Celui qui est digne d'être aimé / Passion du livre

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.. Celui qui est digne d'être aimé

Couverture du livre Celui qui est digne d'être aimé

Auteur : Abdellah Taïa

Date de saisie : 27/03/2017

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Seuil, Paris, France

Collection : Cadre rouge

Prix : 15.00 €

ISBN : 9782021343076

GENCOD : 9782021343076

Sorti le : 05/01/2017

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

Ahmed, 40 ans, est marocain. Il vit à paris.
Il écrit à sa mère, morte cinq ans auparavant, pour régler ses comptes avec elle et lui raconter enfin sa vie d'homosexuel.
Il envoie une lettre de rupture à emmanuel, l'homme qu'il a aimé passionnément et qui a changé son existence, pour le meilleur et pour le pire, en le ramenant en France.
Par ailleurs, Ahmed reçoit des lettres de vincent et de Lahbib.
Un roman épistolaire pour remonter le temps jusqu'aux origines du mal.
Un livre sur le colonialisme français qui perdure dans la vie amoureuse d'un jeune marocain homosexuel.

Abdellah Taïa est né en 1973 à rabat. Il a publié au seuil cinq romans, traduits en Europe et aux usa, dont le Jour du Roi (prix de flore 2010), Infidèles (2012) et Un pays pour mourir (2015). Il a réalisé en 2014 un long métrage à partir de son roman L'Armée du Salut.





  • La revue de presse Muriel Steinmetz - L'Humanité du 23 mars 2017

De son héros, Ahmed, il écrit  : « C'est moi, c'est mon double, mon fils, mon hétéronyme. » Le romancier, né à Rabat et qui vit désormais en France, ajoute  : « Je suis incapable d'inventer autre chose que ce que je suis. » Il est, de son propre aveu, l'un des premiers Marocains à avoir publiquement révélé son homosexualité dans son pays, où cela est toujours considéré comme un crime passible de six mois à trois ans de prison...
Les mots durs de l'écrivain, y compris à son endroit, s'égrènent comme les grains secs d'un chapelet de colère déduits les uns des autres. Un livre brut, sans fard ni complaisance à soi, dans lequel Abdellah Taïa, parlant crûment de lui-même, parvient à brosser en creux le portrait d'une société en proie à un désir de liberté individuelle légitime, confronté à une tradition collective tenace, étouffante, qui structure ses membres depuis des siècles et sur laquelle plane encore la présence fantomale du colonialisme.


  • La revue de presse Philippe-Jean Catinchi - Le Monde du 23 mars 2017

Celui qui est digne d'être aimé est le «roman» d'un homme écartelé entre son origine et son illusion de trouver le salut dans le corps des hommes et la langue de l'autre. Un cri contemporain où les carcans sociaux et politiques ne se laissent pas réduire à un héritage colonial...
Par l'audace d'une construction qui, en remontant le temps et en croisant les voix, interdit d'héroïser ­Ahmed, que cette introspection terrible met simplement à nu, ­Abdellah Taïa dévoile le «malheur interminable» de celui qui a perdu sa terre et n'a plus de langue propre pour se retrouver. Disséquant son «coeur dictateur» qui le condamne à une ­«solitude déterminée», Ahmed, double d'Abdellah Taïa, dit la condition d'un Marocain francophone exilé de sa langue, de sa terre et de la norme sexuelle.



  • Les premières lignes

Chère Malika,
Là-bas, tout au fond du noir, le monde est beau enfin, n'est-ce pas ?
Ne réponds pas à cette question, s'il te plaît. Ne dis rien, plus rien. Reste où tu es, comme tu es, effrontée jusqu'au bout, les yeux durs, indifférente à tous, à moi surtout, dictatrice assumée. N'essaie même pas de comprendre ce qui se cache comme secrets dans ma question qui se veut intelligente. Continue de fermer les yeux. Tu es en paix. Dans le repos éternel. Restes-y. Ne bouge surtout pas. Tu es partie. Nous sommes seuls. Nous survivons, seuls. Nous construisons la vie après toi, en vain.
Chaque jour nous sommes un peu plus en colère. Chaque nuit est un combat d'avance perdu. Les cauchemars viennent et ne repartent plus.
Tu es morte en 2010. Et depuis, jamais tu n'as été aussi vivante.
Après la mort du père, ce n'était pas ce que j'avais compris. La mort qui obsède ceux qui restent, ceux qui sont encore un petit peu là. Les morts sont vivants.
Il nous a quittés jeune, lui. Hamid. 66 ans à peine. Un vendredi matin. Le choc a été énorme : exister sans père. Un père qui fumait trois paquets de cigarettes par jour. Respirer, manger, marcher n'était plus pareil sans lui. Même espérer un jour aimer sincère n'était plus possible sans lui, cet homme défaillant, sans sa bienveillance, sa tendresse désespérée, son désir fougueux et ses éternelles maladresses. Dès qu'il a été enterré, tu as pris un peu plus le contrôle sur nous, sur tout chez nous. Sur le coeur de l'existence, l'origine de tout en nous : notre pauvre et minuscule maison à Hay Salam, à Salé.
Je me souviens de ce que tu as fait, ma mère. Je n'ai pas peur de te le rappeler.
Le soir même de sa mort, tu as donné ses vêtements et ses affaires aux mendiants, aux ivrognes, aux méchants. Vite, vite, ne surtout pas garder de trace de lui chez nous. Son corps à peine mis en terre, et déjà ses souvenirs, ses objets, ses livres dispersés, éloignés. Évanouis. Il a existé, le père. Il n'existe plus. Voilà comment on va porter son deuil : sans aucune trace de lui, de sa maladie contagieuse. Vous avez entendu, les enfants ? Tu as entendu, toi, Ahmed ? Pleurez si vous voulez, mais ne me demandez pas de faire comme vous.
Tu as porté le blanc quarante jours, maman. Dans ton coeur, ce n'était pas le deuil, c'était le devoir, l'obligation. Rien de plus. Tu as joué à la veuve. Parfaitement. Bravo !
(...)


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