Imaginaires du déjà-vu : Resnais, Rivette, Lynch et les autres / Passion du livre

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Couverture du livre Imaginaires du déjà-vu : Resnais, Rivette, Lynch et les autres

Auteur : Diane Arnaud

Date de saisie : 15/03/2017

Genre : Cinéma, Télévision

Editeur : Hermann, Paris, France

Collection : L'esprit du cinéma

Prix : 20.50 €

ISBN : 9782705693190

GENCOD : 9782705693190

Sorti le : 16/01/2017

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

Au cinéma, l'art du déjà-vu crée des effets de remémoration et de reconnaissance encore plus troublants que dans nos vies. Vertigo d'Alfred Hitchcock et La Jetée de Chris Marker ont montré la voie : ressusciter une histoire d'amour, revoir une scène marquante. Les films mystérieux d'Alain Resnais, de Jacques Rivette, de David Lynch sont au coeur du livre, car ils confrontent avec une ingéniosité inouïe la compulsion de répétition au désir de recréation. De L'Année dernière à Marienbad, Je t'aime, je t'aime et Providence à Céline et Julie vont en bateau, L'Amour par terre et Histoire de Marie et Julien en passant par Lost Highway, Mulholland Drive ou Inland Empire, les moments inquiétants, amusants parfois, où le spectateur perçoit des plans et des situations déjà vus l'amènent à se déplacer sur les scènes du souvenir, du rêve, du fantasme. Ces formes originales de déjà-vu font accéder aux possibilités imaginaires de la réinvention pour échapper à un destin tout tracé.

Diane Arnaud est critique de cinéma et maître de conférences à l'université Paris Diderot où elle enseigne l'analyse esthétique des films. Ses livres précédents sont consacrés à Alexandre Sokourov, Kiyoshi Kurosawa et Yasujirô Ozu, entre autres.





  • La revue de presse Juliette Cerf - Télérama du 15 mars 2017

En 2012, le philosophe italien Remo Bodei consacrait un essai passionnant à cette vertigineuse sensation de «déjà-vu», qui télescope toujours le connu et l'inconnu. Pour fasciner tant de poètes et de psychologues... La balle rebondit aujourd'hui dans le camp de la critique de cinéma et maîtresse de conférences à l'université Paris Diderot Diane Arnaud. Elle saisit la portée éminemment cinématographique de ce trouble...



  • Les premières lignes

Extrait de l'avant-propos

L'art du déjà-vu rencontre l'esprit du cinéma. Il y a près de cent ans, Béla Balázs s'étonnait qu'aucun film n'ait pris pour leitmotiv cette «étrange expérience existentielle», déstabilisante au point d'identifier le visuel du présent à un fantôme du passé : une scène jamais encore vécue donne le «sentiment étrange et inquiétant» d'être déjà connue, une image vécue suscite «l'apparition spectrale d'une autre image». Le cinéma a inventé, depuis, des effets de déjà-vu et déjà-entendu qui se révèlent parfois inquiétants, parfois incongrus. Ces phénomènes libèrent des mouvements psychiques et affectifs qui ouvrent davantage qu'ils ne referment le champ des possibles. A mes yeux, les films entêtants et complexes d'Alain Resnais, de Jacques Rivette et de David Lynch déploient avec le plus d'ingéniosité et de profondeur l'étendue de ces imaginaires du déjà-vu. Tout au long d'univers dédoublés - films dans le film, fictions parallèles, mondes alternatifs -, les modalités variables de reprise audiovisuelle créent des vertiges et des chocs de la reconnaissance qui mobilisent la puissance imaginative du spectateur. Car la logique implacable de la répétition est troublée par les forces discrètes, secrètes ou tapageuses de la réinvention : les voix, les visages, les vies se font écho d'après un scénario caché. Il m'importe de découvrir ces heureuses dispositions engagées par douze films fantaisistes et envoûtants, réputés difficiles à comprendre : L'Année dernière à Marienbad (1961), Je t'aime, je t'aime (1968), Providence (1977) et Vous n'avez encore rien vu (2012) de Resnais, L'Amour fou (1969), Céline et Julie vont en bateau (1974), L Amour par terre (1984) et Histoire de Marie et Julien (2003) de Rivette, Sailor et Lula (1989), Lost Highway (1996), Mulholland Drive (2001) et Inland Empire (2006) de Lynch. Le lecteur pourra se reporter à l'aide-mémoire, «Distribution des rôles», placé à la fin de l'ouvrage, qui précise les énigmatiques tenants et les mystérieux aboutissants de ces oeuvres ô combien troublantes. Avant de les parcourir en détail, j'aimerais partager quelques réflexions préalables sur la relation privilégiée qui se noue, devant un film, entre remémoration et émotion, entre répétition et imagination.

LA MÉMOIRE À L'ESSAI

Le déjà-vu au cinéma nous intrigue car, en premier lieu, il relie l'émotion et la mémoire du spectateur. L'impression fulgurante de percevoir à nouveau le plan d'une route perdue déjà empruntée par le héros dérangé dans la nuit de Lost Highway, le dialogue sur les joies de la plongée sous-marine lors du voyage dans le temps de Je t'aime, je t'aime ou l'évanouissement d'une brune en robe bleue au sol de la maison hantée de Céline et Julie vont en bateau dépend de la faculté à se remémorer une première vision, une première audition. Cette sensation troublante, telle une onde de choc à intensité variable, a entraîné une conviction fragile pendant la projection. Sonnée, ravie, confuse, je rembobine mentalement le film à la recherche de l'occurrence passée, consciente que ma mémoire me joue des tours. L'installation de Douglas Gordon Déjà-vu (2000), qui projette sur trois écrans un polar classique hollywoodien à vitesse ralentie, normale, accélérée, montre à quel point l'écart temporel entre la première et la deuxième, voire la troisième fois vient creuser le vague du souvenir. Les passés du film sont exposés en se déployant par plis et replis. Par-là même, le modèle bergsonien de la durée se rend de plus en plus perméable au principe freudien de l'inscription inconsciente de la mémoire sur un «bloc magique». Le philosophe et le psychanalyste ont ainsi proposé au début du siècle dernier deux théories opposées pour résoudre l'énigme du déjà-vu. La «fausse reconnaissance», identifiée par Bergson, surgit dès lors que la perception et le souvenir, formés au même moment, apparaissent soudain séparés et parallèles. Le mouvement de détachement qui en découle affaiblit un temps l'élan de la vie psychique, ce flux continu tourné vers l'avenir et l'action, mais le présent devient et le passé demeure. L'approche de Freud repose à l'inverse sur la revenance du refoulé. Sur la Jausse reconnaissance (1914) étend la sensation au déjà-entendu, au déjà-raconté, au déjà-éprouvé dans la vie quotidienne : j'ai déjà été dans cette situation, j'ai déjà vécu cela une fois, sans que je puisse confirmer «cette conviction en retrouvant cette "fois" précédente dans [ma] mémoire». Un processus psychique de «vivification» signe alors le retour à la conscience du souvenir d'une chose inconsciente oubliée, parfois rêvée, sous l'impulsion d'une impression nouvelle et similaire.


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