Le portrait de Dorian Gray : non censuré / Passion du livre

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.. Le portrait de Dorian Gray : non censuré

Couverture du livre Le portrait de Dorian Gray : non censuré

Auteur : Oscar Wilde

Préface : Anatole Tomczak

Date de saisie : 04/10/2016

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Grasset, Paris, France

Collection : Les cahiers rouges

Prix : 8.90 €

ISBN : 9782246862352

GENCOD : 9782246862352

Sorti le : 14/09/2016

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  • La présentation de l'éditeur

Tout le monde connaît Le Portrait de Dorian Gray, chef-d'oeuvre où Oscar Wilde réinterprète le mythe de Faust. Ce que l'on sait moins, c'est que ce roman, publié en volume en 1891, avait été donné quelques mois auparavant dans une revue américaine, le Lippincott's Monthly ; et que cette publication avait autant ébloui que scandalisé. Le génie de Wilde y éclatait, mais aussi son audace : les allusions homosexuelles étaient nombreuses, que Wilde a supprimées dans la version en volume. Et c'est là qu'ont commencé les persiflages, les quolibets, les calomnies qui, cinq ans plus tard à peine, ont mené à la chute de Wilde.
Ce que l'on sait encore moins, c'est que le directeur du Lippincott's avait lui-même été choqué par certains passages du manuscrit qu'il avait censurés. La version que les Cahiers Rouges proposent ici est la version manuscrite de Wilde, traduite pour la première fois en français. Un Dorian Gray toujours génial, encore plus gay, plus transgressif, plus audacieux.

L'AUTEUR :
Oscar Wilde (1854-1900) a rencontré le scandale et la gloire avec Le Portrait de Dorian Gray, son premier et unique roman. En 1895, alors que ses deux dernières pièces, Un mari idéal et L'Importance d'être Constant (Les Cahiers rouges), connaissent un succès phénoménal, il est condamné à deux ans de travaux forcés pour avoir entretenu une relation amoureuse avec un jeune lord. À sa sortie de prison, il s'exile à Paris, où il meurt dans le dénuement et l'oubli.





  • Les premières lignes

Le puissant parfum des roses emplissait l'atelier et, quand la brise d'été remuait parmi les arbres du jardin, la porte ouverte laissait entrer les lourds effluves du lilas ou la senteur plus délicate de l'aubépine.
Depuis le coin du divan à sacs de selle persans où il était étendu, fumant, comme à son habitude, d'innombrables cigarettes, Lord Henry Wotton apercevait tout juste l'éclat d'un cytise aux fleurs sucrées et colorées comme le miel dont les rameaux frémissants semblaient à peine capables de soutenir le poids d'une aussi flamboyante beauté. De temps à autre les ombres fantastiques projetées par des oiseaux en vol tourbillonnaient sur les longs rideaux de tussor tendus devant l'immense fenêtre, créant fugacement une sorte d'effet japonais, et lui faisant penser à ces peintres de Tokyo au visage blême comme le jade qui, au moyen d'un art par nature immobile, cherchent à transmettre le sentiment de la vitesse et du mouvement. Le murmure maussade des abeilles se frayant un chemin dans l'herbe haute qui n'avait pas été tondue, ou s'obstinant à décrire des cercles monotones autour des flèches à crochets noirs des roses trémières fleuries par les premiers jours de juin, semblait rendre le silence encore plus oppressant, et le sourd grondement de Londres était pareil au bourdon d'un orgue dans le lointain.
Au centre de la pièce, fixé à un chevalet droit, se dressait le portrait en pied d'un jeune homme à la beauté extraordinaire, et face à lui, à quelques pas, se tenait assis l'artiste en personne, Basil Hallward, dont la disparition soudaine, voici quelques années, a suscité un formidable émoi dans la société et donné naissance à tant d'étranges conjectures.
Comme il regardait la forme gracieuse et affable qu'il avait si artistement rendue sous son pinceau, un sourire de contentement traversa son visage et parut vouloir s'y attarder. Tout à coup il sursauta et, fermant les yeux, posa les doigts sur ses paupières, comme s'il cherchait à emprisonner dans son cerveau quelque curieux rêve dont il craignait de se réveiller.
- C'est votre chef-d'oeuvre, Basil, la meilleure chose que vous ayez jamais faite, dit Lord Henry d'une voix languissante. Il faut absolument que vous l'envoyiez à la Grosvenor Gallery l'an prochain. L'Académie est trop vaste et trop vulgaire. La Grosvenor est le seul endroit envisageable.
- Je ne pense pas l'envoyer où que ce soit, répondit-il en rejetant sa tête en arrière de cette façon bizarre qui suscitait les railleries de ses camarades à Oxford; non, je ne l'enverrai nulle part.
Lord Henry haussa les sourcils et le regarda stupéfait à travers les fines volutes de fumée bleue qui s'élevaient en prodigieuses arabesques de sa lourde cigarette à l'opium.
- Vous ne l'enverrez nulle part ? Mais pourquoi donc, mon cher ami ? Avez-vous une raison, au moins ? Quels drôles d'oiseaux vous êtes, vous autres peintres ! Vous faites tout ce qui est possible pour obtenir la célébrité. À peine obtenue, vous semblez vouloir vous en débarrasser. C'est idiot, car il n'y a qu'une chose au monde qui soit pire que de faire l'objet de bavardages, c'est de ne faire l'objet d'aucun. Un portrait comme celui-ci vous placerait bien au-dessus de tous les jeunes gens d'Angleterre et rendrait les plus vieux jaloux, si tant est que les vieux aient la faculté de ressentir des émotions.


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