Ni vivants ni morts / Passion du livre

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.. Ni vivants ni morts

Couverture du livre Ni vivants ni morts

Auteur : Federico Mastrogiovanni

Traducteur : François Gaudry

Date de saisie : 28/12/2016

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Métailié, Paris, France

Collection : Bibliothèque hispano-américaine

Prix : 18.00 €

ISBN : 9791022605427

GENCOD : 9791022605427

Sorti le : 09/02/2017

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

La disparition forcée au Mexique comme stratégie de terreur

Depuis une dizaine d'années, on compte plus de 30 000 disparus au Mexique. Avec les 43 étudiants de l'École normale d'Ayotzinapa, l'onde de choc s'est répandue dans le monde, mais ni la pression internationale, ni les associations des droits de l'homme, ni les initiatives des familles n'ont suffi, dans ce cas comme dans d'autres, à faire apparaître la vérité - et encore moins à enrayer le phénomène.
Ni vivants ni morts : les disparus sont là, dans cet interstice, ce no man's land, invisibles, sans corps, sans tombe, sans aucune existence. Arrachés à leur vie, et comme dissous dans l'atmosphère. Pour leurs proches, aucun recours, le deuil impossible, l'angoisse interminable, les menaces, l'hypocrisie des autorités. L'enquête fouillée de Federico Mastrogiovanni, à travers des entretiens avec les parents des victimes, des experts, des activistes, des journalistes, démontre que la disparition forcée est un outil de pouvoir terriblement efficace, qui fait taire jusqu'à la possibilité d'une contestation.
C'est le portrait sensible et effrayant d'un pays miné par la peur, où l'État piétine sciemment ses propres prérogatives - et les droits de ses citoyens -, quand il ne se comporte pas directement comme le pire des délinquants.

Ni vivants ni morts a reçu le prix PEN Mexico 2015 et le Prix national du journalisme en 2015.

Federico Mastrogiovanni est un journaliste et documentariste né à Rome en 1979, qui vit au Mexique depuis 2009. Il travaille actuellement pour plusieurs magazines sud-américains, parmi lesquels Variopinto, Catopardo, Esquire Latin America et Opera Mundi.

«Ni vivants ni morts est d'une importance cruciale, tout simplement parce que nous manquons de matériel et de réflexion sur ce sujet. Je crois que le livre de Mastrogiovanni devrait être lu, débattu et pensé de toute urgence. Dans chaque phrase on sent l'engagement de son auteur pour ce pays.»
Diego Enrique Osorno

«Le livre de Federico Mastrogiovanni a le grand mérite d'aller creuser derrière chaque histoire de disparition forcée, de raconter les limbes des prisons où ils sont tenus enfermés et où la loi est totalement suspendue.»
David Lifodi, Peacelink





  • Les premières lignes

Prologue, par Jaime Avilés

Ce qu'on appelle disparition forcée

Quatre mois avant l'approbation de la réforme énergétique qui privatisa la compagnie Petróleos Mexicanos (Pemex), en août 2013, la violence déchaînée apparemment sans rime ni raison par Felipe Calderon au début de l'année 2007 prit tout son sens. La propagande officielle permit de mettre en évidence que la région recelant d'immenses gisements de gaz de schiste - le nord des États de Chihuahua, Coahuila, Nuevo León et Tamaulipas, le dénommé bassin de Burgos - était celle que les narcotrafiquants avaient martyrisée et en partie dépeuplée, en collaboration ouverte avec les organes de sécurité de l'État.
À la fin de 1993, avant-dernière année du mandat présidentiel de Carlos Salinas, une adolescente de quinze ans qui travaillait dans une usine de sous-traitance de l'ancien Paso del Norte, aujourd'hui Ciudad Juárez, fut brutalement violée, torturée, assassinée et démembrée, et ses restes furent abandonnés dans le désert. Non seulement la police ne la "retrouva" pas, mais elle protégea ses bourreaux.
Pour l'Institut national des statistiques et de géographie, déjà en 1993 et avec d'autres méthodes, une femme était assassinée tous les 12 jours à Ciudad Juárez. En 2009, le rythme s'accéléra à raison de une toutes les 20 heures mais, selon la même source, de 2000 à 2009, le nombre total des femmes assassinées dans l'ensemble du pays s'éleva à 12 636, chiffre qui ne fit qu'augmenter de façon exponentielle de 2009 à 2012.
Les féministes qualifièrent cette variante d'assassinat de féminicide, après l'avoir défini comme un "crime de haine commis par un homme contre une femme parce qu'elle est femme". Pour l'Initiative des femmes prix Nobel - groupe dirigé par Jodie Williams et Rigoberta Menchú et soutenu par l'ONU -, entre 2006 et 2012, c'est-à-dire pendant le mandat de Felipe Calderón, "les féminicides ont augmenté de 40 %".
Aujourd'hui, 6 femmes sont assassinées tous les jours, cependant ce n'est pas dans l'État de Chihuahua que les féminicides sont les plus fréquents, mais dans celui de Mexico, dont les autorités laissent neuf cas sur dix impunis. A l'échelle nationale, on estime, sous toutes réserves, que les femmes assassinées parce que femmes (celles qui ont été tuées pour d'autres raisons n'entrent pas dans ce calcul) sont déjà plus de 40 000, mais tous ces meurtres dont les auteurs ont bénéficié, activement ou passivement, de l'appui de policiers, de militaires ou de fonctionnaires, furent, ou plutôt sont, les produits d'une "disparition forcée de personnes". C'est le sujet central de ce livre magnifique, éclairant et terrible, dont la mission n'est autre que de contribuer à ce que la société civile se mobilise pour obtenir que ce délit soit caractérisé spécifiquement comme un crime distinct de l'enlèvement ou de la privation illégale de liberté, et intégré dans le Code pénal de tous les États du Mexique, et bien sûr dans le Code pénal fédéral. C'est là une rude bataille contre le terrorisme de l'État mexicain, à laquelle nul ne doit se dérober jusqu'à la victoire.

Autres violences

Outre les féminicides, qui se sont multipliés depuis 1994 à un rythme chaque année plus accéléré jusqu'à aujourd'hui, d'autres violences, surtout pendant le mandat de Calderón, ont emporté des centaines de milliers de vies. À savoir, au moins 100 000 dans le contexte de la prétendue guerre contre les cartels de la drogue, qui les a renforcés plus que jamais ; plus 60 000 migrants d'Amérique centrale et du Sud qu'on a fait disparaître au cours d'opérations conjointes du crime organisé et des autorités, autrement dit qui ont été aussi victimes du délit de disparition forcée de personnes ; plus les vies d'autres dizaines de milliers de Mexicains, dont on n'a aucune trace depuis la période de Calderón et le début du mandat d'Enrique Peña Nieto.
(...)


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