La reine Ginga et comment les Africains ont inventé le monde / Passion du livre

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Couverture du livre La reine Ginga et comment les Africains ont inventé le monde

Auteur : José Eduardo Agualusa

Date de saisie : 21/03/2017

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Métailié, Paris, France

Collection : Bibliothèque portugaise

Prix : 21.00 €

ISBN : 9791022601733

GENCOD : 9791022601733

Sorti le : 06/04/2017

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  • La présentation de l'éditeur

Francisco José, jeune prêtre brésilien, métis d'Indien et de Portugais, débarque à Luanda pour devenir le secrétaire de la reine Ginga, fille et soeur de rois, et reine elle-même.
Cette femme exceptionnelle (1581-1663) évinça les hommes de sa famille, s'empara de tous les attributs du pouvoir, se fit appeler "roi", entretint un harem d'hommes habillés en femmes et prit, les armes à la main, la tête de ses guerriers sur les champs de bataille. Fin stratège et diplomate, cruelle et séduisante, elle n'hésitait pas à s'allier à ses ennemis si nécessaire.
Le jeune héros brésilien, emporté par cette histoire tumultueuse, se trouve mêlé à la guerre de conquête des Hollandais et va d'aventure en aventure entre le Brésil et l'Afrique, sur les vaisseaux pirates. José Eduardo Agualusa raconte une histoire véridique et étonnante dans un roman à la fois picaresque, vif, parfois poétique, plein de bruit et de fureur, d'amours interdites, de sang et de passion, de trahisons et de rebondissements palpitants. Dans un style magnifique il évoque aussi bien la cruauté de l'esclavage au Brésil que l'histoire dramatique de l'Afrique à travers le destin d'une très grande reine.

«S'il est vrai qu'un homme avec une bonne histoire est presque un roi, alors on peut compter Agualusa dans la nouvelle famille royale du continent. Avec le Mozambicain Mia Couto, Agualusa est une des voix les plus reconnues de l'Afrique lusophone.»
Financial Times

José Eduardo Agualusa est né en Angola en 1960. Après des études d'agronomie à Lisbonne, il est devenu grand reporter et écrivain, et vit désormais entre le Brésil, l'Angola et le Portugal. Traduit en vingt-cinq langues, il a reçu l'Independent Foreign Fiction Prize en 2007 et a été nominé pour le Man Booker Prize en 2016. Il est l'auteur, entre autres, du Marchand de passés et de Théorie générale de l'oubli.





  • Les premières lignes

La première fois que je la vis, Ginga regardait la mer. Elle était vêtue de riches pagnes et parée de beaux bijoux d'or autour du cou et de sonores malungas d'argent et de cuivre autour des bras et des chevilles. C'était une petite femme, maigre de chair et, en général, sans beaucoup de présence, n'eussent été la richesse de sa mise et l'importance de la cour composée de ses dames de compagnie et des hommes en armes qui l'entouraient.
Cela se passait au royaume du Sonho, ou Soyo, peut-être sur la même plage qui vers la fin du XVe siècle vit arriver Diogo Cão et les douze moines franciscains qui l'accompagnaient, à la rencontre de Mani-Soyo - le seigneur du Sonho. La même plage où Mani-Soyo se baigna dans les eaux du baptême, suivi par de nombreux autres nobles de sa cour. Ainsi, Notre Seigneur Jésus-Christ fit son entrée dans cette Éthiopie occidentale, trompant le père des ténèbres. Tout au moins, c'est ce que je croyais, alors.
Le matin où je vis Ginga pour la première fois, la mer était lisse et légère et si remplie de lumière qu'on aurait dit qu'à l'intérieur de ses eaux se levait un autre soleil. Les marins disent qu'une telle mer est sous la protection de Galena, l'une des néréides, ou sirènes, dont le nom en grec signifie calme lumineux, le calme de la mer inondée de soleil.
Cette lumière, jaillissant des eaux, demeure dans ma mémoire aussi vive que les premiers mots que j'échangeai avec Ginga.
Ginga me demanda, après les interminables paroles et gestes de courtoisie dont les habitants de ces contrées sont prodigues, bien plus que dans les capricieuses cours européennes, si je pensais qu'il y eût au monde des portes capables de fermer les chemins menant à la mer. Avant que j'eusse trouvé une réponse à une si étrange question, elle y répondit elle-même, en affirmant que non, il ne lui semblait pas qu'il fût possible de verrouiller les plages.
Dans les jours anciens, ajouta-t-elle, les Africains regardaient la mer et ce qu'ils voyaient c'était la fin. La mer était un mur, et non pas une route. A présent, les Africains regardent la mer et ils voient un chemin ouvert aux Portugais, mais qui leur est interdit. Dans l'avenir, m'assura-t-elle, cette mer sera une mer africaine. Le chemin par lequel les Africains inventeront le monde.
Tout cela me fut dit par Ginga dans sa langue, qui à cette époque m'était non seulement étrangère mais impossible, car c'était comme croire que deux ruisseaux puissent communiquer l'un avec l'autre juste par la rumeur naturelle de leur course. Un Nègre, pour ainsi dire du même pays que moi, du nom de Domingos Vaz, lui servait de truchement, ou de tandala, qui est le titre que l'on donne chez les Ambundus à ceux qui exercent cet office. Ce Domingos Vaz était un individu de commerce agréable, très porté sur des divertissements de toutes sortes, ce qui ne troublait nullement son jugement ni ne le gênait dans son métier. Quand il apprit que j'étais naturel du Pernambouc et que, comme lui-même, j'avais vécu les premières années de ma vie dans un engenho, ses façons devinrent à mon égard encore plus affables, et il m'offrit tout de suite son amitié.


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