L'autiste et son miroir : Alice parmi nous / Passion du livre

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.. L'autiste et son miroir : Alice parmi nous

Couverture du livre L'autiste et son miroir : Alice parmi nous

Auteur : Henri Rey-Flaud

Date de saisie : 23/01/2017

Genre : Psychologie, Psychanalyse

Editeur : Campagne première, Paris, France

Collection : Recherche

Prix : 21.00 €

ISBN : 9782372060271

GENCOD : 9782372060271

Sorti le : 04/01/2017

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

En 1872, Lewis Carroll présente le pays merveilleux situé «derrière le miroir» dans lequel son héroïne, Alice, est plongée, univers dans lequel tout se passe «à l'envers» du monde ordinaire. A côté de l'enchantement qu'elle produit, cette fiction décrit la réalité effectivement vécue à notre insu par de nombreux sujets autistes, dyslexiques et, parfois même, simplement gauchers. Au-delà de la compréhension nouvelle qu'elle apporte à l'autisme et à d'autres pathologies plus discrètes, la prise en compte du monde inversé, révélé par les conduites de mimétisme et d'écholalie, éclaire la connaissance d'une part de notre histoire oubliée.
Dans la ligne tracée par Freud, Bion, Winnicott et Lacan, Henri Rey-Flaud interroge ces phénomènes cliniques méconnus sous les feux croisés de la psychanalyse, de la littérature, de l'art et de la philosophie.

Henri Rey-Flaud, psychanalyste, est professeur émérite de l'université Paul-Valéry de Montpellier. Il a publié de nombreux ouvrages chez plusieurs éditeurs (Gallimard, PUF, Payot, Seuil, Aubier), les derniers étant notamment consacrés à l'autisme.





  • La revue de presse Elisabeth Roudinesco - Le Monde du 19 janvier 2017

Auteur de plusieurs livres sur l'autisme, Henri Rey-Flaud a toujours évité d'entrer dans la bataille sans fin opposant les fanatiques de la persécution maternelle et les dénonciateurs de la prétendue criminalité freudienne. Loin des polémiques, ce psychanalyste s'attache, une fois de plus, à décrire avec tendresse et émotion l'univers mental inversé et tellement étrange des personnes autistes qui parlent le langage du mimétisme et de l'écholalie...
Utilisant témoignages, histoires ordinaires et fictions - cinéma, peinture et littérature -, Rey-Flaud étend son étude de l'inversion autistique à d'autres inversions : gauchers, dyslexiques, personnages atteints de binocularité, de bégaiement ou de strabisme. Il en fait les émules d'Alice, magnifique héroïne de Lewis Carroll (Alice au pays des merveilles, 1865) : «La mise en lumière du «monde à l'envers» des enfants gauchers, dyslexiques ou autistes découvre ainsi une part oubliée de l'humanité que la vie a rendue captive de l'étrange contrée (...) dans laquelle Lewis Carroll avait plongé Alice.»...
Un beau livre, très surprenant.



  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction

L'échelle du langage

Le continent perdu

Un caractère particulier de notre monde ainsi que de notre relation à l'autre inscrite dans ce monde passe généralement inaperçu : il s'agit de l'inversion spéculaire, c'est-à-dire du retournement latéral entre la droite et la gauche qui s'effectue, sans que nous y prenions garde, quand nous nous regardons dans un miroir. Ce phénomène a été mis en évidence avec humour par Lewis Carroll à travers le récit des aventures de son héroïne, Alice, qui présente un pays merveilleux situé de l'autre côté du miroir où l'espace, inversé par rapport à celui de notre monde ordinaire, entraîne dans son renversement les choses et les personnes. Le ravissement du lecteur deviendrait certainement sidération s'il savait que ce qu'il croyait être pure fantaisie est, en réalité, une analyse spectrale de la psyché de l'homme qui avait été esquissée par Platon dans le célèbre mythe de la caverne et lumineusement développée, plus près de nous, par Rainer Maria Rilke dans la «Huitième Élégie de Duino».
La vision des artistes anticipe ici, comme c'est souvent le cas, les avancées de la science, accomplies sur le terrain clinique de la dyslexie ainsi que dans l'observation des conduites de mimétisme et d'écholalie des enfants autistes. Longtemps négligées ou considérées comme de simples bizarreries, les manifestations de ces patients présentent, en fait, des individus qui maintiennent une relation en calque avec l'Autre, inversée par rapport à celle que nous entretenons avec notre image dans le miroir, et plus généralement avec nos semblables. Le renversement apparent qui marque l'univers insolite de ces sujets révèle ainsi paradoxalement celui qui frappe, à notre insu, le nôtre, que nous considérons spontanément, de façon naturelle, orienté dans le bon sens. La mise en lumière du «monde à l'envers» des enfants gauchers, dyslexiques ou autistes, découvre ainsi une part oubliée de l'humanité que la vie a rendue captive de l'étrange contrée située through the looking glass dans laquelle Lewis Carroll avait plongé Alice.
La reconnaissance des opérations qui effectuent dans la normalité la mise en place de la réalité ordinaire dans un miroir virtuel insoupçonné constitue l'étape préliminaire de ce voyage au Pays des Merveilles.

L'espace chaotique des sensations

À l'orée de son oeuvre, Freud fait état d'une thèse féconde : le devenir de l'homme, dit-il, est déterminé par une série de transcriptions de la matière du langage qui arrache par étapes l'enfant à la gangue du réel. Aux temps primordiaux des premiers jours de la vie, l'espace des sensations résume l'univers du bébé que le philosophe Henri Maldiney décrit en ces termes : «Nous sommes là dans un prémonde plus réel que celui qui va se présenter à partir de lui et où nous allons [nous, adultes] reconnaître des objets familiers. Le monde des objets familiers est fondé sur ce prémonde purement esthétique, fait de couleurs et de formes inobjectives.»
À lire ces lignes, on pourrait imaginer que le nouveau-né est plongé, au seuil de l'existence, dans un univers harmonieux, composé des «premières sensations confuses, que, au dire de Cézanne, nous apportons en naissant», constituées d'impressions de lumière et de couleurs. En fait, la réalité vécue par le bébé est très éloignée de cet état délicieux : elle est plutôt une «bouillie originaire», faite d'un pullulement d'excitations sans contenu ni sens, qui s'abattent sur l'intéressé en mitrailles et sont enregistrées par un type d'inscriptions primitives, les «empreintes» (terme retenu par Freud pour désigner la consignation d'événements survenus «à une époque extraordinairement reculée de la vie»).


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