L'impossible exil : Stefan Zweig et la fin du monde / Passion du livre

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.. L'impossible exil : Stefan Zweig et la fin du monde

Couverture du livre L'impossible exil : Stefan Zweig et la fin du monde

Auteur : George Prochnik

Traducteur : Cécile Dutheil de la Rochère

Date de saisie : 06/10/2016

Genre : Littérature Etudes et théories

Editeur : Grasset, Paris, France

Prix : 23.00 €

ISBN : 9782246857594

GENCOD : 9782246857594

Sorti le : 07/09/2016

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  • La présentation de l'éditeur

Né en 1881 dans une famille aisée, Stefan Zweig publie son premier recueil de poèmes à l'âge de dix-neuf ans. Suivent de nombreux essais, nouvelles, romans, biographies. Dès les années 1930, cet ami de Freud, Schnitzler, Richard Strauss, symbole de l'intelligentsia juive viennoise, devient l'auteur vivant le plus traduit dans le monde.
Un an après l'accession au pouvoir d'Hitler, cet auteur célébré par tous, chantre de l'humanisme, amoureux des arts et des lettres, se trouve contraint à l'exil. Il quitte l'Autriche pour s'installer à Londres, puis à Bath, avant de partir pour l'Amérique - New York, Ossining - et le Brésil - Rio et enfin Petrópolis, où il mettra fin à ses jours en s'empoisonnant avec sa compagne Lotte. Nous sommes le 22 février 1942, Il a adressé la veille à son éditeur le manuscrit de ses mémoires, qui seront publiés deux ans plus tard sous le titre désormais célèbre : Le Monde d'hier.
Dans cet essai brillant et très documenté, George Prochnik retrace le destin tragique de Stefan Zweig. Il nous fait revivre à travers lui la geste de l'histoire culturelle de l'Europe à son apogée, jusqu'à la plus effroyable défaite de la raison qu'ait connue la civilisation occidentale.

George Prochnik, dont la famille a également fui Vienne en 1938, nous offre un magnifique portrait de réfugié. Auteur d'essais, de poèmes et d'ouvrages de fiction, George Prochnik a enseigné la littérature américaine à l'université de Jérusalem. Il réside aujourd'hui à New York.





  • La revue de presse Gilles Martin-Chauffier - Paris-Match, septembre 2016

George Prochnik retrace avec sensibilité le douloureux exil de Stefan Zweig, écrivain humaniste brisé par le triomphe de la barbarie...
Prochnik n'est pas un historien mais un professeur de littérature américaine. Pour écrire cet essai, il a eu accès à la large correspondance qu'a entretenue Zweig tout au long de sa vie et dans laquelle il faisait part de ses sentiments désespérés. L'auteur en est convaincu  : l'exil ne consiste pas seulement à franchir des frontières géographiques mais aussi celles du temps. Il s'agit encore d'un déracinement auquel il faut ajouter l'arrachement à son monde social...
Si Prochnik a magnifiquement réussi cet essai qui se lit comme un roman, c'est parce qu'il y a mis l'émotion et le chagrin que sa famille lui a transmis. Un essai qui permet aussi de réfléchir à la situation de ceux qui sont loin de chez eux...


  • La revue de presse Bruno Frappat - La Croix du 1er septembre 2016

Le livre de l'Américain George Prochnik est ainsi consacré aux dernières années et aux ultimes pérégrinations du furet Zweig dans sa quête pathétique de la tranquillité matérielle, spirituelle et affective...
George Prochnik qui a suivi le destin de Zweig afin de mieux comprendre ce qui est arrivé à un autre exilé, son propre père, réfugié aux États-Unis au temps d'Hitler, nous offre une randonnée passionnante et attachante dans les pas de Zweig et de ses épouses successives avec la méticulosité d'un bon biographe et la passion intérieure d'un chercheur fasciné par son sujet.



  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction

C'était tard dans la matinée, un jour de novembre 1941. Stefan Zweig, un des hommes de lettres les plus célèbres au monde - un humaniste fortuné, proche de personnalités telles que Sigmund Freud, Albert Einstein, Thomas Mann, Herman Hesse ou Arturo Toscanini, un Viennois cosmopolite qui allait bientôt fêter ses 60 ans, écrivait à l'encre violette et voyageait rarement sans ses queues-de-pie -, se réveilla sur un lit de camp noir à côté du lit de sa femme, Lotte. Il prit son dentier dans un verre, enfila un pantalon froissé et une chemise, et sortit de son petit bungalow humide. Dehors, des animaux de trait avançaient d'un pas lourd, des oiseaux criaillaient dans la voûte des arbres, des insectes rampaient sur sa peau.
Il alluma un cigare et descendit un escalier raide noyé sous les hortensias, avant de traverser la rue pour se rendre au café Élégante. Là, en compagnie des muletiers à la peau tannée, il but un délicieux café à six sous et essaya d'améliorer son portugais en parlant avec le sympathique propriétaire du café. Il avait du mal, sa connaissance de l'espagnol était un obstacle. Peu après il remonta chez lui et s'installa dans la véranda pour travailler, levant parfois les yeux pour admirer les montagnes de Serro del Mar, au-delà des feuilles de palmier formant des éventails émeraude. Lotte, qui avait vingt-sept ans de moins que lui et avait été sa secrétaire, travaillait à ses côtés. Elle corrigeait le manuscrit du dernier opus de son mari, une nouvelle consacrée aux échecs - le jeu royal. Pendant ce temps-là, dans la maison, la servante devait s'attaquer au poêle à bois enfumé.
Le déjeuner fut sommaire - poulet, riz et haricots étaient leur quotidien -, puis ils se lancèrent dans une partie d'échecs en suivant un manuel destiné aux grands maîtres. Un peu plus tard, ils sortirent se promener, quittant les rues principales de Petrópolis, petite ville enfouie dans les collines surmontant Rio, pour suivre un sentier qui s'enfonçait dans une jungle de fleurs sauvages et de ruisseaux. Revenus dans leur bungalow, ils se remirent au travail. Correspondance. Prise de notes à partir d'un vieil exemplaire de Montaigne que Stefan avait trouvé dans la cave. («Autrefois comme aujourd'hui c'est un monde déchiré, un champ de bataille, la guerre élevée à son apothéose de bestialité, écrivit-il. En ces temps-là les problèmes de la vie de l'homme se confondent en un seul : comment puis-je demeurer libre ?») Puis ils se couchèrent. Et ainsi de suite. Jour après jour. Semaine après semaine.
En novembre 1941, Zweig était accablé, désemparé par la situation dans laquelle il se trouvait. Dans une lettre à la famille de Lotte, il ne cachait rien de sa stupéfaction : «Je n'aurais jamais imaginé que je passerais ma soixantième année dans un petit village brésilien, servi par une jeune fille noire marchant pieds nus, à mille lieues de tout ce qui était ma vie, les livres, les concerts, les amis, les discussions.» Tous les biens qu'il avait abandonnés en Autriche, ses parts dans l'entreprise de textile familiale en Tchécoslovaquie, les affaires qu'il avait emportées en Angleterre lors de son premier exil en 1934 - tout, il considérait que tout était perdu. (...)


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