La folle du logis / Passion du livre

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.. La folle du logis

Couverture du livre La folle du logis

Auteur : Rosa Montero

Traducteur : Bertille Hausberg

Date de saisie : 02/12/2016

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Métailié, Paris, France

Collection : Suites. Suite hispanique, n° 198

Prix : 9.00 €

ISBN : 9791022605595

GENCOD : 9791022605595

Sorti le : 19/01/2017

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

«L'imagination est la folle du logis.»
Sainte Thérèse d'Avila

Rosa Montero invite le lecteur à un voyage entre vérité et fiction sous la houlette de l'imagination, la "folle du logis", mêlant allègrement la littérature et la vie en un cocktail excitant de biographies d'écrivains et d'autobiographie vraie ou fausse.
À travers un panorama des névroses et des faiblesses d'auteurs comme Melville, Goethe, Tolstoï ou M. Amis, et des mécanismes de la passion amoureuse dont elle est elle-même la proie, elle bouscule le lecteur ravi.
Loin de toute analyse universitaire, un livre sur l'imagination et les rêves, sur la folie et la passion, les peurs et les doutes des écrivains, mais aussi des lecteurs. Une défense et une illustration passionnées et jubilatoires de l'écriture, de la lecture et du rêve comme derniers remparts contre la folie.

«La Folle du logis se lit d'une traite, avec un plaisir sans mélange.»
Mario Vargas Llosa

Rosa Montero est née à Madrid où elle vit. Après des études de journalisme et de psychologie, elle entre au journal El Pais où elle est aujourd'hui chroniqueuse. Best-seller dans le monde hispanique, elle est l'auteur de nombreux romans, essais et biographies traduits dans de nombreuses langues, parmi lesquels La Fille du cannibale (prix Primavera), Le Roi transparent et L'Idée ridicule de ne plus jamais te revoir.





  • Les premières lignes

J'ai pris l'habitude de classer les souvenirs de ma vie à partir du calendrier de mes amours et de mes livres. Les hommes qui ont partagé ma vie et les oeuvres que j'ai publiées sont les bornes qui jalonnent ma mémoire et transforment le fouillis informe du temps en un ensemble organisé. Je me dis : "Ah ! Ce voyage au Japon, ce devait être à l'époque où j'étais avec J., un peu après avoir écrit Te trataré como a una reina" et, aussitôt, les réminiscences de cette période, les miettes desséchées du passé semblent se mettre en place. Tous les êtres humains ont recours à des trucs semblables ; j'en connais qui racontent leur vie en fonction des maisons où ils ont résidé ou encore de leurs enfants, de leurs boulots et même de leurs voitures. Pour certains d'entre nous, ce désir obsessionnel de changer de voiture tous les ans n'est peut-être qu'une stratégie désespérée pour avoir quelque chose à se rappeler.
Mon premier livre, un horrible recueil bourré de coquilles, est sorti quand j'avais vingt-cinq ans ; mon premier amour, suffisamment marquant pour faire date, doit se situer aux alentours de ma vingtième année. Ce qui veut dire que l'adolescence et l'enfance sombrent dans le magma amorphe et mouvant du temps intemporel, dans une turbulente confusion de scènes sans repères. Parfois, en lisant les autobiographies de certains écrivains, la précision cristalline avec laquelle ils se souviennent des premières années de leur vie jusque dans le moindre détail me stupéfie. Surtout les Russes, si enclins à se rappeler des enfances lumineuses, toutes semblables entre elles, pleines de samovars étincelant dans la pénombre des salons et de splendides jardins aux feuilles bruissantes sous le soleil placide des étés. On trouve de telles similitudes dans ces paradisiaques enfances russes qu'on ne peut s'empêcher d'y voir une simple recréation, un mythe, une invention.
C'est d'ailleurs le cas pour toutes les enfances. J'ai toujours pensé que la fiction est l'art primordial des humains. Pour exister, il faut se raconter et il y a beaucoup d'affabulation dans cette histoire de nous-mêmes : nous nous mentons, nous nous imaginons, nous nous leurrons. Ce que nous racontons aujourd'hui de notre enfance n'a rien à voir avec ce que nous en dirons dans vingt ans. Les souvenirs de l'histoire commune d'une famille sont totalement différents pour chacun des enfants. Ma soeur Martina et moi échangeons parfois, comme des images, certaines scènes du passé : c'est à peine si le foyer familial dessiné par chacune de nous a des points communs. Ses parents s'appelaient comme les miens et habitaient une rue portant le même nom mais ce ne sont absolument pas les mêmes personnes.
Nous inventons nos souvenirs, ce qui revient à dire que nous nous inventons nous-mêmes car notre identité se trouve dans notre mémoire, dans le récit de notre biographie. Partant de là, nous pourrions en déduire que les êtres humains sont avant tout des romanciers, auteurs d'un roman unique dont l'écriture se poursuit tout au long de leur vie et où ils se réservent le premier rôle. Il s'agit, certes, d'une écriture sans texte concret, qu'on écrit surtout dans sa tête, tout narrateur professionnel le sait. C'est un bourdonnement créatif qui nous accompagne quand on conduit, quand on promène le chien ou quand on essaye de dormir, allongé dans son lit. On écrit tout le temps.


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