Les larmes / Passion du livre

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.. Les larmes

Couverture du livre Les larmes

Auteur : Pascal Quignard

Date de saisie : 15/12/2016

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Grasset, Paris, France

Collection : Collection littéraire

Prix : 19.00 €

ISBN : 9782246861799

GENCOD : 9782246861799

Sorti le : 28/09/2016

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  • La présentation de l'éditeur

"Je n'ai jamais ressenti aucun sentiment de nation. Aucun sentiment de territoire. Seules les langues m'émerveillent.
Rare l'instant où on voit sur les lèvres d'un enfant l'instant où le son devient un mot.
Très rares les humains qui ont pu voir filmée, ou dessinée, ou enregistrée, ou narrée la scène exacte où ils ont pris origine juste avant l'instant x où ils sont conçus.
Mais plus encore l'instant de bascule d'un système symbolique dans un autre : la date de naissance de leur langue, les circonstances, les lieux dans l'espace,le temps qu'il faisait dans le site, la rivière, les arbres, la neige.... C'est une chose extraordinaire que d'être resté en contact avec la contingence de l'origine.
Le français a cette chance. Le 14 février 842, un vendredi, à la fin de la matinée, sur le bord de l'Ill, dans un froid terrible, sur les lèvres des soldats francs, quand ils ont à proclamer leurs serments, une étrange brume se lève. On a appelé cette brume le "français". Nithard, le premier a écrit le français. Je vais vous raconter l'histoire de Nithard et de son frère jumeau Hartnid.

Pascal Quignard est né en 1948 à Verneuil-sur-Avre (France). Il vit à Paris. Il est romancier (Le Salon du Wurtemberg, Tous les matins du monde, Terrasse à Rome, Villa Amalia, Les solidarités mystérieuses). Il a obtenu le prix Goncourt en 2002 pour Les ombres errantes (Grasset). Dernier livre publié : Mourir de penser (Dernier Royaume, tome IX, Grasset).





  • La revue de presse Jérôme Garcin - L'Obs du 13 octobre 2016

Par l'auteur du «Dernier Royaume», voici, racontée à la manière d'une chanson de geste, dessinée comme une tapisserie féodale, la naissance du premier royaume, celui de la langue française, dont Pascal Quignard, ce moderne Carolingien, est aujourd'hui le plus sourcilleux et généreux des serviteurs...
Le propos serait austère et l'érudition, pesante, n'était la faculté d'émerveillement du conteur de «Tous les matins du monde», qui se glisse avec évidence dans la peau de Sar, la vieille femme sortilège, et galope avec légèreté dans les forêts de la lointaine Francie.


  • La revue de presse - La Croix du 3 novembre 2016

En un savant et joueur tissage de fables, Pascal Quignard raconte la naissance de notre langue.


  • La revue de presse Nathalie Crom - Télérama du 2 novembre 2016

Dans cet envoûtant roman-poème serti de légendes, l'auteur conte les destins contraires de Nithard et Hartnid, frères jumeaux au temps des Carolingiens...
Enchâssés dans une constellation de récits, de légendes, les destins con­traires de Nithard et Hartnid constituent le fil conducteur de l'envoûtant roman-poème de Pascal Quignard. Un roman comme un chant, construit de multiples fragments mais faussement disloqué, laissant toujours deviner en filigrane l'harmonie secrète qui en assure l'unité. Un roman comme Quignard seul sait en imaginer, tissé de contes, de mythologies, de méditations, d'hypothèses, et dans lequel on ne saurait identifier vraiment ce qui ­relève de l'érudition, de l'intuition, du rêve, de l'invention - sa beauté procédant précisément de cette incertitude.


  • La revue de presse Christophe Ono-dit-Biot - Le Point, octobre 2016

Le voici, le vrai roman national ! Dans une chanson de geste contemporaine, Pascal Quignard plonge aux origines de notre langue. Livre après livre, une histoire d'amour avec le français.



  • Les premières lignes

(Le livre du Heidelbeermann)

1. Histoire des chevaux

Jadis les chevaux étaient libres. Ils galopaient sur la terre sans que les hommes les désirent, les encerclent, les regroupent dans les défilés, les prennent au lasso, les piègent, les attellent aux chars de guerre, les harnachent, les sellent, les ferrent, les montent, les sacrifient, les mangent. Parfois les hommes et les bêtes chantaient ensemble. Les longs gémissements des uns provoquaient les singuliers hennissements des autres. Les oiseaux descendaient du ciel et ils venaient picorer les restes entre les jambes des chevaux qui secouaient leurs magnifiques crinières, entre les cuisses des hommes qui renversaient leur tête en arrière, assis par terre, autour du feu, qui mangeaient avidement, bruyamment, excessivement, qui frappaient soudain leurs mains en cadence. Quand le feu s'était éteint, quand ils avaient fini de chanter, les hommes se relevaient. Car les hommes ne dormaient pas debout comme les chevaux le faisaient. Alors ils essuyaient sur le sol les traces de leurs bourses et de leur sexe qui s'y étaient déposées. Ils remontaient sur leurs chevaux et ils chevauchaient sur toute la surface de la terre, sur les berges humides des mers, dans les forêts basses et primaires, sur les landes venteuses, sur les steppes. Un jour, un jeune homme composa ce chant : «Je suis sorti d'une femme et je me suis retrouvé face à la mort. Où se perd mon âme la nuit ? Dans quel monde réside-t-elle ? C'est ainsi qu'il y a un visage que je n'ai jamais vu, qui me poursuit. Pourquoi je revois ce visage que je ne connais pas ?» Seul, il partit à cheval.
Soudain, alors qu'il était à galoper en plein jour, il fit nuit.
Il se pencha. Dans la frayeur il caressa le crin qui recouvrait l'encolure de son cheval et sa peau tiède et frémissante.
Mais le ciel devint absolument noir.
Le cavalier tira sur la chaînette en bronze des rênes. Il descendit de cheval. Il déroula sur le sol une couverture constituée de trois peaux de renne solidement nouées entre elles. Il attacha les quatre coins de la couverture en sorte de protéger, le plus complètement possible, autant lui-même que le visage de son cheval. Ils repartirent.
L'air était immobile.
Subitement la pluie s'écrasa sur eux.
Ils avançaient lentement cherchant des yeux, tous les deux, leur chemin dans le vacarme et l'eau tonitruante.
Ils arrivèrent sur une colline. Il ne pleuvait plus. Trois hommes étaient attachés à des branches dans le noir.
Au milieu, un homme entièrement nu, avec une couronne d'épines sur le front, hurlait.
De façon mystérieuse, un autre homme, au bout d'un jonc, tendait à ses lèvres une éponge. À ses côtés, dans le même temps, un soldat enfonçait sa lance dans son coeur.


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