Le Théâtre des 2 Anes : 100 ans d'humour politique / Passion du livre

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.. Le Théâtre des 2 Anes : 100 ans d'humour politique

Couverture du livre Le Théâtre des 2 Anes : 100 ans d'humour politique

Auteur : Serge Llado | Véronique Montaigne

Date de saisie : 19/01/2017

Genre : Théâtre

Editeur : le Cherche Midi, Paris, France

Prix : 29.90 €

ISBN : 9782749153056

GENCOD : 9782749153056

Sorti le : 24/11/2016

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  • La présentation de l'éditeur

Dernier théâtre de chansonniers à Paris, le théâtre des Deux Ânes est un lieu unique, une libre république du Rire où règne l'art salutaire de la parodie et de l'humour politique. Dirigé par Jacques Mailhot depuis 1995, ce temple de la satire garde la mémoire de tous les grands chansonniers qui ont forgé son âme, de René et Françoise Dorin à Jean Poiret, de Pierre Dac à Jean Amadou, pour ne citer qu'eux. Les Deux Ânes sont les héritiers du patrimoine de Montmartre mais aussi d'un siècle d'humour et de rire d'actualité, qu'il prenne la forme de chansons, de sketches, de stand-up ou de revues de presse... Aujourd'hui, grands noms et jeunes talents continuent de faire vivre aux Deux Ânes une précieuse liberté de rire que nulle censure ou autocensure ne sont parvenues à entamer.
Longue vie à nos brillants Deux Ânes !

Véronique Montaigne, longtemps journaliste et critique au Monde, a exploré toutes les cultures musicales. Elle est l'auteur d'une dizaine de livres, dont Cesaria Evora, la voix du Cap-Vert (Actes Sud) ou Johnny Halliday, le roi caché (éditions Don Quichotte)

Avec les chroniques de Serge Llado, parolier, compositeur et chansonneur, pensionnaire plus de vingt ans des théâtres de chansonniers parisiens et chroniqueur régulier de la télévision et de la radio.





  • Les premières lignes

Mon théâtre a épousé la République
Jacques Mailhot

Quelles sont les qualités requises pour être chansonnier ? Et, d'abord, qu'est-ce qu'un chansonnier ? Le chanteur Renaud, par exemple, qui fut un chroniqueur acerbe des choses de la vie et de la politique, serait-il accepté dans le cercle des chansonniers ? Sans doute, si l'on s'en tient à la stricte définition du terme - décrire en chantant les travers de la société et moquer le politique, en empathie avec son public. L'humoriste Jamel Debbouze, ne chantant pas, n'en serait pas. Pas plus que Fernand Raynaud, Louis de Funès, Coluche ou Guy Bedos, qui tous pratiquaient l'humour politique, terreau du chansonnier, mais pour qui la musique n'était pas une arme. Mais, peut-être, Laurent Gerra, imitateur impeccable, et sans doute Thierry Le Luron pourraient être appelés chansonniers...
Qu'importe, au fond. Il est cependant une différence à souligner : les chansonniers vivent en bande, héritage des arcanes de la revue menée par une troupe. Pour tous, le trait d'union, c'est la satire politique. «Mon théâtre a épousé la République», dit le chansonnier Jacques Mailhot, propriétaire des Deux Ânes, ultime établissement phare de l'art chansonnier, dernier résistant d'un circuit qui englobait hier encore le Caveau de la République et le Théâtre de Dix Heures. «L'histoire des Deux Ânes, c'est cent ans d'humour politique, dit-il. Il y a plusieurs traditions de chansonniers, certains sont chanteurs, d'autres ont hérité le sens du sketch, ils sont grimés, dans l'esprit des revues. Moi, je suis plutôt du côté du stand-up, je fais toujours une revue de politique générale sur la scène des Deux Ânes. Le rire est une vraie soupape sociale. Le chansonnier s'indigne, et les gens, en sortant de la salle, ont l'impression d'avoir de l'esprit. Le rôle du chansonnier est de catalyser les irritations des citoyens. Nous aidons les gens à regarder avec plus de distance, à transcender les malheurs.»
Le stand-up - un comédien joue seul, sans décors, et raconte des histoires qui lui sont arrivées - est né aux États-Unis à la fin du XIXe siècle, quand la vogue des chansonniers montmartrois battait son plein. Sur des airs parodiques, l'humoriste se moque des puissants, mais aussi du public, créant ainsi de subtiles complicités. En 1832, Sainte-Beuve s'était penché sur l'oeuvre de Pierre-Jean de Béranger (1780-1857), l'un des fondateurs de la chanson politique moderne, qu'il admirait. Il écrivait dans ses Portraits contemporains : «Le propre du chansonnier, c'est que la parole chez lui soit à peu près inséparable de l'air. Un poète lyrique a du nombre, de l'harmonie, de la mélodie; mais le chant proprement dit, l'air, il faut que cela dans la chanson accompagne, inspire, comme d'un seul et même souffle, la parole et ne fasse qu'un avec elle.»
«Chansonnier» désigne alors l'homme, mais ce fut d'abord un cahier, un recueil manuscrit, regroupant des chansons et pièces lyriques profanes. Au XIIIe siècle, il est l'apanage des trouvères et troubadours qui essaiment dans le sud de l'Europe - il prend le nom de cançoneren catalan, cançonièren occitan, cancioneiro en portugais, canzoniere en italien... Ces colporteurs de la parole, souvent de haut lignage, s'en prennent frontalement au pouvoir royal. En Occitanie, les sirventès mènent la contestation, bientôt reprise au-delà de la Loire. Tout y passe, les croisades, les intrigues seigneuriales, l'Inquisition, les querelles d'écoles entre poètes... Louange ou critique acerbe, la chanson joue son rôle social, comme c'est encore le cas chez les griots africains ou les repentistas brésiliens. Dans ce Moyen Âge très religieux, il y a de drôles d'individus, tels les goliards, ces moines errants en délicatesse avec leur hiérarchie et qui célébraient Bacchus en détournant les cantiques.
Le détournement des mélodies, du sens, et surtout la parodie sont le privilège du chansonnier. «La parodie est un droit absolu», dit Jacques Mailhot. Cette figure de style, tout comme le pastiche et la caricature, est en effet autorisée par la loi au nom de la liberté d'expression.


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