Théa / Passion du livre

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.. Théa

Couverture du livre Théa

Auteur : Mazarine Pingeot

Date de saisie : 20/03/2017

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Julliard, Paris, France

Prix : 20.00 €

ISBN : 978-2-260-02944-1

GENCOD : 9782260029441

Sorti le : 05/01/2017

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  • La présentation de l'éditeur

Paris, 1982 : fuyant le coup d'État, des centaines d'Argentins se réfugient dans la capitale française, des images macabres plein la mémoire. La vie de Josèphe, 22 ans, bascule lorsqu'elle croise l'un d'entre eux. À peine le coup de foudre s'est-il produit que le mystérieux «Antoine» disparaît. Josèphe se met alors à enquêter : qui est Antoine ? Que lui est-il arrivé ? Est-ce vrai, ce que Josèphe a lu sur les «disparus», sur ces «folles de la place de Mai» ?
Alors qu'elle découvre le passé de l'homme qu'elle aime, la jeune femme est brutalement renvoyée à sa propre histoire familiale, aux secrets et aux silences de ses parents... Bientôt les stigmates de la guerre d'Algérie viendront se mêler à ceux de la dictature argentine...
Théa, un roman d'apprentissage ardent, politique et sensuel, qui explore la découverte de l'amour et de l'horreur du monde.

Normalienne, professeure agrégée de philosophie, Mazarine Pingeot a déjà publié dix livres chez Julliard dont Bouche cousue, Mara, Bon petit soldat et Les Invasions quotidiennes.





  • La revue de presse Franz-Olivier Giesbert - Le Point, février 2017

On ne fait pas de bonne littérature avec des bons sentiments. Mazarine Pingeot a bien retenu la leçon, son nouveau roman est d'un mauvais esprit irrésistible. De livre en livre, Mazarine Pingeot s'impose comme une romancière originale, dans le genre "dérangeuse", pour ne pas dire pire, qui aime les chemins de traverse.



  • Les premières lignes

Finalement je les ai accompagnés. Pas jusque là-bas. Orly suffisait. Orly à deux heures du matin. En échange ils m'ont laissé la voiture, pour toute la durée de leur absence.
Ma mère craignait d'avoir oublié de fermer l'eau. Plusieurs fois, elle a insisté pour que je passe chez eux à Bourg-la-Reine vérifier. Et tant que j'y étais autant jeter un coup d'oeil au gaz. En voiture c'est pas loin. Mon père, lui, ne disait rien. Il conduisait.
Vingt-trois ans qu'ils avaient quitté l'Algérie. Vingt-trois ans qu'ils parlaient d'y revenir. Et c'était aujourd'hui.
Après tout, ils n'étaient pas si mécontents que je reste. Quelqu'un pourrait veiller sur la maison. C'est ce qu'ils ont décrété, après une semaine de négociations, de hurlements et de plaintes. Ils n'avaient pas l'habitude que je leur résiste. Pas frontalement du moins. Ils s'étaient même étonnés quand je leur avais déclaré que je n'irais pas, pas question, j "ai des examens à passer. Ils n'y avaient pas cru.
Vingt-trois ans qu'ils préparaient ce voyage et je les lâchais, au dernier moment ! Mais moi j'en avais vingt-deux, et leurs préparatifs, ça avait été ma vie, toute ma vie. Je m'en foutais royalement de l'avant, de ce qui les avait fait partir, et du tombeau qu'ils allaient visiter.
Mon père s'est garé devant le hall 2. Il faisait nuit. Je les ai aidés à porter leurs bagages jusqu'à l'enregistrement. Je me suis félicitée qu'il fut aussi tard, nous avions l'excuse de la fatigue pour nous taire. C'était la toute première fois de leur vie qu'ils prenaient l'avion. L'aller vers la France s'était fait en bateau. Ils semblaient démunis, impressionnés par l'aéroport, les portiques, l'enregistrement, les stewards en tenue. Ils ont vérifié leurs passeports, reçus tout neufs quelques semaines auparavant. Ils ont hésité à enregistrer leurs bagages, comme si on allait les leur voler, puis ils se sont avancés vers la police des frontières et se sont retournés. Je leur ai fait un signe. Inutile de nous embrasser, nous ne le faisions jamais, et je n'avais pas l'intention de céder à la solennité du moment, de leur moment. Ce n'était pas le mien.
Quand je les ai vus disparaître, j'ai pourtant éprouvé ce vertige qui me prend parfois en cours, ou dans le métro : ce moment où le corps se dissout et s'absente. Mon coeur s'est emballé et j'ai dû toucher mes cuisses, mes bras, pour m'assurer que j'étais bien présente. Je les ai vus si petits, ces parents, si fragiles, que je me suis détournée et j'ai couru jusqu'à la voiture, allumé le contact, mis une cassette dans l'autoradio. J'en avais apporté quelques-unes en prévision du retour, pour me tenir éveillée. La seule chose que j'avais oubliée, c'étaient mes lentilles de contact. Kate Bush a envahi l'espace. J'ai hurlé avec elle «Coming / In with the golden light / In the morning. / Coming in with the golden light / Is the New Man. / Coming in with the golden light / Is my dented van... Woomera / Dree-ee-ee-ee-ee- / A-a-a-a-a- / M-m-m-m-m- / Ti-ti-ti-ti-ti- / I-i-i-i-i- / Me-me-me-me-me», The Dreaming venait de sortir.
Direction les beaux quartiers, à l'aveugle. Sophie et la bande s'étaient donné rendez-vous dans l'appartement de Juliette. Ses parents étaient absents, comme souvent. Il y aurait de l'alcool à volonté - la cave de son père. Et comme aucun d'entre nous n'avait jamais dégusté de grand vin, les petits crus bourgeois de M. Dacotta nous ravissaient. Ils nous ravissaient tout en nous révoltant - nous étions des gens de gauche, voire d'ultra-gauche. Les grands crus - ou ce que nous prenions pour tel - n'avaient pas d'autre vocation que d'être avalés au goulot. Juliette était la plus radicale d'entre nous. J'avais du mal à la comprendre quand je voyais ses yeux briller de nos larcins qui se terminaient invariablement en concours de vomi. Et me demandais comment elle expliquait à son père que régulièrement sa réserve se vidait, s'il savait qu'on terminait les bouteilles en insultant les bourgeois. Mais peut-être avait-il sa part de responsabilité là-dedans, après tout ça ne me regardait pas.


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