et c'est encore pire. Il se lève, tourne en rond, vérifie l'heure à la pendulette, voit son lit défait, regarde la nuit par la fenêtre. Entre chien et loup, une ombre s'approche, un rêve éveillé, une chimère de grisailles familières, qui d'ordinaire dompte son insomnie. C'est toujours une plage du Nord pendant la guerre. A perte de vue, disposés en quinconce sur les galets, des croisillons de béton hérissés de ronces d'acier. Des chevaux de frise, des défenses, dont le premier rang est invisible, immergé par la marée montante. Les vagues dessinent un nuage mousseux au-dessus de leurs crêtes. Plus haut sur la plage, à la lisière de l'estran, là où les galets cèdent à la dune, un alignement de cabines de bains en bois goudronné. Le vent a sapé leurs assises. Deux ont versé. Les autres résistent. À proximité, un baril servait de poubelle. Il en examine le contenu, en fait l'inventaire : des boîtes de conserve éventrées, des cartons déchirés, un seau en plastique sans son anse, des jouets cassés, un pied de parasol, un tube de crème solaire, la couverture délavée d'un magazine. Les vestiges des dernières vacances avant la guerre.
Un rat surgit des dunes, un oeuf de goéland délicatement serré entre ses mâchoires. Il file vers la mer, zigzague entre les défenses militaires puis explose soudain en mille morceaux de chair. La plage est minée.
Olivier distingue un petit garçon en train de jouer au diabolo. Il agite les bras pour le prévenir du danger. Mais l'enfant ne le remarque pas, trop appliqué à son jeu, tricoter des baguettes, faire rouler le diabolo sur la ficelle, le lancer en l'air d'une brusque détente, et réussir des figures en le réceptionnant : le funambule, l'ascenseur, le soleil, le satellite croisé. Il interpelle l'enfant en faisant attention de ne pas crier. Mais sa voix s'égare dans les remous du vent. Alors il se met en marche, en droite ligne, résolu, sans réfléchir à un parcours entre les mines invisibles. Il ne regarde pas ses pieds nus qui s'enfoncent dans le sable, il oublie le risque mortel. Plus il se rapproche de l'enfant, plus il a le sentiment de le reconnaître, son allure, son visage. Mais non voyons, ce n'est pas possible. Encore quelques mètres, il va bientôt prendre l'enfant dans ses bras, le soulever de terre, le sauver. Avec un superbe sang-froid, une sorte d'héroïsme. Mais c'est assez, le rêve s'est évaporé.
Olivier a maintenant les yeux grands ouverts dans le noir, son corps moite adossé aux deux oreillers du lit. Il rallume la lampe de chevet et fait ce qu'il ne faut pas faire : fumer une cigarette, finir son verre de vin. Sa torpeur est telle qu'il la voit sortir par la fenêtre, s'envoler par-dessus les toits, hurler avec les klaxons de la ville, s'engouffrer dans un bar à la poursuite de quelques noctambules braillards qui s'amusent à tourner dans la porte à tambour. Il rumine, c'est un enfer. Les bilans qui s'empilent, brouillent l'entendement. C'est le temps de l'insomnie, l'heure grise où il descend en lui, spéléologue de ses gouffres. Explorer des caves, se faufiler dans des tunnels, visiter toutes les grottes. Découvrir sur le sol d'autres empreintes que les siennes, d'autres vestiges, et sur les parois, à la lueur d'un flambeau, une fresque décolorée racontant des vies primaires qui pourraient être la sienne : chasser le bison, harponner la baleine, dépecer le phoque. Pour se nourrir, pour le bonheur de tuer plus animal que soi.
(...)


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