La montagne rouge / Passion du livre

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.. La montagne rouge

Couverture du livre La montagne rouge

Auteur : Olivier Truc

Date de saisie : 12/12/2016

Genre : Policiers

Editeur : Métailié, Paris, France

Collection : Noir

Prix : 21.00 €

ISBN : 9791022605229

GENCOD : 9791022605229

Sorti le : 03/10/2016

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

Une pluie continue épuise les hommes et les bêtes.
Alors que les éleveurs du clan Balva procèdent à l'abattage annuel des rennes, des ossements humains sont retrouvés dans l'enclos, au pied de la Montagne rouge.
Or, le clan est opposé à un groupement de forestiers et de fermiers dans un procès exceptionnel à la Cour suprême de Stockholm. L'enjeu - le droit à la terre - est déterminant pour tous les éleveurs de rennes du pays : qui était là le premier ?
La patrouille P9 de la police des rennes est chargée de l'affaire, mais l'identification du squelette, en l'absence de crâne, est difficile. Klemet et Nina commencent une enquête auprès des musées et des institutions, et découvrent un XIXe siècle collectionneur de types humains et un XXe siècle porté sur les idéologies purificatrices, perdus dans les tréfonds nauséabonds de l'histoire suédoise. Ils se heurtent à l'inertie, à la défiance voire à l'hostilité de l'administration. Ils découvrent aussi une mystérieuse vague de disparition d'ossements et de vestiges sami, autant de preuves potentielles de la présence originelle des Sami.
Klemet, plus que jamais empêtré dans sa double identité lapone, et Nina, qui le supporte de moins en moins, croisent des personnages souvent ambigus. Des archéologues aux agendas obscurs qui s'affrontent. Petrus, le chef sami, écartelé entre son devoir, son fils et la poursuite des rêves de son père dans les paysages grandioses et désolés des forêts primaires du fin fond de la Laponie. Bertil l'antiquaire au passé politique douteux, et Justina l'octogénaire aux étranges talents de conductrice d'engins et son groupe d'adeptes de la marche nordique et du bilbingo. Sans oublier une masseuse thaïlandaise...
Ce troisième tome des aventures de la police des rennes est passionnant et troublant, ses héros sont complexes et attachants, le talent de conteur d'histoires d'Olivier Truc se déploie entre suspense, émotion et humour, et prouve une fois de plus que les 22 jurys de lecteurs qui lui ont à ce jour décerné leurs prix ne se sont pas trompés.

Olivier TRUC est né à Dax. Journaliste, il vit à Stockholm depuis 1994 où il est le correspondant du Monde. Spécialiste des pays nordiques et baltes, il est aussi documentariste. Il est l'auteur de L'Imposteur, du Dernier Lapon, pour lequel il a reçu entre autres le prix des lecteurs Quais du Polar et le prix Mystère de la critique, et du Détroit du Loup.





  • La revue de presse Sophie Joubert - L'Humanité du 8 décembre 2016

Après le Dernier lapon et le Détroit du loup, Olivier Truc poursuit l'exploration du territoire sami à travers une affaire de trafic de crânes...
La résolution de l'énigme importe moins que l'atmosphère, des personnages puissants, l'exhumation de blessures enfouies. Journaliste, Olivier Truc poursuit par d'autres moyens son travail d'enquêteur et porte le fer dans la plaie pour mettre à jour la face sombre du modèle démocratique suédois. Un grand roman noir, politique et mélancolique.


  • La revue de presse Hubert Artus - Lire, novembre 2016

Nous voici de retour en territoire lapon, à cheval sur la Norvège, la Suède, la Finlande et la Russie. Où vit le dernier peuple aborigène d'Europe, les Samis, qui occupent ces terres du grand nord depuis plus de cinq siècles et qui en sont progressivement dépossédés depuis des décennies par la Suède...
Après le trafic pétrolier dans le livre précédent, Truc raconte ici comment une confédération d'agriculteurs défend coûte que coûte un sol qui recèle des ossements et des trésors qui illustrent leur histoire, certes, mais aussi notre destin. Plus encore, son écriture à hauteur d'homme se dédouble d'une immersion vers le côté obscur du monde et des âmes, portée par des personnages très ambivalents (Klemet notamment est taraudé par l'origine lapone de sa citoyenneté suédoise).



  • Les premières lignes

Lundi 14 septembre.
Lever du soleil : 6 h 30. Coucher du soleil : 19 h 38.
13 h 08 d'ensoleillement.

Enclos à rennes de la Montagne rouge. 9 h 35.

Petrus Eriksson s'essuya le visage du revers de la main, laissant une trace sanglante sur sa joue piquée de barbe. Les boyaux rosâtres s'entassaient, baignant dans leur jus qui suintait en une rigole frémissante. La rigole enflait, coulée puante, serpent putréfié, semblait le poursuivre. Absurde. Inhumain. La marque rougeâtre disparut, dissoute par les lourdes gouttes de pluie qui le ravinaient. Goutte après goutte. Les torrents qui jaillissaient des deux l'acculaient à la folie. Il replongea les mains dans les entrailles, cria face au ciel. Les flots ricanaient, se déversaient sans discontinuer depuis des jours. L'échéance ne pouvait plus être repoussée. La rage l'envahit à nouveau. Ses mains usées se frayèrent un passage sur les côtes, jusqu'au bassin. Petrus n'entendait pas la peau lâcher prise. La torture diluvienne lui fracassait le crâne, lui écrasait les épaules. Depuis longtemps, son corps macérait dans ces vêtements qui ne le protégeaient plus. Les coutures lui découpaient les chairs, fragilisées à force de frottements. Petrus rugit, râlant à chaque effort qui l'entraînait plus loin dans les tréfonds du cadavre.
De mémoire d'homme de la toundra, jamais telle malédiction climatique n'avait puni ces terres. Châtiment. Petrus reprit son souffle, se redressant un instant. La brume se levait. Elle aussi s'y mettait. Bientôt les alentours disparaîtraient dans un flou doucereux, le cachant aux yeux des autres dont il devinait les ombres affairées et inquiètes. Il replongea. Mains sanguinolentes, nouveau revers sur le visage, traînée rougeâtre bavante, ahanant, ajoutant sa buée à la brume qui l'enserrait. Il écarta les volutes de vapeur, comme il aurait écarté la fatalité, sans conviction. Le claquement des gouttes lui éclatait aux oreilles, plus éprouvant qu'un nuage de moustiques.
Un cri le fit se retourner. Autour de lui, les hommes sombraient dans la boue, ne cherchant plus à éviter les torrents brunâtres. La peau lâcha enfin. Petrus Eriksson s'affaissa avec elle à terre. Se releva, glissa. Il se vautra dans la peau rougeâtre que les trombes d'eau nettoyaient mieux que tout. Épuisé, il resta un instant à quatre pattes, face à la carcasse. Les gouttes rebondissaient des chairs sur son épaule, s'infiltrant sous la combinaison. Il n'eut pas le courage de se déplacer. Il s'attarda sur le bruit. La radio de sa mère. Quand elle cherchait les stations, en vain, balayant les ondes à l'heure du bulletin météo, augmentant le volume dans l'espoir de recueillir un filet de voix humaine, mais ne laissant qu'un grésillement obsédant envahir leurs oreilles. Le rideau de pluie ressemblait à une fréquence fantôme dont le crachotement lui labourait le cerveau.


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