La condition handicapée / Passion du livre

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.. La condition handicapée

Couverture du livre La condition handicapée

Auteur : Henri-Jacques Stiker

Date de saisie : 20/03/2017

Genre : Société Problèmes et services sociaux

Editeur : Pu De Grenoble

Collection : Handicap, vieillissement, société

Prix : 19.00 €

ISBN : 9782706126451

GENCOD : 9782706126451

Sorti le : 09/02/2017

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  • La présentation de l'éditeur

Depuis plus de 40 ans, Henri-Jacques Stiker est un observateur du monde du handicap. Dans ce recueil de textes, de conférences données sur le sujet, il esquisse une réflexion globale sur la condition handicapée.
En choisissant le terme de «condition», l'auteur s'éloigne d'une définition du handicap ou d'une approche catégorielle. La condition handicapée est une manière d'être-au-monde, d'être avec les autres, de se situer et d'entretenir des liens, comme on évoque la condition féminine ou la condition ouvrière.
L'auteur présente un certain nombre de formes que prend le handicap durant la Révolution française, dans les classifications du XIXe siècle ou dans celles récentes de l'Organisation mondiale de la santé, dans les textes législatifs ou réglementaires, dans les études sur les outsiders. À travers ses analyses critiques, il développe une réflexion nouvelle sur la place du handicap. Toujours ambivalente et source de malaise social, la condition handicapée peut avoir aujourd'hui un avenir inédit en contribuant pleinement aux débats de société afin d'y apporter la richesse de la parole et de l'expérience des personnes concernées.

Henri-Jacques Stiker est directeur de recherche au laboratoire «Identités, cultures, territoires», Université Diderot, Paris 7. Co-fondateur de Alter, European Journal of Disability Research, Revue européenne de recherche sur le handicap, il en a longtemps été le rédacteur en chef.





  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction

Cet ouvrage réédite des articles ou des interventions qui jalonnent mon parcours tant dans la proximité des personnes handicapées que dans la réflexion distanciée - souvent de façon modifiée et avec des ajouts importants. J'ai exclu de la reprise nombre de chapitres de livres collectifs car ces travaux sont plus accessibles que ceux figurant dans des revues et c'est briser l'unité des ouvrages en question que d'en arracher un chapitre. On trouvera ces références dans ma bibliographie.

Dans un livre précédent, Les métamorphoses du handicap de 1970 à nos jours (2009), j'ai tenté de dire combien le handicap faisait ressortir de grands problèmes humains tels la souffrance, le don, le rapport à la technologie, etc. Ici, je voudrais montrer que la condition handicapée, indiquant quelque chose de notre condition humaine fondamentale, peut servir de vigilance dans des domaines comme le travail, la justice, le soin, ou d'autres. Les deux livres se complètent et se répondent. Ils sont indissociables à mes yeux. Je n'ai pas voulu faire de doublons, à quelques paragraphes près, et les lacunes de l'un sont souvent compensées par l'autre. La logique qui préside au présent travail est assez évidente. Mes investigations d'anthropologie historique m'ont montré une permanence dans la rencontre entre les individus ou les sociétés et les humains déficients. La condition handicapée est une condition troublante. Ce malaise constant se moule dans des figures multiples disséminées et discontinues que j'ai analysées dans Corps infirmes et sociétés, essais d'anthropologie historique (Stiker, 1982, 2013). J'évoquerai présentement cet aspect par une analyse portant sur la «plus petite différence». Il suffit d'un seul trait, même sans que ce soit un stigmate, pour mettre en route une forme d'exclusion. Sur le plan historique, pour éviter de reprendre des textes précédents, je réédite une ancienne intervention relative au basculement apparaissant à la fin du XVIIIe siècle. L'ambivalence du moment révolutionnaire se prolonge de nos jours dans un événement comme celui de la stérilisation des jeunes femmes handicapées mentales. Au fondement de ce malaise récurrent face à l'infirmité, la réflexion philosophique fait apercevoir le dilemme entre universalisme et différentialisme.

Aurait-on plus de chances de surmonter les ambiguïtés en se tournant vers les élaborations conceptuelles ? Le long parcours à travers la sémantique et les classifications ne résout pas les difficultés, même s'il rend plus intelligible les discours qui ont été ou sont tenus dans la société. C'est pourquoi je parle de la condition handicapée, notion souple qui ne stigmatise pas. Je tente alors de tracer un chemin allant du caractère paradoxal de la condition handicapée à sa pleine participation au développement humain et social.

Il aurait été utile d'ajouter un chapitre traitant des frontières de plus en plus poreuses entre la condition handicapée et d'autres conditions, notamment la vieillesse, la pauvreté ou la désaffiliation sociale. Les personnes handicapées ne sont pas les seules à pouvoir servir de régulateurs sociaux. La condition handicapée a pourtant une force particulière car les personnes concernées ont pris la parole, y compris les plus déficients, et ils ne la lâcheront plus.

Pap Ndiaye définit ainsi la condition noire : «Le terme de condition, certes un peu vieilli aujourd'hui, semble néanmoins adéquat en ce qu'il désigne une situation sociale qui n'est ni celle d'une classe, d'un État, d'une caste ou d'une communauté, mais d'une minorité, c'est-à-dire d'un groupe de personnes ayant en partage, nolens volens, l'expérience sociale d'être généralement considérées comme noires. La condition noire est donc la description de cette expérience sociale minoritaire» (Ndiaye, 2008, p. 29). Il est aisé de remplacer l'adjectif «noir» par celui d'«handicapé» pour obtenir une bonne approche de ce que je nomme la condition handicapée. J'aime de plus en plus cette expression car elle ne définit pas, même si elle comporte des traits partagés par un grand nombre d'individus. On a parlé de la condition ouvrière non pour définir l'ouvrier et les catégories d'ouvriers mais pour signifier une certaine façon d'être dans la société et d'être traité par elle. On parle également facilement de condition féminine qui illustre la manière dont les hommes se comportent envers les femmes et les tâches qu'elles accomplissent en réalité. La condition, c'est à la fois une manière d'être situé dans la société et de l'habiter, de vivre et de réagir, de partager avec d'autres qui font la même expérience - bref une façon d'être au monde. Le handicap est à l'oeuvre dans notre modernité contemporaine, que l'on déclare postmoderne, pour tenter de dire le lien et surtout la rupture avec ce qui a commencé quelques siècles plus tôt quand sont apparues la science galiléenne, la pensée politique du contrat social, la mise en place d'un État fort, puis la société industrielle et marchande, les droits de l'homme et du citoyen ainsi que les guerres et les totalitarismes du XXe siècle. Nous serions, après tout cela, dans un nouvel univers mental et social qui doit s'inventer chaque jour. Y a-t-il une postmodernité du handicap ? Ma seule ambition est de montrer que, dans ce monde actuel, la question du handicap peut jouer un rôle non négligeable en fournissant quelques points de repère pour une société plus équilibrée.


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