Tenir : douleur chronique et réinvention de soi / Passion du livre

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.. Tenir : douleur chronique et réinvention de soi

Couverture du livre Tenir : douleur chronique et réinvention de soi

Auteur : David Le Breton

Date de saisie : 20/04/2017

Genre : Sociologie, Société

Editeur : Métailié, Paris, France

Collection : Traversées

Prix : 20.00 €

ISBN : 9791022605564

GENCOD : 9791022605564

Sorti le : 16/02/2017

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  • La présentation de l'éditeur

Tout humain normalement constitué sait qu'une vie sans douleur est impensable mais, de là à ce qu'elle soit chronique, il y a une marge que David Le Breton explore magistralement.
L'examen des itinéraires personnels de "douloureux chroniques" auquel se livre l'auteur montre que, si elle abîme profondément l'existence de nombre de patients, d'autres trouvent au fil du temps un soulagement ou un compromis, mais paradoxalement elle protège certains patients d'autres souffrances plus redoutables encore. Il est temps, dit David Le Breton, que l'on développe davantage une médecine de la douleur centrée sur l'expérience intime des personnes afin de les aider, sinon à guérir, à accomplir une "réinvention de soi", autrement dit une réorganisation radicale de leur existence avec et autour de cette douleur chronique à tous les niveaux de leur quotidien, autrement dit à "tenir".
Dans cette enquête passionnante qui nous concerne tous de près ou de loin, le sociologue explore, consulte, interroge autant ceux et celles qui vivent cette douleur inexpliquée que les soignants qui essayent de juguler ce mal chronique.

David Le Breton est professeur de sociologie à l'Université de Strasbourg, membre de l'Institut universitaire de France et de l'Institut des études avancées de l'université de Strasbourg (USIAS). Il est l'auteur de deux autres ouvrages sur la douleur : Anthropologie de la douleur (Métailié, 1995) et Expériences de la douleur (Métailié, 2010).





  • La revue de presse Anne Both - Le Monde du 20 avril 2017

David Le Breton, dans Tenir, son troisième livre consacré à la douleur, examine la pénible cohabitation de patients avec une indéfectible pathologie comme la fibromyalgie, l'arthrose, la migraine ou une lombalgie.



  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction

" Il est aisé de voir que ce qui aiguise en nous la douleur et la volupté, c'est la pointe de notre esprit. "
Michel de Montaigne, Essais

La santé tient dans l'ignorance où l'individu est des processus physiologiques qui se jouent en lui, elle manifeste l'aisance à aller d'une situation ou d'un lieu à l'autre sans éprouver de difficulté en chemin, elle est cette évidence tranquille de la vie quotidienne, cette prodigalité qui ne soulève aucune question au regard des activités habituelles. La maladie ou la douleur introduisent à l'inverse l'opacité du corps et rompent la transparence à soi-même. Elles mettent des obstacles à l'accomplissement des tâches accoutumées et aux mouvements les plus élémentaires de l'existence.
La douleur est associée à une fonction d'alerte envers une série de pathologies. Le fait de la ressentir est à travers le monde le premier motif de consultation du médecin ou du thérapeute traditionnel, ou encore la tentative par soi-même d'en soulager la souffrance. La douleur est toujours une anomalie, elle abîme le sentiment de la présence au monde, provoquant le désir d'en être débarrassé au plus tôt pour retrouver les usages familiers de la vie courante. Elle possède donc une vertu de mise en garde, mais elle est une protection paradoxale à l'encontre des adversités innombrables de la vie courante, elle rappelle avec brutalité les limites qui s'imposent pour ne pas être détruit. Elle est le privilège et le tragique de la condition humaine ou animale.
Le contraire énigmatique de la douleur chronique consiste en un défaut de toute perception douloureuse, l'individu se brûle, se cogne, se blesse sans en ressentir la moindre douleur. Il n'est pas davantage conscient des troubles organiques qui le traversent et qui sont parfois lourds de conséquence pour sa vie. Loin d'être une chance, une telle privation le rend vulnérable à son environnement. Il ne perçoit aucune alarme de ses blessures ou de ses maladies et se comporte comme si de rien n'était, en aggravant son état. Ces patients affectés d'une insensibilité génétique ou post-traumatique à la douleur sont des hommes ou des femmes ordinaires, ils ne sont ni psychotiques ni hystériques, mais ils ne ressentent pas les lésions de leur corps. Les examens médicaux les plus agressifs ne les troublent nullement. Us sont également insensibles à des gestes menaçants, par exemple quand un médecin approche une aiguille de leur oeil, aucune inquiétude ne les traverse. R. Danziger, qui leur a consacré un ouvrage (Danziger, 2010), fait un lien avec des patients autrefois lobotomisés devenus également indifférents à la douleur et même à toute émotion. Ils éprouvent la stimulation sensorielle mais sans l'affecter de souffrance, donc ils n'y prêtent pas attention. Et la vue des plaies ou des blessures ne les affecte pas davantage. Ces patients sont également indifférents aux perceptions thermiques, ils ne souffrent pas du froid. Pour R. Danziger, il s'agirait d'un défaut de l'homéostasie corporelle (2010, 39).
Une vie sans douleur est impensable, même si son action est toujours à double tranchant et ambivalente. Souvent, en effet, elle est sans lésion décelable par les examens médicaux même si la souffrance est vive. Elle est d'autant moins nécessaire que des lésions graves, celles de certains cancers par exemple, sont indolores et exposent l'individu à l'irrémédiable, alors que des altérations bénignes sont douloureuses et gâchent l'existence, en sursignifiant un mal anodin. Parfois utile pour signaler un processus pathologique, elle est souvent absente pour marquer la progression d'une maladie grave découverte trop tard, et quelquefois elle s'enraye en dehors de toute nécessité de protection pour démanteler l'existence. Et quand elle devient chronique, elle est elle-même la maladie à combattre. Elle amène au rétrécissement du monde et à la focalisation de l'individu sur soi, son environnement se réduit aux états de son corps. Et ce dernier, loin d'être un lieu propice à l'ouverture au monde, est désormais celui de la fermeture. La chronicisation de la douleur déchire toute l'existence. Elle est une crispation physique et symbolique sur une zone abîmée du corps, une tension inutile et inappropriée qui épuise le sujet.


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