Les furies / Passion du livre

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.. Les furies

Couverture du livre Les furies

Auteur : Lauren Groff

Traducteur : Carine Chichereau

Date de saisie : 01/03/2017

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France

Collection : Littérature étrangère

Prix : 23.50 €

ISBN : 978-2-8236-0945-5

GENCOD : 9782823609455

Sorti le : 05/01/2017

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  • La présentation de l'éditeur

«Le mariage est un tissu de mensonges. Gentils, pour la plupart. D'omissions. Si tu devais exprimer ce que tu penses au quotidien de ton conjoint, tu réduirais tout en miettes. Elle n'a jamais menti. Elle s'est contentée de ne pas en parler».

Ils se rencontrent à la fin de l'université. Ils se marient très vite. Nous sommes en 1991. A vingt-deux ans, Lotto et Mathilde sont beaux, séduisants, amoureux, et semblent promis à un avenir radieux. Dix ans plus tard, Lotto est devenu un dramaturge au succès planétaire, et Mathilde, dans l'ombre, l'a toujours soutenu. Le couple qu'ils forment est l'image-type d'un partenariat réussi. Ils suscitent la jalousie, l'envie. Mais les histoires d'amour parfaites cachent souvent des secrets qu'il vaudrait mieux taire. Au terme de ce roman, la véritable raison d'être de ce couple sans accrocs réserve bien des surprises.

Née en 1978, Lauren Groff est notamment l'auteur des Monstres de Templeton et d'Arcadia (Plon, 2010 et 2012). Les Furies a été le succès littéraire de 2015, choisi comme meilleur roman de l'année par Barack Obama. Il est actuellement en cours de traduction dans 30 langues.

«Une prose époustouflante : à la fois précise, riche, lyrique et épique.»
The New Yorker





  • La revue de presse Sophie Joubert - L'Humanité du 23 février 2017

Troisième roman de l'auteure, couvert d'éloges par Barack Obama, les Furies n'est pas autobiographique. Ce livre subtil et captivant est un défi formel et stylistique tenu de bout en bout  : raconter une même histoire, la vie d'un couple, du point de vue de l'homme puis de la femme. Deux continents inconnus, deux terres étrangères, irréconciliables. Le titre anglais, littéralement « les Moires et les Furies » (les Parques, déesses du destin, et les Erinyes, divinités persécutrices), rend bien compte de la dualité du roman, qui oppose deux philosophies de la vie et deux écritures radicalement différentes...
Plus qu'une dialectique des sexes, des genres, les Furies est la confrontation dans le mariage de deux classes sociales  : un homme bien né, enfant gâté, et une femme partie de rien qui a survécu par tous les moyens. N'en déplaise aux belles âmes.


  • La revue de presse Sandra Benedetti - L'Express, janvier 2017

Dans le nouveau roman de Lauren Groff (Les monstres de Templeton, Arcadia), la mythologie est partout. Les Furies du titre évoquent les trois divinités vengeresses chantées par Sophocle...
Des solitudes hurlantes y traînent leurs ombres. Des enfants perdus y crient leur abandon dans une nuit sans fin. On s'y cogne avec effroi, blessé par les pointes sagaces de l'écrivain. Soudain, à la toute fin, la mythologie s'achève sur un coin de fable.


  • La revue de presse Marine Landrot - Télérama du 18 janvier 2017

Orgies et nuits de défonce conduisent au fiasco un couple fusionnel. La lumière de la Nouvelle-Angleterre, le fracas d'une langue crépusculaire...
L'aimantation des deux amants, rapidement mari et femme, donne au livre ses plus belles pages. Lauren Groff a le sens du décor cruel et vampirique, elle jette ses personnages dans la lumière sur­exposée de la Nouvelle-Angleterre, où les coquillages tranchants laissent les peaux en sang, où les maisons aux grandes baies vitrées abritent des orgies de sexe, coke et acides. Mais dans cet environnement destructeur, la romancière laisse toujours une chance aux êtres, capables de réinventer leur vie le temps d'une seconde, conscients de la beauté de l'éphémère...
Pourquoi l'union de ces êtres sublimes tourne-t-elle au fiasco ? Pourquoi le feu qui les consume finit-il sous l'éteignoir de la mort ? Parce qu'il faut se méfier de ceux à qui la chance sourit avec tant d'éclat, semble penser Lauren Groff, prédicatrice macabre qui examine les signes avant-coureurs de la chute tout au long de deux parties miroirs du livre


  • La revue de presse Marie-Laure Delorme - Le Journal du Dimanche du 1er janvier 2017

La romancière américaine Lauren Groff, née en 1978, raconte beaucoup plus qu'une histoire d'amour. Elle s'interroge sur la place des secrets et des mensonges au sein du couple, sur notre besoin de fiction, sur le processus de création, sur les longues enfances en forme de châteaux de sable. Toute la littérature est fondée sur l'idée qu'on ne connaît jamais personne. Et plus on croit connaître quelqu'un, moins on a de chance de le connaître. Et moins on croit connaître quelqu'un, plus on a de chance de le connaître. L'auteure d'Arcadia a une vision ambivalente du mariage et elle imprègne Les Furies de son immense complexité. Sa seule certitude : l'intimité d'un mariage est un mythe rongé par le mystère de l'autre. Lauren Groff nous pousse non pas à célébrer ou à critiquer le couple, mais à le questionner sans cesse comme des ricochets dans l'eau : comment vivre ensemble alors que nous sommes séparés ?..;
Les Furies est un roman âpre, beau, étonnant. Romanesque et cérébral. Réflexion à rebours des idées reçues.



  • Les premières lignes

Une bruine épaisse tombant du ciel, tel un soudain mouvement de rideau. Puis les oiseaux cessèrent d'accorder leurs cris, l'océan se tut. Sur l'eau, les lumières des maisons s'atténuèrent.
Deux personnes s'en venaient sur la plage. Elle était blonde et osseuse dans son bikini vert, bien qu'on fût en mai dans le Maine et qu'il fît froid. Il était grand, vif; une lumière l'animait, qui attirait le regard, le capturait. Ils s'appelaient Lotto et Mathilde.
L'espace d'une minute, ils contemplèrent une mare remplie de créatures pleines d'épines qui, en se cachant, soulevaient des tourbillons de sable. Il prit son visage entre ses mains et embrassa ses lèvres pâles. Il aurait pu mourir de bonheur en cet instant. Il eut une vision, il vit la mer enfler pour les ravir, emporter leur chair et rouler leurs os sur ses molaires de corail dans les profondeurs. Si elle était à ses côtés, pensa-t-il, il flotterait en chantant.
Certes, il était jeune, vingt-deux ans, et ils s'étaient mariés le matin même en secret. En ces circonstances, toute extravagance peut être pardonnée.
Ses doigts fins, à l'arrière de son boxer, lui brûlaient la peau. Elle le poussa pour gravir la dune couverte de pois de mer, puis ils redescendirent là où le mur de sable les abritait du vent, où l'on avait plus chaud. Sous son haut de maillot, la chair de poule virait au bleu lunaire, et ses tétons s'étaient rétractés sous l'effet du froid. Agenouillés à présent, même si le sable grossier leur faisait mal. Ça n'avait pas d'importance. Ils n'étaient plus que bouches et mains. Il l'allongea, remonta les jambes de Mathilde autour de sa taille et la recouvrit de sa chaleur jusqu'à ce qu'elle cesse de grelotter, forma une dune avec son dos. Elle avait les genoux pointés vers le ciel.
Il aspirait à quelque chose de puissant, dépourvu de mot : quoi ? Se revêtir d'elle, comme d'un vêtement. Il imaginait vivre dans sa chaleur pour l'éternité. Les gens qui peuplaient sa vie étaient tombés les uns après les autres, pareils à des dominos ; à chaque mouvement, il la clouait un peu plus afin qu'elle ne puisse plus l'abandonner. Il se représentait une vie entière à baiser sur la plage avant de devenir un de ces vieux couples pratiquant la marche nordique le matin, dont la peau est comme de la pâte de noix laquée. Même vieux, il la ferait valser dans les dunes et assouvirait son désir pour sa fine ossature d'oiseau sexy, avec prothèses de hanches et genoux bioniques. Des drones garde-côtes apparaîtraient dans le ciel, braqueraient leurs lampes sur eux en hurlant Fornicateurs ! Fornicateurs ! pour les couvrir de honte et les chasser. Et ceci, pour l'éternité. Il ferma les yeux, fit un voeu. Ses cils sur sa joue, ses cuisses autour de sa taille, c'était la première fois qu'ils consommaient cette chose terrible qu'ils venaient d'accomplir. Le mariage, c'était pour toujours.
[Il avait prévu un lit digne de ce nom pour qu'il y ait un peu de cérémonial : il s'était approprié la maison de plage de Samuel, son camarade de chambre, car il avait passé là presque tous les étés depuis ses quinze ans et savait que la clé était dissimulée sous une carapace de tortue, dans le jardin. C'était une maison pleine d'imprimés écossais et Liberty, de faïence colorée Fiesta et d'une bonne couche de poussière ; et puis la chambre d'amis que le phare balayait de ses trois éclats, la nuit, avec en contrebas la plage pleine de rochers. Voilà ce que Lotto avait imaginé comme première fois avec cette fille magnifique qu'il avait transformée par magie en épouse. Mais Mathilde avait eu raison d'insister pour une consommation du mariage en plein air. Elle avait toujours raison. Il l'apprendrait bien assez tôt.]


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