Parlons peu, parlons de moi : ne dites à personne que j'en parle à tout le monde / Passion du livre

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.. Parlons peu, parlons de moi : ne dites à personne que j'en parle à tout le monde

Couverture du livre Parlons peu, parlons de moi : ne dites à personne que j'en parle à tout le monde

Auteur : Jackie Berroyer

Date de saisie : 21/04/2017

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Dilettante, Paris, France

Prix : 20.00 €

ISBN : 9782842638924

GENCOD : 9782842638924

Sorti le : 08/03/2017

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  • La présentation de l'éditeur

Au français, il manque un mot, un verbe pour être exact : «se berroyer», «je me berroie, tu te berroies, etc.» Sens : parler de soi avec une tendresse rosse, un cynisme feint, sans narcissisme excessif et avec un goût certain pour l'autoportrait bichonné. Origine du mot : l'écrivain, acteur et journaliste français Jackie Berroyer né à Reims en 1946. Soi est un sujet que Jackie Berroyer connaît comme sa poche. Il nous parle de lui comme un instituteur de son cancre préféré, impitoyable et émotif, la taloche caressante, précis et attentif. Parlons peu, parlons de moi, son deuxième livre au Dilettante, regroupe les chroniques données principalement à la revue suisse Vibrations (LA revue suisse sur la musique dans tous ses états), chroniques qu'il assortit d'exégèses attendries et distanciées. Comme dans ses proses il parle souvent de lui, j'entends déjà les commentaires : ah oui, du tout-à-l'ego sans passer par la case filtrage, irrespirable. Eh bien, non, car Berroyer berroie. D'abord, il nous parle des autres avec des larmes dans la plume ou des sourires plein la phrase : de Miles Davis souvent, sinon un peu de Miles Davis, parfois de Miles Davis, mais la plupart du temps des jazzmen et des soulwomen (dont la femme de Miles Davis), de Grant Green et de mille milliards d'autres musicos, de ses girlfriends passées, présentes et à venir, des potes de toujours et d'Emmanuel Lévinas et de Rory Gallagher, cite Corbière et Michel Serrault. Bref, «berroyer», c'est parler de soi pour mieux aimer les autres, s'aimer soi pour mieux parler des aunes. Le genre de livre bouée qu'on rouvre à chaque tangage, au moindre coup de bleu. Vive les berroyeurs !

Étiqueté gugusse cathodique, c 'est sur la page que Berroyer se sent le plus à l'aise. Il aime bien se prendre comme sujet de dissertation, parce que c'est la matière première qu'il a sous la main. Je suis poltron. Je ne suis pas un écrivain à vocation. Je m'y mets quand je ne peux plus faire autrement. Un aimable homme des bois qui fabrique des livres qui ne ressemblent à rien. Chaque titre est une trouvaille. [...] Jadis avec sa guitare Rickenbacker, il a accompagné le Professeur Choron sur la scène de l'Olympia. Il s'est forgé depuis longtemps un solide manque d'ambition, je n'aspire à rien. Il a bourlingué dans toutes les familles de presse : Charlie Hebdo, Hara-Kiri, Zinc, Les Cahiers du cinéma, Actuel, Libération... On le croit à la mode. Il est déjà quelque part ailleurs. Hors code, hors norme. Distant mais sans jamais chercher à faire le malin. C'est tout pour aujourd'hui, folks / Circulez, un dilettante s'ébroue avec sa grâce lunaire, et s'éloigne, d'une démarche chaplinesque en sifflotant Don't be truelle ! Patrice Delbourg, L'Événement du jeudi, juin 2000.





  • La revue de presse Christine Ferniot - L'Express, avril 2017

Se retrouver aux éditions du Dilettante est un pléonasme pour ce rêveur de ritournelles, cet amoureux des Fender Stratocaster, cet obsédé de Miles Davis, cet amateur du grand Steve Earle...
Alors on rit puis on pleure en cascade, comme si, attablé au bar des amis avec le professeur Choron, on évoquait les concerts de Bob Marley en gémissant sur la mort de John Lee Hooker avant de ressortir tous ses vinyles pour mieux s'écrouler en sanglots.


  • La revue de presse Vincent Roy - Le Monde du 20 avril 2017

Parlons peu, parlons de moi rassemble les chroniques que Jackie Berroyer destina à la revue musicale suisse Vibrations. Chacune d'entre ­elles, véritable exercice de style, est assortie d'une exégèse, laquelle est une manière déguisée d'autofiction. Ou plutôt d'«autofriction»...
Réjouissant.



  • Les premières lignes

Un mardi d'avril, tôt le matin, Franz Schubert vient de se réveiller. Assis sur son lit, en chemise de nuit, il porte un gilet de laine qui lui tient chaud, des socquettes aux pieds, son pot de chambre est entre ses genoux, il s'apprête à pisser. Comme cela lui provoque une petite douleur, il remonte le prépuce, élargit l'orifice... c'est alors qu'il découvre la blessure sur le bord inférieur du gland. La blessure... le chancre, pour tout dire. Et une callosité raide, là où il n'y avait jusqu'à présent qu'une rougeur laide mais indolore. En cette seconde, Franz Schubert comprend qu'il a contracté la syphilis.

Vous venez de lire un extrait de S'agite et se pavane, une pièce d'Ingmar Bergman mise en scène par Roger Planchon. J'étais de la distribution de cette pièce. Planchon est allé chercher le titre chez Shakespeare. Bergman avait tiré de ce texte un film intitulé En présence d'un clown.
Hospitalisé, mon personnage demande ensuite à un médecin ce qu'il pense des sentiments qu'éprouve Schubert au moment de cette découverte. Car il sait qu'on en meurt à son époque et c'est ce qui lui est arrivé. Le médecin finit par lui répondre :
- Je crois qu'il sombre.
- Aucune musique ne vient à son secours ?
- Aucune musique.
- Docteur, c'est pire que le pire !
Plus tard mon personnage écrit une pièce dans laquelle Schubert, après avoir composé sa Neuvième Symphonie, sent qu'il ne sombre pas mais qu'il «monte». Dieu lui a donné un cri de joie pour le salut des humiliés. La pièce raconte entre autres que ce qui sauve c'est la foi en le salut par l'art, la foi comme soins palliatifs. Le salut ce n'est pas la vie sauvée, mais celle de l'âme, la mort plus douce. George Harrison selon ses proches est parti très sereinement. C'est donc la foi qui sauve. Prions pour que la foi nous vienne.

La musique me donne du plaisir mais je n'ai jamais remarqué qu'elle renversait mes sentiments. Lorsque je vais bien, j'ai envie de tout, j'embrasserais le monde, y compris l'humanité, comme quoi je vais loin. Et quand je vais mal, moralement parlant, je perds l'envie, y compris celle de la musique. Ou bien elle me remue trop et fait encore plus mal.
Je me rappelle Léautaud racontant qu'un mourant avait demandé qu'on ferme la fenêtre gentiment ouverte sur un paysage printanier. Il avait dit : «Fermez, c'est trop beau.» Il me semble qu'il en serait de même pour moi si l'on mettait à mon chevet une musique que j'aime particulièrement. La musique accompagne ma vie tout le temps. Elle a toujours été première dans mes occupations et grande source de plaisir. Je vivrais mal sans musique. Il y a une phrase de Nietzsche que des gens portent sur des T-shirts, les idiots. «Sans la musique la vie serait une erreur» ou quelque chose comme ça. C'est toujours un peu tarte. Et la peinture ? Non ? Ça va ? La vache pense que c'est avec le steak que la vie est une erreur. Mais calmons-nous. Si je ne meurs pas brutalement, si je ne meurs pas, comme on dit, sur le coup, si avant de mourir je dois être mourant, je ne veux pas de musique à mon chevet.


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