La position du pion / Passion du livre

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.. La position du pion

Couverture du livre La position du pion

Auteur : Rafael Reig

Traducteur : Myriam Chirousse

Date de saisie : 28/12/2016

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Métailié, Paris, France

Collection : Bibliothèque hispanique

Prix : 20.00 €

ISBN : 9791022605434

GENCOD : 9791022605434

Sorti le : 09/02/2017

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  • La présentation de l'éditeur

Sur les hauteurs de Madrid, des "couples d'amis" boivent des cocktails et attendent leur ancien leader, Luis Lamana, alias le Gros, de retour des États-Unis. Ex-militants communistes, reconvertis en bourgeois de la transition espagnole, ils ont fondé des familles et remisé leurs utopies.
Johnny, rejeton lucide de cette génération, cherche son père et enquête sans trop de conviction sur le meurtre jamais résolu d'un de ses amis d'enfance. Avec une acidité qui n'exclut pas la tendresse, il réécrit le passé et tire à boulets rouges sur cette petite société abonnée aux hypocrisies et aux renoncements.
Rafaël Reig est un narrateur impitoyable, cynique et pince-sans-rire : il convoque ses personnages au tribunal de l'histoire selon une mécanique précise de galerie des glaces - superposition des époques, vertige des destins individuels, puissance de l'ellipse. Ce qui pourrait n'être qu'un règlement de comptes générationnel devient alors une histoire universelle : peut-on vraiment demander des comptes à chaque génération ? Oui est coupable, dans l'histoire ?

«L'émotion et l'ironie, la férocité et la tendresse, la surprise et la mémoire assaillent le lecteur au moment où il s'y attend le moins.»
Almudena Grandes, El Pais Semanal

Rafaël Reig est né à Cangas de Onis (Asturies) en 1963. Il a enseigné la littérature aux États-Unis avant de devenir libraire. Ce qui n'est pas écrit, son premier roman traduit en français, lui a valu un grand succès, chez les critiques comme chez les libraires.





  • Les premières lignes

1

Alejandro Urrutia l'a annoncé au printemps 1979, alors qu'ils étaient installés à la terrasse du C.S. Palmeras, le club social du lotissement El Tomillar :
- Luis Lamana revient en Espagne !
Malgré l'enthousiasme d'Alex, ni Ricardo Ariza ni Pablo Poveda ne se sont laissé impressionner. Après s'être assurés qu'il s'agissait bien du même Lamana, le "Gros", Ricardo a demandé s'il jouait encore aux échecs ; et Pablo où diable il était allé.
À l'autre table, celle des jeunes, le fils d'Isabel Azcoaga, Johnny, a paru s'affoler. C'était un garçon très craintif et gros, qui aimait se faire appeler Johnny et n'habitait pas le lotissement mais au village, où son père était plombier. Javito Urrutia, à côté de lui, avait cet air revenu de tout qui lui a si souvent tenu compagnie durant le reste de sa vie fugace et désastreuse.
- Je ne crois pas, a répondu Alex à Ricardo, et il a ajouté en réponse à Pablo : - Il revient de New York avec un doctorat.
- Et qui est ce fameux Luis Lamana ? a demandé Alicia Escudero, la seule blonde, comme si elle n'en avait jamais entendu parler.
- Qu'est-ce qu'il a bien pu devenir ? a dit Pablo, qui avait l'habitude de toujours poser une autre question en même temps que sa femme.
- Il s'est marié et il a un enfant. - Alejandro, dans le doute, répondait d'abord aux maris.
- Il allait au lycée avec eux et ensuite il a été le secrétaire de la cellule, celui qui les a fait rentrer au Parti. - Lola Salazar, la femme d'Alex, est venue à la rescousse d'Alicia.
Et aussi aller en prison, mais elle n'avait pas besoin d'ajouter qu'ils avaient fini enfermés à Carabanchel, car même leurs enfants s'étaient lassés de leur chute légendaire de 1962, qui n'attirait plus que l'attention de Johnny, parce que sa mère était enceinte de lui quand on l'avait arrêtée. Son père, par contre, qui était le seul de la classe ouvrière, n'avait même pas été interrogé : il n'était pas communiste. A l'époque, Andrés Atienza était garçon de courses à la Banque espagnole de crédit et sur le point de se marier avec Isabel Azcoaga, "la pauvre Isabel".
Ces couples avec pavillons, les Urrutia, les Poveda, les Ariza, étaient ravis que leurs enfants fréquentent le fils du plombier du village, comme si cette amitié était la meilleure garantie possible qu'ils étaient restés authentiques et demeuraient fidèles aux idéaux de leur jeunesse.
Le garçon, pourtant, n'y mettait pas du sien ; certains jours, Johnny se montrait réservé; d'autres, ouvertement hostile; et il avait toujours l'air de dissimuler une rancoeur intarissable envers les parents de ses amis, leurs dîners de couples, leurs opinions politiques et leurs contacts dans les hautes sphères.
- Continuez, ne me regardez pas, ne souriez pas, on ne bouge plus, a ordonné la guillerette Carlota, militante d'extrême gauche, qu'ils appelaient parfois le Chaperon rouge.
- Allez, arrête avec ça, je n'aime pas les photos, l'a prévenue son mari, Ricardo Ariza, l'avocat, un homme tellement tiré à quatre épingles et cérémonieux qu'on aurait dit qu'il était constipé ou porteur d'un secret.
- Mais vous êtes superbes ! a ri Carlota et elle les a photographiés à nouveau.
Alex l'a regardée comme s'il se sentait asservi par elle ou son appareil photo et il a voulu savoir si la pellicule était en couleur.
Carlota a expliqué qu'elle préférait le noir et blanc parce qu'il avait "plus de possibilités artistiques".
- Je veux bien que le Gros ait passé un doctorat, mais j'ai du mal à imaginer qui aura eu le courage de se marier avec lui.
(...)


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