La petite gamberge / Passion du livre

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.. La petite gamberge

Couverture du livre La petite gamberge

Auteur : Robert Giraud

Préface : Olivier Bailly

Date de saisie : 02/02/2017

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Dilettante, Paris, France

Prix : 17.00 €

ISBN : 9782842638672

GENCOD : 9782842638672

Sorti le : 12/10/2016

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

«L'endroit était bourré d'une humanité pour qui ce bistrot représentait le but de la vie. Les clochards et les mendigots qui en fournissaient la clientèle ne visaient qu'à se procurer l'argent indispensable à payer leur entrée, comme au spectacle, avec la différence qu'ici, le ticket était remplacé par un certain nombre de verres. Au bout d'un temps jamais très long, l'éclusage commençait à faire son effet, pour venir à bout finalement de ceux qui jouissaient de la réputation de bien tenir la voile.»
Ils seront donc cinq ! Comme les jeudis de LA semaine ou les heures de la Marquise, cinq qui tiennent comme grains en grappe à leur poisseuse table de La Bonne Treille, une rade de la montagne Sainte-Geneviève, qui leur sert de rocher à moules, de quartier général et d'abreuvoir. Alors, j'énumère : lui, c'est Bouboule, le cogito de la bande, le cérébré du quintette, l'autre c'est la Tenaille, fringante jeunesse, voilà en trois la Douleur, camionneur, suit le Manchot, comme son ombre l'indique, on clôt avec Robert dit Robert. Un bel équipage qui fait honneur à l'établissement, des zigues affûtés, hauts en truandaille et madrés en diable. A l'issue d'un coup d'élite en bordure de Seine, de quoi se voir retraité, Robert se fait poisser, panique chez les messeigneurs-la-pince qui s'égaillent d'autant que Pierrot a marié une goualeuse et la Douleur joue les obligés du volant avec les gens des puces. Qui a fait quoi ? Qui doit payer ? Une histoire d'hommes, sombre à souhait, où il n'y a pas que les rues qui soient en pente. Paru chez Denoël l'année 1961, deuxième roman du Limougeaud Robert Giraud, cette Petite Gamberge vaut moins pour l'intrigue qui là sert d'espalier, que pour la flamboyante vigne vierge poétique qui se déploie dans le livre, un lierre de mots qui enserre au plus près le mystère de Paris; avec Giraud, Paris se hume, se scrute, se savoure, se lampe à longs traits, lumières, parfums, cadences, silhouettes, tout fait brin dans cet herbier urbain proche des dérades d'un Yonnet, d'un Fargue ou d'un Calet. Alors, chaussez solide, le paysan de Paris a la foulée ample et la rêverie au long cours. Pour ceux qui ont besoin d'un guide, Olivier Bailly, impeccable préfacier, a fléché le parcours et sous-titré les plaques de rues, donc pas d'excuse !

Robert Giraud est né en 1921 près de Limoges. Après s'être engagé en Résistance et avoir collaboré à Franc-Tireur, Paris-Presse, France-Soir et Qui ? Détective, il entame une carrière d'écrivain. C'est avec Le Vin des rues, récit publié en 1955, qu'il accède à une certaine notoriété et devient le grand chroniqueur de la rue parisienne, de ses bistrots et de ses mystères. Il nous a quittés en 1997.





  • La revue de presse Christine Ferniot - Lire, janvier 2017

Commençons par suivre un vieux pote de Robert Giraud, surnommé Bouboule, du côté de la place Maubert. C'est une soirée d'anniversaire improvisée où le bonhomme, pas très net, arrosera tout le monde, car il est toujours trop tôt pour aller se coucher. Une chanteuse a repoussé sa chaise pour entonner La Valse brune, et plus personne ne moufte car sa voix a des palpitations bouleversantes qui tirent les larmes aux âmes sensibles et donnent envie de danser. C'est la faute aussi à l'accordéon qui étire les notes et file le bourdon...


  • La revue de presse Maylis de Kerangal - Le Monde du 17 novembre 2016

Car La Petite Gamberge, qui se donne pour un livre d'hommes et de nuit, d'alcool et de zincs, de déambulations dans une ville qui était Paname avant d'être Paris, est d'abord le royaume du verbe. S'y entendent le parler de la rue, l'argot des petits malfrats, la jactance altière des comptoirs que ­Robert Giraud pratique en autochtone et qu'il écrit avec l'oreille absolue, dans une langue orale qui incorpore images, rythmes, silences. Cette justesse magnifique à rebours du cliché sentimental d'un Paris canaille, à rebours de la complaisance facile que suscitent les rades tièdes où la misère coudoie la solitude, fait la beauté du livre : contre le pittoresque, Giraud écrit pour rallier la verve, les corps, les mouvements et les gestes, le destin qui s'emballe comme un train dans la nuit.



  • Les premières lignes

Pour une équipe, c'était une belle équipe. Oui, de première, cinq bons gorilles, tous bien potes, qui s'occupaient ensemble et ne se quittaient pas. Dans le Milieu ils n'étaient que de vulgaires voleurs de lapins, mais parmi leur entourage à eux, ils étaient quelqu'un. Certes pas tous de poids, mais l'un dans l'autre arrivaient à le faire. Fallait les voir à leur bistrot, un véritable régal, rien n'y manquait. Le geste et la parole semblaient créés pour eux. Ils en usaient dans une sorte de débauche acquise de haute lutte, et les habitués de chez René subissaient ce spectacle presque quotidien d'un air toujours amusé qui n'arrivait pas toutefois à cacher une certaine amertume, celle de ne pas être aussi des vedettes.
Cela tenait de tout et de rien. Ainsi, chacun avait sa manière de saluer, et le salut a une importance énorme dans la vie quand on veut se faire respecter, mais un certain salut qui n'a strictement rien à voir avec le coup de chapeau poli suivi d'une inclinaison de la tête. Le numéro était au point, et comme ils avaient pris l'habitude d'arriver séparément, chaque entrée recueillait un égal succès. Il y avait celle du «salut les gars», la plus simple, mais bien lancée, puis le salut muet, le doigt à la casquette, le «ça roulotte là-dedans», le coup de menton volontaire dirigé droit devant soi, et enfin le sempiternel «bonjour les hommes, tant pis si je me trompe», suivi d'un regard circulaire en quête d'un contradicteur et qui faisait toujours son effet. Presque deux fois multipliés, c'étaient les trois coups annonçant le début de la représentation, le lever du rideau.
Chez René, où la véritable raison sociale s'écrivait en lettres d'or sur le fronton de la devanture - on pouvait lire «À la Bonne Treille», et sur la vitrine, «Épicerie, Buvette, Vins à emporter» - la soirée ne commençait vraiment qu'après huit heures, quand l'équipe était au complet. La porte s'ouvrait sur le trottoir grimpant de la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, presque en son milieu, point particulièrement stratégique, à la fois pour ceux qui tentaient l'escalade et qui trouvaient là un havre où souffler, et pour ceux qui descendaient, trop heureux en cours d'expédition de pouvoir traîner les pieds sur un carrelage horizontal. Les uns comme les autres étaient des gars du coin qui bricolaient à de vagues besognes aux Gobelins, à Italie, à la Halle aux Vins, à Maubert ou alors, les plus nombreux, aux Halles simplement. Tous demeuraient dans les environs et passaient le plus clair de leurs nombreux loisirs dans l'enclos de cette treille dont les récoltes inépuisables s'empilaient sagement en bouteilles dans les casiers qui recouvraient les murs. À flanc de coteau, au centre même de la ville, cette cave ouverte à tout un chacun fort avant dans la nuit et tôt le matin avait un côté rassurant. On pouvait y boire et y manger. Le patron ne refusait pas d'ouvrir et de réchauffer une boîte de conserve, ou de donner un bol de soupe qui mitonnait dans la cuisine. Face au comptoir large et bas qui protégeait le rayon épicerie, une banquette de moleskine noire en partie défoncée occupait le bas du mur derrière une alignée de tables et de chaises. Les casiers à bouteilles commençaient au-dessus, à hauteur d'homme. Pour atteindre la toute dernière rangée, la réserve, une échelle était nécessaire, qui restait à demeure fixée derrière la porte, endroit particulièrement inutilisable. Des guéridons en marbre se répartissaient autour d'un poêle à charbon qui, hiver comme été, au garde-à-vous sur ses trois pattes de fonte, surveillait les événements. Au fond, il n'y avait qu'un événement, l'exhibition des cinq à la dernière table de la rangée. Elle leur appartenait, cette table où personne n'aurait osé s'asseoir sans y être invité. Le grand René la concédait parfois, par grande affluence, mais le matin, parce qu'il était sûr que ses locataires ne viendraient pas à ce moment-là.


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