Le roman impossible / Passion du livre

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.. Le roman impossible

Couverture du livre Le roman impossible

Auteur : Thierry Hesse

Date de saisie : 22/03/2017

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France

Collection : Littérature française

Prix : 19.50 €

ISBN : 978-2-8236-1102-1

GENCOD : 9782823611021

Sorti le : 05/01/2017

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  • La présentation de l'éditeur

«Chaque matin, au réveil, mon visage me brûlait et je courais me regarder dans un miroir. J'allais réduire ma vie sociale, les soirées avec les amis et les sorties en ville ; je me cacherais des autres et des lieux fréquentés ; j'apparaîtrais à mes élèves dissimulé derrière des verres fumés et un foulard ; j'affligerais ma famille. C'était le visage de l'effroi. La mort de Malik Oussekine, dont je voulais faire un roman, me plongeait à présent dans la peur. J'y voyais une noirceur et une violence prémonitoire que je n'avais encore jamais éprouvées dans l'écriture d'un livre. Une noirceur bien réelle, menaçante, embrasée par les tragédies d'aujourd'hui.»

Le Roman impossible est la confession captivante de Samuel Richard, dont la vocation d'écrivain est soudain mise à mal. Parviendra-t-il à écrire le livre qui l'obsède depuis des années, un roman total, un roman de l'accomplissement ?

Après Le Cimetière américain, en 2003 (prix Robert Walser) et Jura, en 2005, parus aux éditions Champ Vallon, Thierry Hesse a publié Démon aux Éditions de l'Olivier en 2009, largement salué par la critique et traduit dans une demi-douzaine de langues, puis L'Inconscience en 2012. Il vit à Metz.





  • La revue de presse Michel Abescat - Télérama du 22 mars 2017

Magnifiquement ambitieux, Le Roman impossible est un livre sur la création romanesque, ses doutes, ses obsessions, ses inventions et sa vérité. Mais l'interrogation portée par ce texte est aussi politique, quand il relie en filigrane la conquête coloniale, le destin de Malik Oussekine et la période contemporaine, marquée par les attentats terroristes. Ce Roman impossible résonne ainsi fortement dans le chaos actuel que la littérature contribue à interroger.


  • La revue de presse Sophie Joubert - L'Humanité du 12 janvier 2017

Passionnant objet littéraire, le Roman impossible est le récit d'un livre en train de s'écrire, fait de multiples tentatives, de contrebande, de digressions, de pistes de recherche creusées puis laissées de côté. À la trame principale sont juxtaposés, dans une police de caractère différente, des fragments de ces romans non aboutis. Tout finira par s'emboîter au terme d'une enquête intime, historique et politique qui immerge le lecteur dans les tractations diplomatiques de la France avec l'Iran, dans l'Algérie du XIXe siècle ou dans les bureaux feutrés des ministères sous la première cohabitation...
Comme on déterre un secret de famille, Thierry Hesse dévoile les stigmates laissés dans nos vies par la mort de Malik Oussekine.



  • Les premières lignes

Un après-midi de la décisive année 2016, après des journées entières confiné dans la pièce où j'écrivais le livre que vous tenez entre les mains, je suis sorti marcher sans véritable but. La ville de l'Est où je suis né et vis encore est assez petite et bien agencée pour ne jamais vraiment s'y perdre, et si vous n'avez pas d'endroit précis où aller, il est fréquent que vous repassiez alors sur vos pas. Comme il pleuvait à verse ce jour-là, j'avais au moins une bonne raison d'avancer sur les trottoirs le corps incliné vers l'avant, le menton engoncé dans le col de ma parka, les yeux baissés, mais dès que la pluie eut cessé et que je relevai la tête pour la baigner dans la lumière de ce nouveau mars, faisant front aux passants qui venaient dans ma direction, j'ai vu qu'ils me dévisageaient - et j'ai vu la frayeur dans leurs yeux.
Il doit exister aujourd'hui dans notre pays quantité de gens qui, après les événements tragiques de ces derniers mois, ont peur de leurs semblables. Cette peur ne cesse de croître et rien n'est entrepris pour la diminuer. Dans les espaces publics, les transports en commun, sur nos lieux de travail, des voix enregistrées et des panneaux lumineux nous exhortent plus qu'une mère à être vigilants à l'égard d'autrui et de toute menace potentielle. Longtemps, nos représentants politiques ont pourtant affirmé (en simplifiant les arguments d'un philosophe anglais du XVIIe siècle) que si, en dehors de l'État, la peur, attisée par la violence et le dénuement, était notre lot quotidien, au sein d'un État constitué, d'une société civile, les conditions étaient au contraire toujours réunies pour que nous connaissions paix, sûreté et prospérité, et que naisse entre nous une confiance mutuelle qui est la douceur de la vie. Or n'est-ce pas la méfiance que l'on voit à présent inculquée à chacun ? «Crains ton prochain comme toi-même» est devenu notre nouvelle obligation sainte, pensais-je cet après-midi-là, en cheminant sur les trottoirs de Metz, avec mon visage pas très catholique.
J'ai d'abord croisé une femme accompagnée d'une enfant aux cheveux d'un blond pâle, suspendue par sa petite main au bras énergique de l'adulte. La fillette pouvait avoir six ou sept ans. Sa chevelure dépassait de la capuche rose de son coupe-vent, en plastique rose lui aussi, et des mèches humides collées sur ses joues y dessinaient de graciles arabesques. Comme nous étions vendredi et qu'il était à peine quinze heures, j'ai pensé qu'un rendez-vous inhabituel expliquait que cette enfant se trouvât là, au côté de sa mère, et non assise sur un banc d'école à écouter son instituteur lui parler des anciens Égyptiens. Se rendait-elle chez un médecin ? Elle n'avait pas l'air souffrante, cependant quelque chose devait la préoccuper car, tandis qu'elle continuait d'avancer, j'ai observé qu'elle n'offrait pas ce regard clair de jeune animal curieux, aux sourcils peu marqués, que possèdent les enfants de son âge, ni ne sautillait d'un pied sur l'autre, ni ne pépiait d'une voix d'oisillon. Elle et sa mère progressaient sur le même trottoir que le mien, vers des destinations opposées. Quand son minois s'est levé vers moi, je l'ai vu frappé soudain d'effroi, et de sa bouche élastique est sorti le bruit bref et sec de sa respiration coupée. Sa mère, coiffée d'un chapeau mou aux reflets verts, marié à un vêtement imperméable évasé de style poncho, ne m'avait pas encore remarqué, mais, ayant ressenti l'émotion de son enfant, elle tressaillit et me fixa. Ce que je perçus chez elle fut, après un mouvement de recul, une compassion vaguement dédaigneuse, comme celle envers les êtres hideux. Puis toutes deux s'éloignèrent, avec des pensées que j'imaginai.


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