Histoire souterraine / Passion du livre

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.. Histoire souterraine

Couverture du livre Histoire souterraine

Auteur : Amaury Da Cunha

Date de saisie : 17/03/2017

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Rouergue, Arles, France

Collection : La brune

Prix : 14.50 €

ISBN : 9782812612299

GENCOD : 9782812612299

Sorti le : 01/03/2017

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

- Allô, c'est Marina. Tiens, j'ai pensé à toi aujourd'hui.
- Pourquoi donc ?
- J'ai lu dans le journal cette histoire, en me disant qu'elle pourrait peut-être t'intéresser.
- Raconte.

Ne serions-nous pas tous hantés par des histoires plus ou moins souterraines, réelles ou fantasmées, surgissant d'un incident mineur, d'un visage croisé, de plans de cinéma mythiques, d'un rêve obsédant ?
En route vers la Normandie, Amaury da Cunha nous entraîne dans sa flânerie mentale où se croisent le pire et le doux, toujours le plus intense. Des fantômes d'aujourd'hui ou d'ailleurs surgissent, des faits divers se transforment en drames intimes, une histoire d'amour explose comme une bombe à retardement.
On écrit pour redonner corps à ce qu'on a perdu, affirme l'auteur. On écrit aussi pour le plaisir de l'inattendu, à la façon d'un voyageur libre de ses bifurcations soudaines. Un récit séduisant par les images qu'il fait naître au fil de ses associations.

Photographe et écrivain, Amaury da Cunha est né à Paris en 1976. Après des études de lettres, il entre à l'École nationale supérieure de la photographie d'Arles. Il a publié de nombreux textes critiques sur la photographie et sur la littérature, notamment dans Le Monde des livres. Il travaille actuellement au service photo de ce journal.





  • La revue de presse - Le Monde du 16 mars 2017

On chemine dans Histoire souterraine comme on évolue dans le métro parisien (omniprésent), en passant d'une ligne à l'autre, au fil de correspondances secrètes qui donnent cohérence et profondeur au texte d'Amaury da Cunha...



  • Les premières lignes

En entrant dans la rame du métro de la ligne 14, la porte se referme brutalement sur mon pied, une partie de mon corps est dans le compartiment, l'autre sur le quai. Des voyageurs affolés viennent à mon secours en me tirant pour me faire entrer de force (j'ai l'impression d'être une bête de ferme) tandis que me revient au même moment un atroce fait divers relaté récemment dans le journal : un type s'est d'abord fait coincer comme moi par la porte d'un métro, il est tombé brutalement sur les rails avant de se faire traîner sur plus de cinq cents mètres, électrocuté et broyé par la machine.

Sain et sauf, je m'assois en entendant derrière moi un homme raconter à une femme ce à quoi j'ai échappé. Corps déchiqueté, morcelé, que sais-je ? L'homme parle tout bas. Il a sans doute peur que je l'entende. Les Français sont des gens gênés et je n'ai jamais pu comprendre si ce sont des lâches, ou des gens bêtement pudiques. En tout cas, ils ne veulent pas d'histoires. Après tout, j'ai échappé au pire. Et plutôt que de faire ses petites messes basses, ce couple pourrait prendre de mes nouvelles, venir me consoler, ou bien seulement m'écouter - mais rien ne se passe, et rien ne m'étonne.

Je préfère être attentif au sourire amusé d'une jeune femme très jolie plutôt qu'aux sales petites histoires que se raconte ce couple. D'ailleurs, cet homme qui parle à sa femme n'a que faire de la mort, et si je m'étais fait assassiner par le métro, il aurait sans doute tiré le signal d'alarme puis pris ses jambes à son cou. Je devine que, maintenant, sa seule et mesquine excitation consiste à être potentiellement témoin. Commérer, voilà le maître mot de cette communication souterraine.

Je vais louper mon train, et j'ai manqué ma mort. La jeune femme me regarde avec prudence, je dois être rouge, rouge comme le petit vieux médisant dont le visage est abîmé sans doute par du pinard. Je regarde ses mains serrées l'une contre l'autre - boudinées et grasses - elles me font penser aux pinces d'un vieux crustacé sorti d'une mer vaseuse.

Pourquoi mon regard est-il souvent aimanté au sordide, au bizarre, à tout ce qui cloche, et menace de sombrer ? Le beau visage de la jeune femme me fait relever la tête, l'équilibre à nouveau, et propage un peu de grâce dans la rame du métro.

L'état du monde est désormais planant, je me laisse prendre par la vitesse de ce métro sans conducteur. Direction la gare Saint-Lazare. Je vais en Normandie pour découvrir l'exposition de photographies d'une amie. Et dans le quotidien étriqué de ma vie, cette escapade a quelque chose d'héroïque. Je m'en vais, je fantasme que je m'en vais. Quand j'étais enfant, le mot «fugue» me faisait rêver, mais comme j'étais lucide, je savais que je n'aurais jamais le courage et la folie de fuir.

(...)


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