Elève / Passion du livre

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.. Elève

Couverture du livre Elève

Auteur : Bruno Bayen

Date de saisie : 20/03/2017

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Bourgois, Paris, France

Collection : Littérature française

Prix : 16.00 €

ISBN : 978-2-267-03246-8

GENCOD : 9782267032468

Sorti le : 26/01/2017

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  • La présentation de l'éditeur

Les dictionnaires sont des livres d'aventures, des romans noirs, dit le narrateur de ce roman, qui s'attache en quelque sorte à nous démontrer la justesse de cette confidence. Le lecteur est entraîné dans une étourdissante ronde de mots. Pour son plus grand plaisir, il va apprendre ce qu'est le verbe quand il se fait chair.

Né en 1950 à Paris, Bruno Bayen est comédien, metteur en scène, traducteur et écrivain. Après ses études, il fonde une troupe de théâtre qu'il nomme «La Fabrique». Il a depuis lors mis en scène une quarantaine de spectacles en France et à l'étranger. En 1975, il est nommé codirecteur du CDN (Centre dramatique national) de Toulouse. Également essayiste et auteur de récits, Élève est son neuvième roman.





  • La revue de presse Fabienne Pascaud - Télérama du 1er mars 2017

A travers Elève, on redécouvre un Bruno Bayen (1950-2016) plein d'humour. On croyait connaître un peu l'ex-normalien germaniste, grand rêveur de théâtre et organisateur de spectacles cérébraux et oniriques...
Les bonheurs d'écriture d'Elève croisent, comme dans les spectacles qu'imaginait Bayen, des mystères indéchiffrables. Ce livre a leur rare parfum.



  • Les premières lignes

Mariana m'a donc procuré un emploi, car être consul de France à Belém ne réclame pas de travail. Mais avant que nous commencions, ce premier jeudi où elle m'a rapporté une édition qu'elle avait rafraîchie d'un Dictionnaire de la langue générale (tupi-portugais) composé à la fin du XVIe siècle, j'ai failli déclarer forfait. L'ouvrage a de singulier qu'il commence non à la lettre A mais à la lettre Y. Premier mot, Y : le vin.
Une note précise que Y en tupi original signifiait l'eau. Comme elle manque désespérément dans le sertão, l'eau devient une divinité. Ceux qui habitaient ces terres de l'intérieur du Brésil suppliaient la pluie, chantaient Y et l'espoir que le sertão allât jusqu'à la mer, que la mer vînt jusqu'au sertão. La mer est venue, du moins la vague de missionnaires qu'elle transportait, débarqués d'Europe pour christianiser, commercer, alphabétiser, et canaliser les nombreuses langues indiennes dont ils éradiqueraient plus d'une en imposant ce qu'ils appelèrent la langue générale.
Parmi eux un jésuite phtisique et érudit, Claudio Domenico Sanchez Ortega y Sol, aurait l'étrange idée de convertir cet Y. Il voulait faire un coup d'éclat. Vous étiez privés d'eau dans le sertão, nous vous apportons le vin rouge ibérique, c'est lui que nous appellerons dorénavant Y. L'eau Y fut changée en vin Y, en boisson messianique, de vraies noces de Cana. Miracle allègre et inepte, qui de la part du Christ, soit dit en passant, paraît un tour de prestidigitateur, accompli contre son gré pour se délivrer du giron maternel, cette Vierge envahissante qui lui demandait de faire servir un grand cru en Galilée. Le vin n'en sera pas devenu le contraire de l'eau (si ce n'est à l'heure où il donne soif) ni l'envers d'un endroit, pas plus qu'un nuage n'est l'envers d'un soleil. Profitant de la graphie de l'Y branchu, le jésuite rougit l'une des bifurcations, l'eau s'enrichit du vin bénéfique aux malades. Reliant une mer Morte desséchée à la mer Rouge par un canal nourricier, Claudio Domenico Sanchez Ortega y Sol assaisonne et troque. Et pour fêter sa victoire il ouvre son Dictionnaire de la langue générale sur un Y semblable à un trophée.
C'était plus fort que moi, cette histoire me rendait amer. Les dictionnaires sont des livres d'aventures, des romans noirs, avec règlements de comptes entre des bandes qui se disputent des mots, rien n'y est jamais nommé, rien que surnommé. Je venais de le comprendre, et je me suis vu dans le rôle du camelot proposant sa quincaillerie de français. Je lui ai demandé si elle ne préférait pas que nous cessions notre troc, que nous arrêtions. Mariana s'est étonnée, Je ne suis pas intéressante, vous n'avez plus envie ? Je ne sais pas bien le français, dis-je. Arrêter, c'est un mot pour les séries d'histoires d'amour, et puis vous connaissez votre langue, vous y êtes chez vous. Chez moi ? Oh arrêtez, dit-elle.


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