Apatride / Passion du livre

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.. Apatride

Couverture du livre Apatride

Auteur : Shumona Sinha

Date de saisie : 20/03/2017

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France

Collection : Littérature française

Prix : 17.50 €

ISBN : 978-2-8236-0998-1 EA

GENCOD : 9782823609981

Sorti le : 05/01/2017

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

«D'autres nuits surgirent derrière ses paupières, mais la lumière n'y avait plus de chaleur, il ne s'en échappait aucun bruit, aucun son, aucun souffle. Elle se rendit compte que, ni ici ni là-bas, elle n'arrivait à rire, à respirer, à se sentir vivante, et qu'elle lévitait dans un mouvement aveugle, chutait dans le vide, sans terre ni ciel.»

Esha a quitté Calcutta pour s'installer à Paris, la ville dont elle rêvait. Or, d'année en année les déceptions s'accumulent, tout devient plus sombre et plus violent autour d'elle. Elle s'épuise dans d'innombrables batailles, et ne se sent plus en sécurité. Issue d'une famille de paysans pauvres, Mina vit près de Calcutta. Par ignorance, ou par crédulité, elle est entraînée à la fois dans un mouvement d'insurrection paysanne qui la dépasse et dans une passion irraisonnée pour son cousin Sam, qui lui fait commettre l'irréparable.
Les destins de Mina et d'Esha se répondent dans ce roman qui ne ménage ni notre société ni la société indienne. L'écriture de Shumona Sinha est animée par la colère, une colère éloquente, aux images aussi suggestives que puissantes.

Née en 1973 à Calcutta, Shumona Sinha vit à Paris depuis 2001. Assommons les pauvres ! (l'Olivier, 2011) a reçu le Prix du roman populiste 2011 et le Prix Valéry-Larbaud 2012. Calcutta (l'Olivier, 2014) a reçu le Prix du rayonnement de la langue et de la littérature françaises, décerné par l'Académie Française, ainsi que le Grand Prix du Roman de la Société des gens de lettres. Traduits dans plusieurs langues, ces deux romans connaissent un grand succès, notamment en Allemagne, où Shumona Sinha a reçu le prestigieux Internationaler Literaturpreis.





  • La revue de presse Alain Nicolas - L'Humanité du 19 janvier 2017

Le regard désespéré de Shumona Sinha sur deux sociétés moins opposées qu'il n'y paraît donne à ces destins parallèles une valeur exemplaire sans tomber dans le piège d'une approche trop démonstrative.



  • Les premières lignes

Le cercle des élus

Dans le métro un violent différend éclata soudain entre deux femmes. L'une avait la peau dorée, des boucles sombres qui entouraient un visage charnu, quelques mèches qui cachaient de grands yeux noisette. L'autre était noire, portait une perruque blond paille ondulant dans son dos, des ongles longs, bleus et orange, sertis de petits strass. La première avait un bras en écharpe, les doigts plâtrés. Lors d'un brusque freinage du train, la seconde avait frôlé sa blessure et voilà qu'elles avaient commencé à crier à tue-tête. De plus en plus véhémentes, elles fulminaient, juraient, s'insultaient, se menaçaient, jusqu'à ce que l'agression verbale prenne une tournure différente. Chacune se vantait d'être une citoyenne plus légitime de ce pays, plus légitime sur le sol français, d'être placée plus haut dans l'échelle sociale avec la conviction féroce d'être en droit d'écraser celle qu'elle jugeait lui être inférieure. L'une grimpa sur un siège, hurla à s'en briser la voix. L'autre y monta aussitôt. Elles se mirent à se battre. À ce moment-là quelques passagers intervinrent. À la station suivante la première descendit, la seconde frappa sur la vitre, lui fit un doigt d'honneur, tandis que le métro entrait dans un tunnel.
Esha avait baissé la tête tout au long de l'incident. Puis son regard avait croisé celui de l'adolescente assise en face d'elle, pétrifiée de peur, le visage aussi pâle que ses yeux. Elle l'avait rassurée en silence, avant d'agripper son sac, sa vie entière était là, dans ce tas de papiers administratifs. D'où venait cette énergie hystérique comme s'il fallait toujours, tel un chien, marquer son territoire ! Personne ne savait quand s'était installé ce terrible système pyramidal entre les hommes et leurs maîtres anciens, entre les serviteurs d'autrefois, venus du nord et du sud du désert, les voyageurs du fleuve bleu et du fleuve blanc, ceux des îles, de l'archipel aux volcans, et les exilés de l'ancien régime rouge qui cherchaient la blancheur des jours simples et libres.
À sa gauche se trouvait une jeune femme qu'elle aurait pu appeler «Mademoiselle Porcelaine». Quand Esha tourna la tête vers elle, celle-ci évita son regard, fit une grimace, se contracta sur le siège et ferma les yeux.
Esha eut envie d'appeler quelqu'un, n'importe qui, elle fit défiler dans sa tête les hommes, leurs noms et leurs visages, à l'instant d'en choisir un, le point d'exclamation rouge illumina l'icône vert du SMS. Et un corps blanc musclé nu envahit l'écran de son iPhone, un corps sans visage, sans message. En quelques mots elle fixa le rendez-vous pour plus tard dans la soirée. Ce qui lui restait de ces hommes, des fragments d'amour sans discours, un regard, des doigts, un nombril profond et des fesses bombées, une maladresse, une faute d'orthographe, des erreurs grammaticales, des appels masqués, puis la lassitude, l'oubli, les numéros bloqués. Son drap ne retenait aucune odeur, sinon celle du caoutchouc lubrique, triste et désenchanté.
(...)


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