Le noyau blanc / Passion du livre

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.. Le noyau blanc

Couverture du livre Le noyau blanc

Auteur : Christoph Hein

Postface : Nicole Bary

Traducteur : Nicole Bary

Date de saisie : 24/10/2016

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Métailié, Paris, France

Collection : Bibliothèque allemande

Prix : 20.00 €

ISBN : 9791022601528

GENCOD : 9791022601528

Sorti le : 01/09/2016

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  • La présentation de l'éditeur

Rüdiger Stolzenburg a presque la soixantaine. Chargé de cours à l'université de Leipzig, il n'a aucune chance de voir sa carrière universitaire progresser - son champ de recherches, le librettiste et topographe Weiskern, n'intéresse personne, et de toute façon c'est le département tout entier qui est menacé. Sa vie privée n'est guère plus enthousiasmante, bien qu'il collectionne les femmes, jeunes, voire même très jeunes, et piétine allègrement l'amour de la seule femme qui tienne vraiment à lui. De plus le fisc vient de lui notifier un redressement d'impôts qu'il ne peut absolument pas payer. Rüdiger croit voir sa chance tourner quand une proposition lui parvient via Internet : un collectionneur cherche un acquéreur pour des manuscrits inédits et inconnus de Weiskern. Pris d'une passion furieuse pourcestextes.il remue ciel et terre pour trouver l'argent, et envisage même de se laisser acheter en échange d'un diplôme.
Christoph Hein analyse à sa manière sobre et incisive la façon dont la chute du Mur et la réunification ont profondément modifié le cours de la vie des Allemands de l'Est. Son héros, naïf, mal à l'aise avec les règles d'une société dans laquelle chacun est en concurrence avec tous pour conquérir sa place au soleil, est l'éternel perdant de ce nouvel ordre du monde.

Christoph Hein est né en 1944 en Silésie. Ses interventions publiques en 1989 en ont fait l'un des intellectuels les plus importants de l'Allemagne contemporaine, avec Christa Wolf et Günter Grass. Il est l'auteur, entre autres, de La Fin de Horn, Willenbrock, Dès le tout début, Prise de territoire et Paula T., qui lui ont valu une large reconnaissance nationale et internationale. Il vit à Berlin.





  • La revue de presse Jean-Claude Lebrun - L'Humanité du 20 octobre 2016

Le onzième roman de Christoph Hein, dont on soulignera l'impeccable traduction, brosse le portrait de ce Stolzenburg, 59 ans, enseignant sans espoir de titularisation depuis que d'impitoyables critères de rentabilité ont raboté les budgets de lettres et sciences humaines...
Réalisme, nouvelle objectivité  ? La littérature de Christoph Hein continue en tout cas de se situer à un niveau supérieur d'exigence critique. L'écrivain de l'ancienne RDA, plongé dans le nouvel ordre des choses, n'a rien perdu de sa perçante acuité. Obstinément rigoureux, tranquillement implacable.


  • La revue de presse Pierre Deshusses - Le Monde du 8 septembre 2016

Auteur majeur de l'ex-RDA, Christoph Hein, né en 1944, n'a jamais ménagé sa peine pour critiquer le communisme. Après la chute du Mur, pourtant - et contrairement à certains auteurs qui se sont trouvés désemparés tant leur manquait cet adversaire qu'était le ­régime -, Hein a su réagir. Il a vite vu que la société occidentale, promise comme un paradis, était, elle aussi, critiquable...



  • Les premières lignes

Le petit avion à destination de Bâle décolle en retard, il va arriver chez Gotthardt presque deux heures plus tard que l'horaire prévu. Toutes les places sont occupées, on se sent désagréablement à l'étroit. Stolzenburg, coincé par le coude de son voisin, laisse ses documents dans sa serviette, il ne veut pas les étaler sur la minuscule tablette. Dans ce vol à bas coût, on ne propose pas de journaux et il regrette de ne pas avoir acheté un quotidien à l'aéroport. Quelques minutes après le décollage, deux stewards en tenue décontractée poussent un chariot dans le couloir central étroit et vendent des boissons, des sandwichs et des montres, mais seul l'homme assis à côté de lui se fait servir un jus de tomate qu'il paie avec sa carte de crédit, ce qui l'oblige à se lever pour attraper son portefeuille dans le compartiment à bagages au-dessus d'eux.
Stolzenburg regarde par le hublot, le front appuyé contre la vitre, il contemple les nuages qui s'amoncellent au-dessous d'eux. Il pense à Henriette et à Lilly, puis à sa fille. La semaine prochaine il veut prendre rendez-vous avec sa banque, il est client depuis des dizaines d'années dans le même établissement et même s'il ne lui a pas fait gagner beaucoup d'argent, il espère qu'on saura apprécier sa fidélité et qu'on lui consentira un prêt-relais à un taux à la mesure de sa bourse. Il a peu de chances, il ne se fait pas d'illusions, mais ça vaut la peine d'essayer. Weiskern, Aberte lui traversent l'esprit. Il y a longtemps qu'il aurait dû adresser un nouveau courrier à Jürgen Richter, l'éditeur. Il faut bien qu'un jour quelque chose me rapporte de l'argent, se dit-il. Il sursaute et regarde son voisin, pendant un moment il craint d'avoir parlé à haute voix, mais l'homme ne lui prête aucune attention, concentré, il déchiffre les inscriptions sur la canette de jus de tomate. Stolzenburg appuie à nouveau sa tête contre le hublot et fixe les nuages. Il voit la surface portante à gauche et deux hélices, ou plutôt les deux cercles en mouvement que forment les pales en rotation devant la large surface de tôle. Soudain l'une des hélices tressaute, pendant un instant il distingue l'une des pales du rotor, puis elle se remet à tourner, la vitesse rend le métal arqué invisible. Pendant quelques secondes le rotor a arrêté sa rotation, il est resté immobile, les pales ne tournaient plus autour du moyeu. Était-ce un incident extraordinaire, ou un processus normal, se demande Stolzenburg avec étonnement sans quitter des yeux les hélices en train de tourner. Quelques secondes plus tard, le rotor tressaute à nouveau, brièvement, puis s'arrête, les pales immobiles. Retenant son souffle, Stolzenburg attend que l'hélice se remette à tourner, que la pression de l'air la mette en mouvement, comme le vent quand il fait tourner les ailes d'un moulinet, mais le métal reste en position verticale, sans bouger, seule l'hélice voisine dessine encore la rotation tremblotante dans l'air. Stolzenburg en reste abasourdi, sa bouche est comme desséchée. Il regarde les autres passagers, aucun d'eux ne remarque quoi que ce soit, l'avion continue son vol, rectiligne, imperturbable, les deux stewards debout à l'avant à côté de la porte de la cabine de pilotage discutent, eux non plus ils n'ont rien remarqué. La respiration de Stolzenburg s'accélère, il sent la panique monter en lui et se force à rester calme, à ne pas crier, à ne rien dire. Puisque personne ne s'inquiète, tout doit être normal. Il continue à fixer l'hélice immobile, sa respiration est de plus en plus rapide, irrégulière, ses mains s'agrippent aux bras de son fauteuil, il transpire. C'est la fin, se dit-il, pendant un vol banal, en route vers une conférence banale et mal rémunérée à l'École des beaux-arts de Bâle qu'il va probablement payer de sa vie. Il regarde prudemment les autres passagers, ils bavardent, l'homme à côté de lui verse une bonne rasade d'épices dans le jus de tomate auquel il n'a toujours pas touché, apparemment il est le seul, l'unique, lui, Stolzenburg, à avoir remarqué les signes avant-coureurs de la catastrophe imminente. (...)


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