Mirabeau criait si fort que Versailles eut peur / Passion du livre

Recherche simple

Recherche avancée

Recherche multi-critères








Recherche avancée

.. Mirabeau criait si fort que Versailles eut peur

Couverture du livre Mirabeau criait si fort que Versailles eut peur

Auteur : Alain Minc

Date de saisie : 20/02/2017

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Grasset, Paris, France

Prix : 19.00 €

ISBN : 9782246812258

GENCOD : 9782246812258

Sorti le : 15/02/2017

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

Pourquoi se risquer, aujourd'hui, à un éloge vibrant de Mirabeau ? Et pourquoi célébrer, à l'heure des déferlantes populistes, un tribun réputé pour son tempérament, sa petite vérole et son jeu trouble entre une monarchie agonisante et une Assemblée constituante découvrant les vertus du parlementarisme ?
Sans doute parce que Mirabeau fut, selon François Furet, le seul homme politique qui aurait pu «arrêter la Révolution» ; et, par son talent de démiurge et sa position d'aristocrate rallié aux principes nouveaux, prévenir la Terreur et réconcilier l'Ancien Régime avec la Révolution. Sa mort prématurée, en avril 1791, coïncida avec le basculement de la France dans la tourmente - qui fut, en même temps, la matrice du pire et le creuset de notre modernité politique.
C'est cet homme-là que son nouveau biographe fait revivre ici : de sa folle jeunesse à sa passion interdite pour Marie-Antoinette ; des vaines réformes de Necker à celles de Calonne ; de ses dettes faramineuses à l'invention de la monarchie constitutionnelle ; de sa prétendue corruption à son amour de la vie ; de ses séjours en prison à son rôle majestueux lors de la réunion des états généraux...
Au fil de cette évocation se dessine un idéal politique : que se serait-il passé si cet homme avait pu poursuivre son oeuvre ? La France serait-elle devenue une autre Angleterre ? Et les
Français auraient-ils pris goût à ce «réformisme» auquel ils semblent, aujourd'hui encore, si allergiques ?

L'auteur
Est-il encore nécessaire de présenter Alain Mine ? Essayiste (plus d'une vingtaine d'ouvrages), homme d'affaires et d'influence, conseiller de plusieurs princes de la finance et de la politique, et intellectuel rompu au débat public. Ses convictions se sont toujours caractérisées par un éloge de la mesure, par un consentement à l'économie de marché, par un engagement sans faille en faveur de l'idée européenne et des valeurs républicaines.





  • Les premières lignes

L'«EXCRÉMENT D'UNE RACE»

Quelle tristesse que Freud ait ignoré l'histoire de France et ses grands hommes torturés, compliqués, retors, pétris de complexes, faisant des champs de bataille et des complots de pouvoir le réceptacle de leurs frustrations ! Les objets de psychanalyse y foisonnent et à tout prendre, cette grille d'analyse-là vaut bien le jeu des forces sociales, l'affrontement de classe, pour donner de la cohérence à l'enchaînement des événements. Dans la foule des tempéraments qui n'auraient pas dérogé en fréquentant le divan du professeur de Vienne, Mirabeau aurait fait bonne figure. Et l'affrontement avec Dreux-Brézé, piètre incarnation de la majesté royale au niveau de laquelle Honoré-Gabriel rêvait de se hisser, aurait mérité, à lui seule, une séance...

Dans un temps où parader était un des beaux-arts, la laideur n'est pas le meilleur viatique pour la vie. «Laid comme Satan» : le premier trait du marquis de Mirabeau à l'égard de son fils inaugure une série de sarcasmes dont aucun enfant ne devrait en théorie se relever. Et le géniteur n'en est pas encore à dire de son nouveau-né, comme il le fera plus tard : «Il y a des excréments dans toute race.»

Né le 9 mars 1749 dans la propriété familiale du Bignon, l'enfant manque, il est vrai, de grâce. Une tête disproportionnée, une jambe tordue, une langue déformée. L'accoucheur n'avait pas eu tort d'intimer aux parents : «Ne vous effrayez pas.» La petite vérole n'avait pas encore mis une touche ultime à une laideur que, plus tard, bien plus tard, le futur député du tiers état transformera en instrument pour magnétiser ses collègues, la foule des rues et plus généralement l'opinion publique.

Françoise Dolto ne régnait pas, en ce XVIIIe siècle, sur les principes éducatifs de l'aristocratie. Nul ne se préoccupait d'occulter les handicaps physiques de Honoré-Gabriel. Ainsi à sa mère - quelle délicatesse ! - qui s'inquiétait des sentiments que son physique inspirerait à sa future femme, rétorquera-t-il : «J'espère que ma femme ne considérera pas seulement mon visage... Le dessous aidera le dessus !» Quant au père, «l'Ami des Hommes», comme il se surnomme lui-même, il est moins tempérant à l'égard de son rejeton que vis-à-vis de la race humaine dans son entier. Il ne cesse de s'inquiéter sur l'avenir du «petit monstre qu'il a dû engendrer». Il ne peut néanmoins être indifférent à l'aisance intellectuelle de l'enfant qu'il trouve «péroreur à perte de vue». Son brio évident porte en germe, à ses yeux, le mal : «Je dois renoncer à ce que cet individu ait le caractère de notre race ! C'est un esprit de travers, fantasque, fougueux, incommode, penchant vers le mal avant de le connaître. L'aîné de mes enfants vendra son nom !» Ce n'était pas, sur ce dernier point, mal vu...

(...)


Copyright : Studio 108 2004-2017 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli