La voie blanche : à la rencontre d'un art millénaire / Passion du livre

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.. La voie blanche : à la rencontre d'un art millénaire

Couverture du livre La voie blanche : à la rencontre d'un art millénaire

Auteur : Edmund De Waal

Traducteur : Josée Kamoun

Date de saisie : 20/03/2017

Genre : Littérature, essais

Editeur : Autrement, Paris, France

Collection : Littératures

Prix : 24.00 €

ISBN : 9782746744240

GENCOD : 9782746744240

Sorti le : 08/03/2017

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

«Je grimpe la montagne où l'on trouve la terre blanche.»

La porcelaine est un mystère fait de quêtes ancestrales et de destins brisés. Folie des grandeurs, trahisons, obsessions : de la Chine ancienne aux Appalaches en passant par Venise et les camps de l'Allemagne nazie, la «fièvre de l'or blanc» a fait le tour du monde.
Edmund de Waal, artiste et écrivain, se lance lui aussi à sa recherche et redonne souffle et vie aux empereurs, voyageurs et apprentis-sorciers fascinés par ce matériau quasi mystique. Récit littéraire à l'élégance rare, La Voie blanche nous transporte dans une passionnante aventure artistique à travers l'Histoire.

«Les objets ont des histoires, et de Waal nous les raconte superbement.»
The New Yorker

Né en 1964 à Nottingham, Edmund de Waal est un céramiste de renommée internationale et l'auteur primé de La Mémoire retrouvée (Albin Michel 2011, Champs 2015), traduit dans plus de vingt langues. Héritier de la dynastie des collectionneurs d'art Ephrussi, il est aujourd'hui administrateur du Victoria and Albert Muséum à Londres.





  • Les premières lignes

Prologue : Jingdezhen - Venise - Dublin

I

Je suis en Chine. Je tente de traverser la rue à Jingdezhen, capitale de la porcelaine située dans la province du Jiangxi, Ur légendaire où tout a commencé ; les cheminées des fours brûlent toute la nuit, la ville n'est qu'une «grande fournaise qui a plusieurs soupiraux», avec ses manufactures pour la maison impériale, là-bas au repli des montagnes où pointe la flèche de ma boussole. C'est ici que les empereurs envoyaient leurs émissaires commander des bassins de porcelaine d'une profondeur invraisemblable pour les carpes du palais, des coupes pour les rites, des bols par milliers pour leur maisonnée. Ici que les marchands venaient commander des plats pour les festins des princes timourides, des jattes pour les ablutions des cheikhs, des services à vaisselle pour les reines. C'est la ville des secrets de fabrication, avec son savoir-faire millénaire, ses cinquante générations d'ouvriers qui ont extrait, lavé et malaxé la terre blanche, la ville où l'on connaît et façonne si bien la porcelaine, avec ses ateliers innombrables, ses potiers, ses vernisseurs, ses décorateurs, la ville des négociants, des courtisanes et des espions.

Onze heures du soir ; l'air est moite ; entre la circulation dense et les enseignes au néon, on se croirait à Manhattan ; il tombe une fine pluie d'été et je ne sais pas au juste où j'ai pris gîte.

«À côté de la manufacture n° 2» voilà ce que j'ai noté en guise d'adresse et que je croyais savoir dire en mandarin, or je ne rencontre qu'incompréhension parmi ces gens affairés ; un homme cherche à me vendre des tortues, mâchoires entourées de ficelle ; je n'en veux pas, mais il est persuadé du contraire.

Être aussi loin de chez moi me donne un sentiment d'irréalité. Dans les bars la télévision diffuse des parties de mah-jong à tue-tête, la boule aux facettes étincelantes tourne comme dans les discothèques des années soixante-dix. Les comptoirs à nouilles ne désemplissent pas. Une enfant pleure en marchant, sa menotte accrochée au doigt de son père. Tout le monde a un parapluie, sauf moi. Un homme pousse une brouette remplie de figurines de chats en porcelaine sous une bâche en plastique, les scooters la contournent tant bien que mal. Détail saugrenu, quelque part, on passe Tosca à plein volume. Je ne connais qu'une seule personne dans toute la ville.

Je n'ai pas de plan sur moi. Je n'ai qu'une photocopie agrafée des lettres du père d'Entrecolles, jésuite français qui a vécu ici il y a trois cents ans et qui nous a laissé des descriptions évocatrices des techniques de la porcelaine. Je les ai apportées parce que j'ai pensé qu'il serait mon guide. Pour l'instant, le geste me paraît un peu affecté et plutôt mal inspiré, convaincu que je suis de risquer ma vie en traversant la rue.

(...)


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