Transcolorado / Passion du livre

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.. Transcolorado

Couverture du livre Transcolorado

Auteur : Catherine Gucher

Date de saisie : 10/04/2017

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Gaïa, Monfort-en-Chalosse, France

Collection : Littérature

Prix : 17.00 €

ISBN : 9782847207453

GENCOD : 9782847207453

Sorti le : 11/01/2017

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

Au-dessus des grandes plaines du Colorado, le ciel est immense, et souvent trop bleu. Pour chasser les mauvais souvenirs et les angoisses qui montent, une fille un peu cabossée par la vie monte dans le bus. Le Transcolorado l'emmène jusqu'à l'arrêt des quatre montagnes, et puis elle rentre.
Dans un ranch il y a longtemps, elle aimait s'occuper des bêtes, et rêvait d'Appaloosa. Aujourd'hui elle glane dans les champs avec sa carriole, va chercher sa pension chaque mois au bureau des postes et télégraphes. Boit des cafés-whiskys.
Le jour où Tommy avec sa balafre et ses envies de sapins Douglas passe la porte du bar du bout de la route, elle sait que quelque chose s'avance qui peut changer un bout de son existence.

Catherine Gucher est née en 1961 à Chambéry. Elle consacre une quinzaine d'années au travail social, avant de se tourner vers la sociologie. Elle enseigne à l'université de Grenoble. La littérature - tout particulièrement de Russie, du Nord, des Amériques - l'accompagne depuis l'enfance, comme fenêtre indispensable sur le monde.
Transcolorado est son premier roman.





  • La revue de presse Jean-Claude Lebrun - L'Humanité du 6 avril 2017

Un morceau d'Amérique profonde en même temps qu'un parcours individuel...
Tout du long surgissent des images saisissantes, telles celles des tornades se rassemblant à l'horizon, en contrepoint de ce qui obscurcit l'esprit de Dan. Ou celles des chevaux, auprès desquels celle-ci pressent un centre de gravité. Ce vigoureux souffle narratif et une langue évocatrice, sonnant toujours juste, font du livre de Catherine Gucher l'un des débuts les plus convaincants de ce printemps.



  • Les premières lignes

Tommy disait toujours : «Si Adam et Ève n'avaient pas croqué la pomme...» Tommy, c'est au bar du bout de la route que je l'ai rencontré. C'était au début du mois d'octobre, un jeudi je crois. J'aime bien les jeudis car c'est le jour où je suis née. Même si ce n'est pas sûr, c'est ce qu'on m'a toujours dit. Ce jeudi-là, quand je suis sortie de chez moi, l'air était coupant comme un couteau d'Apache. En tout cas c'est ce dont je me souviens. Je n'ai jamais rencontré d'Apaches mais le type qui habitait à côté de la ferme de mes vieux à 36 kilomètres au sud-ouest de Denver me racontait toujours des histoires d'Apaches. Je me souviens encore de ces estafilades dont jaillissait le sang en rivière. Le soir je ne pouvais plus dormir et le moindre bruissement du grand peuplier à l'angle de la barrière me faisait croire à une attaque de Sioux. Je rallumais alors la veilleuse de ma chambre pour vérifier que je ne saignais pas. Au fond je crois que j'aurais bien aimé avoir un couteau d'Apache. J'aurais fait de longues entailles à tous ceux qui se moquaient de mes cheveux filasse et de mes poches trouées. Je ne l'ai jamais revu ce type mais je pense souvent à lui. Il a disparu un jour. Lorsque mon père est sorti pour donner à manger aux bêtes dans l'enclos, je l'ai entendu grommeler : «Il a tout fermé le bougre.» Je suis sortie et j'ai vu la maison du voisin, comme aveugle avec ses volets clos. C'était déjà le début de l'hiver et la première tempête de neige était annoncée. Ce qui était le plus inquiétant, c'était l'absence de fumée au-dessus de la cheminée. Mon père est rentré et il a dit : «Il est parti comme il était arrivé, par surprise. Faudra voir la suite.» Pour revenir à cette journée d'octobre où j'ai rencontré Tommy, il faisait beau, presque trop beau. Le ciel était si bleu qu'on se sentait un peu mal tout au fond de soi. Je n'aime pas les ciels trop bleus, cette lumière tranchante et sans pardon, comme si tout était neuf... comme si rien du passé n'avait le droit de subsister. Il faut trouver la force de respirer dans cet air tranchant... avec cette odeur de pommes trop mûres et ces relents d'acide qui serrent à la gorge. Et il me vient souvent une envie de pleurer. Alors je file dès le matin au bar du coin pour mettre un peu de flou sur cette lumière trop crue. L'odeur du tabac, de la poussière et la sueur des hommes me rassurent un peu. C'est presque comme à la maison quand les gars étaient tous là, autour du café fumant, avec leurs vêtements de bouseux, presque raides à force de crasse, muets déjà, prêts à partir en équipe aux ordres de mon père, pour rassembler les poulains de l'année dispersés sur les pentes raides du versant nord de Pikes Peak.

Ce matin-là, quand j'ai senti, à peine éveillée, le biseau de l'air, je me suis habillée sans réfléchir et je suis partie boire mon café au bar du bout de la route. Parfois le café ne suffit pas à ma respiration alors j'y ajoute un ou deux whiskys, juste ce qu'il faut pour être vraiment bien. Le gérant du bar me connaît bien. Joe, il est comme un père pour moi. Quand je n'ai plus de quoi, il me fait crédit. Et on fait les comptes au bout du mois, quand je touche mon allocation. C'est même lui qui m'emmène jusqu'à Denver aux bureaux du district pour retirer l'argent.

(...)


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