Les soirées chez Mathilde / Passion du livre

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.. Les soirées chez Mathilde

Couverture du livre Les soirées chez Mathilde

Auteur : Dominique Fabre

Date de saisie : 23/02/2017

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France

Collection : Littérature française

Prix : 18.50 €

ISBN : 9782823611069

GENCOD : 9782823611069

Sorti le : 02/02/2017

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

«Il ne faisait pas encore jour. D'habitude, dans les contes, ce sont les oiseaux qui donnent le signal du départ. Il a posé son manteau à lui en plus du sien à elle sur les épaules de Mathilde ; elle était fatiguée.»

Dans les années 80, un étudiant désoeuvré et sans le sou, fréquentant davantage les bars que la fac, est invité à une fête dans la banlieue chic, à Sèvres. Le jeune homme découvre une petite société de personnes qui boivent, bavardent, flirtent et dansent dans une ambiance où les problèmes de la vie quotidienne semblent ne plus exister. Fasciné par l'atmosphère qui règne dans la grande maison de Sèvres, il reviendra et se mêlera à ce monde qui est à l'opposé du sien.

Dominique Fabre convoque et ressuscite une époque à jamais disparue. L'émotion est là, à fleur de peau, fugitive, capturée par son écriture sensible.

Dominique Fabre a publié une douzaine de romans dont Moi aussi un jour, j'irai loin (Maurice Nadeau, 1995), Ma vie d'Edgar (Le Serpent à plumes, 1998), J'aimerais revoir Callaghan (Fayard, 2010) et, aux éditions de l'Olivier, Il faudrait s'arracher le coeur (2012), Des nuages et des tours (2013), Photos volées (Prix Eugène Dabit, 2014).





  • La revue de presse Monique Petillon - Le Monde du 23 février 2017

Lecteur de Bove et de Calet, merveilleux géographe des lisières, Dominique Fabre porte un regard plein d'humanité sur tous ces compagnons de rencontre, de l'un à l'autre de ces deux mondes, du patron de bar et de l'Egyptien sans carte de séjour...
A eux tous, il dédie une «longue ballade», une sorte de «cantate», nostalgique et attachante.


  • La revue de presse Christine Ferniot - Télérama du 15 février 2017

Rêveur mélancolique, Dominique Fabre traîne dans les cafés, écoute les conversations des anonymes et se perd dans leurs vies. Les quartiers populaires parisiens, les banlieues nonchalantes attirent ce garçon...
Dominique Fabre suspend le temps, recompose un monde de détails parfumés à l'essentiel..
Chez Mathilde, on fait la fête avec du vin ordinaire et de la salade de riz, puis on reste dormir près d'une brunette pas trop farouche. Dominique Fabre suspend le temps, recompose un monde de détails parfumés à l'essentiel.



  • Les premières lignes

J'ai connu un type qui buvait beaucoup et moi, je l'accompagnais. Il avait pas mal d'argent à dépenser pour boire et ça se passait du côté de la porte de Clignancourt. Il offrait des demis à qui avait envie, à qui voulait bien boire avec lui. Parfois il tenait des discours sur la physique, les trous noirs et la théorie de la relativité, le sable et le vent des plages, ce genre de trucs, il concluait avec un air satisfait, luisant de désespoir, ça y est, maintenant je suis vraiment sur la paille. Je n'ai jamais oublié l'Ingénieur, les gens disaient que c'était un génie, il faisait même partie des plus jeunes génies de France, formé par les plus grandes écoles. Un jour, ça avait mal tourné pour lui.
Il s'appelait Julien. Mais après tout, pour les gens plus ou moins agglutinés au comptoir de ce café, autour de lui ou à distance raisonnable, car il avait parfois le vin mauvais, il n'était pas accommodant car il détestait la bêtise, qu'est-ce que ça pouvait faire qu'il s'appelle Julien ? Certains soirs sa folie était notre métronome, dans ce petit café près de la porte. J'ai habité par là-bas quelque temps, mais je n'ai jamais été un type de cette porte-là. Vous pouvez m'identifier à un type de pas mal de portes de Paris, mais pas à un type de la porte de Clignancourt. Cela faisait partie de son problème à lui. Il nous prenait à témoin dans le bar. - Mais qu'est-ce que je fous là ?
Parfois, hébété, il lui arrivait même de demander en relevant les yeux comme après une séance d'hypnose : qui m'a amené ici, dans ce rade ? Les clients, immigrés de fraîche date, habitants du quartier, visiteurs des puces des antiquaires qui remontaient à pied le long de la ligne 4, lui souriaient gentiment ou regardaient ailleurs, sans lui répondre. Oui, je me souviens bien de lui, de sa façon particulière de contempler le désastre. Il y a plusieurs désastres. Ma vague est passée, elle a dû être forte un jour, pleine, mais elle est toujours restée comme noyée dans la masse.
Le bar donnait sur la station Simplon, en sortant, sur le trottoir de droite du boulevard. Lui venait des immeubles discrets, des banlieues ombragées, il calculait depuis ses années de lycée avec ses petits camarades des équations à rallonges, à aspro effervescent mélangé à du vin. Mine de rien, disait-on, ils changeaient l'industrie du nucléaire en France. Un jour, il nous l'a dit, à nous et deux ou trois piliers de bar, tout va finir par péter, c'est presque du cent pour cent ! C'est ce dont il parlait avec ses petits camarades. À cette époque il avait de nombreux camarades dans tous les pays du monde.
Pendant qu'il parlait, le temps étirait d'autres conversations et du silence dans le bar. On comptait pas mal d'Égyptiens dans ce bar-là. La plupart travaillaient comme des bossus et même le week-end ils cherchaient encore le moyen de ramasser un peu d'argent. Ils parlaient de leurs emplois, du pays, de mandats à envoyer, de ceux qui repartaient... Ils voulaient tous repartir, quand ils bavardaient dans ce petit café. L'un d'eux venait toujours à ma rencontre et me serrait la main, il était gentil avec moi. Il se tenait souvent à l'une des deux tables derrière la minuscule vitrine. Il y avait deux tables aussi sur la portion de trottoir juste devant, sur le boulevard, si le temps le permettait. L'auvent vert était râpé par le soleil et la pluie. Plus d'une fois, à cette époque, j'ai essayé d'écrire une longue ballade, une cantate ou quelque chose dans le genre, un hymne à tous les cloportes républicains du boulevard, mais comment y arriver ? Ahmed Sid Ahmed avait une bonne quinzaine d'années de plus que moi. Ses yeux étaient bleu-vert, ils évoquaient les eaux claires où les gens vont plonger, à Charm el-Cheikh. Il était souvent là le week-end, s'il n'avait pas trouvé un travail supplémentaire au noir. Il se tenait devant sa bière, un oeil sur la céramique du comptoir, derrière, son esprit divaguait. Il croisait parfois des endroits douloureux avant de rejoindre sa zone de confort, où l'attendaient une autre bière et l'addition.


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